‹ La modernité des ProphètesChapitre 9 sur 24 · Voir lahvé et Moloch, par Baudissin (en latin). Leipzig · texte numérisé non relu

Voir lahvé et Moloch, par Baudissin (en latin). Leipzig

nonce d'abord la peine de la lapidation, il ajoute (xx, 4) que si le peuple du pays détourne les yeux de cet homme pour ne pas le faire mourir, c'est Jéhova lui-même qui se charge du châtiment. C'est-à-dire que celle abominable coutume, répandue d'ailleurs chez tous les peuples sémitiques (voir Diodore, XX, 14), s'appuyait sur un fanalisme contre lequel toutes les réclamations étaient impuissantes. Ce fanalisme avait eu sans doute une recrudescence, pendant les crises douloureuses du milieu du if siècle, et les textes de V Exode restaient toujours là pour l'auloriser.

Il n'y a pas jusqu'à la circoncision ellemême qui ne semble avoir perdu de son importance au temps des prophètes. Ce qu'il faut circoncire, dit Jérémie, c'est vos cœurs (iv, 4).

Et à l'égard du Temple même, quelle liberté inattendue (vu, 4) ! « Ne vous fiez pas

aux paroles vaines, en répétant : le Temple de Jéhoval le Temple de Jéhova! le Temple de Jéhova! Si vous redressez tout de bon vos voies et vos œuvres ; si vous vous appliquez à faire bonne justice entre celui-ci et celui-là; si vous ne faites pas de tort à l'étranger, à Torphelin et à la veuve ; si vous ne répandez pas ici même le sang innocent; si vous ne courez pas après les dieux étrangers pour votre perte, alors je vous ferai demeurer en ce lieu jusqu'à la fin des temps, sur la terre que j'ai donnée à vos pères. Mais vous vous fiez à des paroles vaines et qui ne servent à rien. Ne volezvous pas? ne tuez-vous pas? n'êtes-vous pas des adultères et des parjures? ne faites-vous pas des encensements à Baal? ne courezvous pas après des dieux inconnus? Et puis vous venez, vous vous présentez devant moi en celte maison où mon nom est invoqué, et vous dites : Nous sommes sauvés, en conti-

nuant vos abominations. Cette maison, où mon nom est invoqué, n'est donc qu'une caverne de brigands ! »

On sait que ces paroles ont été reprises dans les Évangiles, et mises dans la bouche de Jésus [Marc^ xi, 17). Mais l'emploi qu'en fait l'évangéliste est bien mesquin, puisqu'il ne les adresse qu'aux petits marchands qui vendaient leurs pigeons dans le Temple. Le morceau a dans Jérémie un tout autre accent et une tout autre beauté .

C'est encore Jérémie qui désavoue la vieille tradition d'après laquelle Jéhova punissait les enfants pour les fautes des pères {Exode^ XX, 5) : « En ce temps-là, on ne dira plus :

Vos pères ont mangé du raisin vert, et les dents des fils en sont agacées. Mais nul ne périra que pour son iniquité : c'est celui qui aura mangé le raisin vert dont les dents seront agacées (xxxi, 29). »

Mais ce qu'il y a de plus fort en ce sens dans Jérémie est l'idée que Jéhova lui-même a substitué à la Loi qu'il avait donnée jadis, une Loi nouvelle : « Les jours viennent, dit Jéhova, où je ferai un pacte nouveau avec la maison d'Israël et avec la maison de Juda, non pas à la manière du pacte que je fis avec leurs pères, au jour que je les pris par la main pour les faire sortir du pays d'Egypte... Mais voici le pacte que je ferai avec la maison d'Israël quand les temps seront venus, dit Jéhova : Je mettrai ma Loi au-dedans deux et récrirai dans leur cœur; je serai leur dieu et ils seront mon peuple. Chacun n'aura plus à enseigner son prochain ni à prêcher son frère, en lui disant : Connais Jéhova; car ils me connaîtront tous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand (xxxi,31). » Voilà des paroles telleis, que le christianisme, quand il est venu, n'avait évidemment qu'à les reprendre, et, en effet.

il les a prises. Il a déclaré que c'était lui qui apportait le nouveau pacte *. Il est clair que ces paroles, d'un si haut spiritualisme, n'ont pas été écrites sur la limite du viii^ et du vif siècle avant notre ère, mais à cent ans à peu près de Jean le Baptiste et de Jésus.

