‹ La modernité des ProphètesChapitre 12 sur 24 · C*étaient les victimes de choix {Lévity ix · texte numérisé non relu

C*étaient les victimes de choix {Lévity ix

Isdie^ ni Jérémie^ ni Ezéchiel n'aient pas une seule fois prononcé son nom.

Mais c'est inutilement que pour se rendre compte de celte prophétie^ on voudrait remonter aux temps antiques; il est impossible de la rapporter à ces temps. Lorsque Ninive a été véritablement prise et détruile, en 625 avant notre ère, ceux de Juda n'étaient pas ses sujets; leur royaume subsistait encore, et le prophète n'aurait pu dire ce que dit Nahvm, en s'adressant à la ville ennemie : « De toi est sorti celui qui pense le mal contre Jéhova... Ainsi dit Jéhova : ... Je t'ai humilié, je ne t'humilierai plus. Je briserai le joug qui est sur toi et je délacherai tes chaînes... Célèbre^ 6 Juda^ tes solennités-, acquitte tes vœux; car le méchant ne passera plus chez toi; il est entièrement déraciné. »

Quant à une prétendue prise de Ninive, sous Sardanapale, au viii*" siècle, c'est une

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pure légende ^ Et quand elle serait vraie, les versets que je viens de citer demeureraient toujours inexplicables.

Il faut donc en revenir au temps des Seleucidesy et le roi d'Assur (m, 18) est encore ici, comme dans les autres prophètes^ le roi de Syrie. On doit donc admettre que Ninive représente Babylone ou Séleucie, prise par les Parthes dans leur invasion du milieu du ii"" siècle.

Je rappelle que dans un verset de Nahum, la Vulgate a encore traduit le nom de No par celui d'Alexandrie (m, 8).

La prophétie à'Habacuc^ déjà courte, telle que nous la lisons, est plus courte encore si on en sépare la prière qui forme le troisième chapitre, qui ne tient au reste en aucune manière, et dont je parlerai ailleurs.

1. « 11 est certain aujourd'hui que la première destruction de Mnive est un roman historique » (Maspero, Histoire ancienne des peuples de VOrienty p. 363).

Les deux premiers chapitres sont une invective contre les Chaldéens (i, 6), c'està-dire les Syriens, peuple redoutable, peuple impie, qui dévore le juste (i, 13), mais qui ne prévaudra pas contre Jéhova.

Il sera frappé à son tour, sans doute par rinvasion des Parlhes : « Tu as pillé des peuples, et des peuples te pilleront (ii, 8). Tes multitudes se seront épuisées, pour qu'à la fin tout soit consume et anéanti, afin que la connaissance de la gloire de Jéhova remplisse toute la terre (ii, 13).

A quoi bon tes idoles?... Malheur à celui qui dit au bois et à la pierre muette: Éveilletoi, lève-toi. Tout cela est sans vie. Mais Jéhova, dans son saint Temple, toute la terre se tait devant lui (ii, 18-20). »

Sophonie dit quelques mots seulement des châtiments que Jérusalem a dû subir pour ses infidélités : les infidèles seront punis, et

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parmi eux les fils du prince, et quiconque revêt le vêtement de F étranger (i, 8). Mais il ne s'étend que sur la réconciliation de Juda avec son dieu, et sur les bienfaits que le règne de Jéhova amène avec lui. Toute idolâtrie disparaît, et non seulement l'idolâtrie, mais l'indifférence (i, 4). Il ne reste que les humbles, c'est-à-dire les dévots (ii, 3 et m, 12).

Les peuples voisins et ennemis expieront leur mauvais vouloir et Juda s'emparera de leurs terres (ii, 9). Assur et Ninive seront détruits (ii, 13) : c'est toujours l'invasion des Parlhes. Tous les peuples apprennent à honorer Jéhova, et il leur est donné des lèvres pures pour invoquer son nom (m, 9) .

Sion triomphe, et rassemble de toutes paris ses fils dispersés, qui échangent leur abaissement pour la grandeur devant tous les peuples (m, 14-20).

Ici, je suis obligé d'interrompre la suite des Douze ; car les prophètes dont il me reste à parler appartiennent évidemment à un autre âge que ceux que j'ai étudiés jusqu'à présent,

La tradition elle-même en témoigne, car tandis qu'elle rapporte ceux qui précèdent à une haute antiquité, les plaçant au plus tard au temps où commence, après la destruction du royaume de Juda, la captivité de Babylone, elle suppose au contraire ({Xi'Aggée et Zacharie (voir les préambules de ces deux prophètes) n'ont paru qu'au temps où Zorobabel rebâtit le Temple, au

commencement du règne de Darius, comme le dil le livre à'Esdras (iv, 24). El il s'agit du second Darius, comme l'indiquent les noms de Xerxès et d'Arlaxercès, mentionnés comme ses prédécesseurs au même chapitre (versets 6 et 7), ce qui mettrait les deux prophètes à plus de cent ans après les autres.