En étudiant le Premier Isaïe^ je n'ai pas parlé des prophètes en général, parce que le livre en parle à peine : haie ne s'arrête nulle part sur le don de prophétie qu'il a reçu, et, s'il se plaint une ou deux fois des faux prophètes, c'est en passant et sans insister. Au contraire, la prophétie tient une très grande place dans Jérémie^ et son livre est plein d'invectives contre les prétendus inspirés, qui prétendent parler au nom de Jéhova et ne parlent en effet qu'au nom de

\, *H xaivT) ^taOT.xyi, novum testamentum ; Texpression latine francisée est devenue le Nouveau Testament^ ce qui n'a pas de sens dans notre langue ; il fallait dire le nouveau contrat.

Baai, trompant sans cesse les peuples par des espérances mensongères. Des chapitres entiers ne sont que le développement de ces plaintes. On sent que les esprits étaient continuellement ballottés entre des prédictions qui les tiraient en sens contraire et qui entretenaient un état perpétuel de trouble et d'angoisse. On se défiait surtout, comme il est naturel, des prédictions favorables; celles-là, on ne les croyait que quand elles s'accomplissaient (xxviii, 9), tandis que les voix qui annonçaient des catastrophes réussissaient toujours à effrayer. Mais ceux à qui on avait fait peur menaçaient à leur tour, et disaient : Tuons le prophète.

Aussi n'y a-t-il rien de plus intéressant dans Jérémie que ce qui est personnel. Seulement, je n'entends pas par là les aventures que le livre attribue à Jérémie, et où je ne vois que des fictions. Mais ce qui n'est plus fiction, ce qui est au contraire la vérité la

plus vivante et la plus touchante, c'est la manière dont est peinte la situation morale d'un fils d'Israël, serviteur fidèle de son dieu, jeté et isolé au milieu de Jérusalem sujette des Nations. « Jéhova, tu me connais; souviens-toi de moi; regarde-moi, venge-naoi de ceux qui me persécutent. Ne m'abandonne point, à force de patienter.

Vois que c'est pour toi que je souffre l'opprobre. Quand je rencontrais tes paroles, je les dévorais ; ta parole était ma joie et la réjouissance de mon âme ; car ton nom est sur moi, ô Jéhova Sabaolh. Je ne me suis pas assis parmi les railleurs pour rire avec eux; je me suis tenu sous ta main à l'écart; tu me remplissais d'indignation. Pourquoi est-ce que ma douleur est devenue continuelle? ma plaie désespérée et incurable?

Tu es donc pour moi comme un ruisseau qui trompe, comme une eau qui a fui (xv, 15). » Ce sont là, ce me semble, de ces

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souffrances que l'homme ne connaît que quand il a beaucoup vécu et beaucoup senti, et que la violence et l'oppression ont pénétré jusqu'au fond de l'âme (voir aussi xii, 1).

Et encore (xx, 14) : « Maudit soit le jour où je suis né, le jour où ma mère m'a enfanté ! Maudit soit l'homme qui porta la nouvelle à mon père, disant : Un enfant mâle t'est né, et qui lui donna tant de joie! Que cet homme soit pareil aux villes que Jéhova a détruites sans pitié ; qu'il entende dès le matin le cri de guerre, et à midi le fracas du combat. Que ne m'a-t-on fait mourir avant de naître! Que ma mère n'at-elle été mon tombeau, et que sa matrice ne m'a-t-elle gardé à jamais ! au lieu de sortir de son ventre pour ne voir que peine et misère, et consumer ma vie dans l'opprobre. »

Mais cette tristesse profonde n'éteint pas en lui l'ardeur, et il ne se décourage pas de

son métier de prophète, ou plutôt il ne peut s'y refuser, car l'inspiration l'obsède. « Tu m'entraînes, ô Jéhova, et je me laisse entraîner ; tu me forces, et je ne puis résister ; tout le jour, je suis un sujet de risée ; tous se moquent de moi, car toutes les fois que je parle, je ne fais que crier, crier contre la violence ; la parole de Jéhova est sans cesse pour moi un sujet d'insulte et d'opprobre. Je me dis alors : Je ne ferai plus mention de lui, je ne parlerai plus en son nom. Mais je sens en moi comme un feu brûlant qui couve dans mes os ; il me fatigue et m'épuise, et je n'en puis plus... D'ailleurs Jéhova me soutient comme un champion terrible, mes ennemis succomberont et ne prévaudront pas... Jéhova Sabaoth sonde le juste; il pénètre les reins et les cœurs. Je verrai la vengeance que tu feras d'eux, et je te remets ma cause (xx, 7). »

Je ne veux pas oublier de dire qu'il y

a un endroit (li, 3) où Jéhova annonce qu'il va accomplir sur Babylone toutes les paroles qui sont dans le livre des prophéties de Jérémie. On ne peut guère avouer plus franchement que ce livre est une fiction.

Ézéchiel se donne comme prophétisant à Babylone, pendant la déportation qui suit a prise de Jérusalem ; mais ce n'est encore là qu'une illusion. Et il ne faut pas beaucoup de liberté d'esprit pour reconnaître, à la simple lecture du livre, qu'il a élé écrit lout entier à Jérusalem.

On a vu qu'en étudiant Jérémie je n'ai pas craint de répéter les observations et les démonstrations que j'avais présentées au sujet du Premier haie. Je ne continuerai pas ainsi, car mon travail se trouverait plein de redites. Je ne chercherai dans Ézéchiel, à l'appui de raà thèse, que des arguments

nouveaux, ou du moins qui se produiront, dans les textes de ce prophète^ avec plus de force. C'est assez de dire une fois qu'on retrouve dans ce livre la même situation politique, au dedans comme au dehors, les mêmes douleurs, les mêmes revanches, les mêmes passions que dans les deux autres.

Mais Ézéchiel a mis plus en lumière que personne la réunion et la soumission de Samarie à Juda, accomplies sous le principat d'Hyrcan, Juda avait deux sœurs, Samarie et Sodome ; elles ont péché et elles ont été punies ; elles sont pardonnées , enfin, comme Juda même. Mais tandis qu'elles étaient jusque-là ses sœurs, elles deviennent maintenant ses filles (xvi, 6i), c'est-à-dire qu'elles ne sont plus ses égales, mais ses sujettes. Cela ne s'était jamais vu avant cette époque dans l'histoire d'Israël.

« Quand il y aurait ces trois hommes au milieu d'eux, dit Jéhova, Noé, Daniel et

Job, cela ne les sauverait pas (xiv, 14). »

Et ailleurs (xxviii, 3) : « Tu es plus sage que Daniel ; rien de secret n'est caché pour toi. » Sur quoi M. Ed. Reuss fait remarquer justement qu'à l'époque où on fait vivre Ezéchiel, Daniel n'était rien encore. Il en conclut qu'il s'agit ici d'un personnage inconnu. Il est plus simple d'admettre que ce livre est très postérieur au temps où on l'a placé.

Ezéchiel parle plusieurs fois de la machine de guerre qu'on a appelée un bélier (iv, 2 ; XXI, 22 ; XXVI, 9). C'est encore une preuve que le livre n'est pas du vi* siècle, puisque ces machines, encore inconnues au temps de Thucydide, ne furent inventées, au témoignage de Diodore (xiv, 42), que sous Denys de Syracuse, en l'an 400 avant notre ère *.

1. A. de Rochas d'Aiglun, V Artillerie chez, les anciens. Tours, extrait du Bulletin monumental, numéros 2 et 3, 1882, 28 pages in-8<*, plusieurs figures.

He LA MODERNITÉ DES PROPHÈTES.

En annonçant un avenir heureux à son peuple aflFranchi, Jéhova dit qu'il va y multiplier les hommes comme des troupeaux :

(c comme les troupeaux des jours saints, comme les troupeaux de Jérusalem dans ses fêtes. » N'est-ce pas assez de ces quelques mots pour faire voir tout de suite que cela n'a pas été écrit pendant l'exil de Babylone?

Mais il est temps de parler de ce% prophéties au sujet de Tyr, répétées dans les trois prophètes, et dont j'avais ajourné l'examen jusqu'à l'étude à'Ézéchiel, dans l'espérance de les éclairer les unes par les autres.