Maintenant, si on est bien pénétré de la nécessité de faire ce que j'ai appelé une transposition, il doit y en avoir encore une à faire, et il ne faut accepter la tradition que relativement, et en conclure seulement, après avoir fixé la date des premiers prophètes au 11* siècle, que les deux autres, étant plus récents encore, ont paru à une distance du if siècle à peu près égale à celle qu'il faudrait supposer entre les uns et les autres, d'après la tradition même. Quelle sera cette distance, et où les placeronsnous? Il me semble qu'avant tout examen,

on pense naturellement au règne d'Hérode.

En effet, l'histoire des temps qui séparent le premier Hyrcan d'Hérode n'était pas faite pour inspirer les écrivains. L'intervalle est rempli à la fois par des désordres et des guerres civiles qui déchirent le pays au dedans, et par des coups terribles frappés du dehors. Pompée entre dans Jérusalem et emporte le Temple d'assaut en Tan 63 avant notre ère, et les Israélites furent dès lors des sujets. Puis la révolte de César bouleverse le monde entier, et avec le monde, le peuple d'Israël- La race illustre des Asmonées s'éteint au milieu de l'anarchie. Voilà ce qu'auraient eu à dire \e^ prophètes d'alors. Tout à coup, Hérode est roi. 11 s'était élevé en dehors de la race royale, je dirais presque en dehors de la nation, car il était d'une famille de Tldumée, et un Iduméen n'était, dit Josèphe, qu'un demi-Juif (A/^/îçr., 18, 5, 4). Nullement scrupuleux et très

habile, il fut de très bonne heure un personnage. Hérilier d'une fortune énorme, amassée par son père Antipaler, et qu il grossit encore, il la mit au service d'Antoine d'abord, puis d'Octave, aussitôt qu'Antoine fut détruit, et s'assura ainsi l'appui des Romains. Us le firent roi et lui prêtèrent une armée romaine, pour assiéger et prendre avec lui Jérusalem. Il eut un règne de quarante ans, prospère et brillant même.

Les Romains lui avaient rendu tout ce que Pompée avait ôté à ceux d'avant lui; jamais le pays n'avait été si grand ni si riche. Il se passait, il est vrai, d'étranges scènes dans Tinlérieur du palais du roi ; mais les désordres ou même les assassinats n'allaient pas jusqu'à la foule. Son autorité ne fut menacée qu'une fois, au moment où il allait mourir, et il la maintint à force d'être impitoyable. Ses bâtiments étaient magnifiques, et son crédit auprès des

maîtres du monde se soutint toujours. Ses sujets, sans doute, ne l'aimaient pas : c'était un Iduméen, un fils d'Ésaù; c'était le meurtrier des Asmonées, rois et grands prêtres ; c'était le courtisan de César; c'était un Grec, un honime des Nations, par les mœurs et l'indifférence. Mais ses trésors lui permirent de soulager efficacement le pays, frappé par de grandes calamités, en même temps qu'il l'éblouissait et qu'il flattait son orgueil par la magnificence de ses bâtiments. Et en ce genre, il lui fut donné de faire une chose qui força tout Israël à le célébrer. 11 reconstruisit le Temple, maltraité par les Syriens et par les Romains, et il en fit un monument digne du prestige qui entourait alors le dieu. Déjà si obligés à un prince qui les avait nourris dans la famine, et qui rebâtissait les maisons détruites par un tremblement de terre, ses

sujets, je dis les plus dévots mêmes, ne

pouvaient ne pas lui savoir gré d'avoir restauré le Temple de Jéhova. Ce Temple attirait maintenant les yeux de tous les peuples, car si Juda paraissait avoir grandi, le judaïsme avait grandi bien plus encore.

La propagande israélile, qui avait commencé bien avant l'époque des Asmonées, avait fait depuis des progrès considérables, pour des raisons que j'ai développées ailleurs, mais qui ne sont pas ici de mon sujet. Les Israélites formaient une espèce d'association internationale, qui pénétrait peu à peu dans l'empire romain tout entier. On voit par Varron que leur religion, en même lemps qu'elle s'étendait parmi les petits et les humbles, occupait déjà les esprits curieux et réfléchis. Slrabon dit qu'il n'y avait pas de cité où il n'y eût une colonie d'Israël, avec laquelle il fallait compter.