Isdie^ au chapitre xxiii, nous montre, dans une description très vive, Tyr emportée d'assaut et ruinée, et, au verset 13, Assur paraît être l'auteur de cette ruine *. On a vu qu'Assur, dans Isàie, signiûe d'ordinaire

1. Dans ce verset obscur, je traduis avec un certain nombre d'hébraïsanls : a Assur leur a appris [aux Chaldéens] la navigation », âiTaide de laquelle ils assiègent Tyr.

le royaume de Syrie; mais on ne sait pas de roi de Syrie qui ait pris Tyr.

Jérémie n'a que quelques mots au sujet de Tyr (xxvii, 3 et 6) ; il ne décrit ni le siège ni la prise de la ville ; mais il déclare qu'elle sera assujettie, avec d'autres pays encore, à Nabuchodonosor et à ses héritiers.

Ézéchiel enGiTi dit à son tour, comme Jérémie, que Tyr est prise et détruite par Nabuchodonosor (xxvi, 7), et il décrit cette catastrophe encore plus richement qn'Isaïe.

Trois chapitres entiers sont remplis du détail des richesses de Tyr, de la place qu'elle tenait dans le monde, et de Tétonnement avec lequel on a appris sa chute.

Or on a vu dans ce qui précède qu'ainsi que les trois prophètes annoncent la ruine de Tyr, tous trois annoncent aussi l'invasion et la conquête de l'Egypte, et cela avec cette circonstance qu^Isaïe ne nomme pas celui qui doit soumettre l'Egypte, tandis que

Jérémie et Ezéchiel nomment Nabuchodonosor. Mais on a vu aussi qu'en réalité Nabuchodonosor n'a jamais soumis l'Egypte, d'où il a fallu conclure que ce nom antique cache un autre nom. Et en effet, au n^ siècle, c'est-à-dire à l'époque où bien d'autres raisons nous ont fait rapporter les prophètes^ il y a eu une invasion et une conquête de l'Egypte par Antiochus l'Epiphane.

11 y a donc lieu de présumer qu'il en est de même au sujet de Tyr, et que c'est le nom d'Antiocbus l'Epiphane qui est sousentendu encore une fois sous celui de Nabuchodonosor. Et cela est d'autant plus vraisemblable que, dans Isdie^ la ruine de Tyr est reliée à l'invasion de TÉgypte par ces paroles (xxiii, 5) : « Acette nouvelle, l'Egypte tremble en voyant la destruction de Tyr. »

Il semble donc qu'avant de s'attaquer à l'Egypte, Antiochus s'était attaqué à Tyr.

Mais tandis que l'invasion de l'Egypte,

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SOUS Antiochus, est établie par l'histoire, rhistoire est muette sur le siège et la prise de Tyr.

Dans cet embarras, on éprouve tout à coup une vive surprise, lorsque, en continuant la lecture d^Ézéchielj on rencontre les versets suivants (xxix, 18) : « Nabuchodonosor, roi de Babylone, a fait faire devant Tyr à son armée un rude service; toutes les têtes sont chauves, toutes les épaules sont pelées. Mais il n'y a pas eu de salaire pour lui ni pour so7i armée du travail fait devant Tyr. C'est pourquoi voici ce que dit Jéhova : Je vais donner à Nabuchodonosor, roi de Babylone, le pays d'Egypte; il en enlèvera des hommes, il en emportera du butin, ce sera le salaire de son armée. Pour prix du service qu'il a fait, je lui donne le pays d'Egypte. Ils ont travaillé pour moi, dit le seigneur Jéhova. En ce temps-là je développerai la puissance d'Israël [sans doute par

l'abaissement même de l'Egypte, qui lui donne plus d'influence dans ce pays]. »

Ainsi Ézéchiel se dément lui-même, et cette ruine de Tyr, ({uHsàie et lui ont peinte de si vives couleurs, il avoue qu'elle n'a pas eu lieu, et que la ville, si elle a é(é assiégée, n'a pas été prise, puisque le vainqueur n'y a rien gagné.

Cet insuccès peut expliquer le silence de rhistoire sur ce siège, surtout si on considère combien en général l'histoire de ces temps nous est mal connue, la plupart des livres où elle était racontée étant perdus. Ce qui est plus difficile à expliquer, est que les prophètes triomphent ainsi contre Tyr d'une entreprise avortée et nous représentent la ville détruite et son peuple passé au fil de l'épée {Ézéch., xxvi, 10-12). Faut-il croire que, dès que la ville a été seulement menacée, leurs espérances se sont enflammées par les souvenirs du passé ? Le coup qu'avait

frappé jadis Alexandre avait été si étonnant que les imaginations en étaient demeurées pleines. Et depuis Alexandre, Antigone s'était aussi rendu maître de Tyr, en la prenant par la faim au bout d'un siège de quinze mois ^ Ceux de Juda ont cru qu'Antiochus allait leur faire revoir le même spectacle, et ils s'en sont d'avance enivrés.

Deux versets du second livre des Maccabées (iv, 44 et v, IJ montrent qu'Antiochus était à Tyr à la veille de sa seconde expédition contre l'Egypte, mais on ne nous dit pas ce qu'il y faisait.

Après sa peinture de la ruine de Tyr, Isdie ajoute tout à coup que la grande ville reste dans l'ombre pendant soixante-dix ans, chiffre qui, en hébreu, n'a rien de précis et exprime seulement un long intervalle. Au

1. Il est bien à remarquer que ce dernier siège, si mémorable, ne nous est pourtant connu que sur le seul témoignage de Diodore (xix, 58), et que l'histoire de Diodore nous manque pour le temps d'Antiochus.

bout de ce temps, Tyr recommence à faire parler d'elle, ayant retrouvé sans doute son indépendance par suite de l'abaissement de la puissance des Syriens. Mais l'argent que lui rapporte son commerce, elle le consacre à Jéhova et pourvoit par ses dons à la nourriture et à rhabillement de ses prêtres {haïe, XXIII, 18). On peut supposer qu'on vit cela au temps d'Hyrcan, lorsque la fortune miraculeuse des Juifs ayant pour ainsi dire consacré leur dieu aux yeux des peuples voisins, ceux-ci lui apportèrent leurs hommages au Temple de Jérusalem.

Au sujet de la prophétie A'Ézéchiel sur rÉgypte, je n'aurais qu'à répéter ce que j'ai dit de celles à' haïe et de Jérémie^ y compris la remarque sur le nom de No, traduit par Alexandrie dans la Vulffate. Et à ce propos, il faut remarquer aussi que dans Ézéchiel la Vulgate traduit par Adonis le nom du dieu Thammouz, dont les femmes

font le deuil (viii, 14). C'est en effet un dieu nouveau, comme la Reine du ciel \

Enfin la manière dont Ézéchiel lui-même explique aux Juifs, en se nommant par son nom, comment certains actes qu'il fait devant eux sont symboliques (xxiv, 24), a encore quelque chose de suspect.

Il y a deux manières de se renseigner sur rage des prophètes : l'une est de rechercher sous l'impression de quel événement, et par conséquent à quelle date, tel passage a été écrit ; l'autre est de considérer dans son ensemble l'esprit qui règne dans un livre.

La première, là où on peut la pratiquer, est plus précise ; mais quelquefois les données manquent ou sont obscures, et la critique éprouve quelque embarras, comme on l'a vu en certains passages. La seconde peut toujours être employée, et elle suffit pour produire la conviction.

\ . Jérémie, vn, 18, etc.

Ézéchiel prêche à son tour la rénovation de la religion, spiritualisée et épurée : « Je vous donnerai, dit Jéhova, un même cœur; je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair (xi, 19). »

Il désavoue aussi le proverbe : « Les pères ont mangé du raisin vert, et les dents des fils en ontété agacées (xviii, 2)» ; mais cette idée, il la fait sienne par la largeur avec laquelle il la développe dans tout un chapitre. Michelet a commenté avec complaisance ce beau passage * : « 11 prévient toute équivoque, reprend par trois fois la chose, s'arrête avec une force, une lenteur, une gravité digne des juristes romains. On voit qu'il sent Timportance de la pierre sacrée qu'il fonde, scelle à chaux et à ciment. »

Amsi sont condamnées les paroles fameu-

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