L'importance de la religion de Jéhova était arrivée à son comble précisément à

l'époque du règne d'Hérode, et Hérode luimême y ajoutait.

Enfin les destinées de ses héritiers, à la fois tristes et mesquines, firent ressortir encore sa gloire, et on l'appela Hérode le Grand*. On comprend donc que ce règne ait eu aussi une littérature, non pas égale sans doute à celle de la fin du ii° siècle, car celle-ci était éclose aux rayons de la liberté, non de la faveur d'un maître; mais cette littérature royale a pu cependant avoir ses beaux jours et être goûtée et applaudie.

Voyons si on reconnaît en eff^et Tinfluence du règne d'Hérode dans les prophéties d'Aggée et de Zacharie.

Toutes deux sont censées célébrer la reconstruction du Temple par Zorobabel, mais il est aisé de voir que ce n'est pas cela dont il s'agit en réalité. On lit tout d'abord (i, 2) : « Ainsi parle JéhovaSabaoth :

\. Josèphe, Antiquités^ 18, 5, 4.

Ce peuple dit : Le temps n'est pas venu, le temps de bâtir le Temple de Jéhova... Mais est-il temps pour vous d'habiter vos maisons lambrissées, tandis que la mienne est abandonnée? » Ces paroles ne s'expliquent guère au temps de Zorababel; mais au temps d'Hérode, elles s'expliquent très bien parle témoignage de i o^èphe {An tig., 15, H, 1). Le roi n'étant pas populaire, la foule ne croyait pas à ses promesses, et peut-être aussi ne se souciait pas qu'il eût l'honneur de rebâtir le Temple ; elle se montra d'abord opposée à ce projet, et il eut de la peine à la ramener. Jéhova continue et déclare que c'est parce qu'ils ne rebâlissaient pas sa maison, qu'il a déchaîné contre eux la famine (i, 10 et n, 16); cette famine, qui désola la Terre sainte et la Syrie, sévit en effet peu avant qu'Hérode eût commencé à rebâtir le Temple (Josèphe, 15,9, 1). A côté de Zorobabel, Aggée nomme le

grand prêtre Jésus ou Josué. Au temps des Asmonées, le grand prêlre était le même que le prince; mais il n'en était plus ainsi sous Hérode; car en se substituant à eux comme roi, il n'osa se faire grand prêtre, étant profane comme Iduméen. Il y eut donc alors un roi et un grand prêlre en face l'un de l'autre, comme cela est mieux marqué encore dans Zachme. — Du reste, ce Josué ou Jésus figure avec Zorobabel dans le livre d'Esdras; mais il n'y est pas dit qu'il fût grand prêtre.

Mais voici comment Jéhova lui-même parle du Temple dans Aggée . « Qui est-ce qui reste parmi vous, qui a vu celte maison dans sa gloire première? El quand vous la voyez maintenant^ n'est-il pas vrai qu'elle est comme rien à vos yeux?... Mais je mettrai en mouvement toutes les nations, et ici viendront les trésors de tous les peuples, et je remplirai cette maison de splen-

deur. L'or est à moi, Targent est à moi^ et grande sera la splendeur de cette maison, plus encore que celle de la première, et en ce lieu je mettrai la paix (u, 3-9). »

De telles paroles ne peuvent convenir qu'au Temple dllérode. Au temps de Zorobabel, sous le second Darius, il ne restait personne qui eût pu voir Tancien Temple. Mais au temps d'Hérode, beaucoup avaient vu le Temple, tel qu'il était avant la prise de la ville par Hérode et Sossius, c'est-à-dire seize ans auparavant, et pouvaient le comparer à ce qu'il était depuis ces seize ans.

Et surtout les magnifiques promesses qu'on vient de lire ne peuvent se rapporter qu'à ce règne à la fois brillant et paisible, et à une époque où le Temple en effet recevait des offrandes apportées de tous les points du monde, et même du Palatin.

Enfin voici ce qu'on lit aux derniers versets (il, 21-23) : «Voici que j'ébranle le ciel

et la terre; je renverse le trône des rois, et je brise la puissance des royaumes des Nations; je culbute les chars et ceux qui les montent, et les chevaux* tomberont et les cavaliers avec eux, chacun par Tépée de son frère. Et en ce temps-là, je te prends, Zorobabel, fils de Salathiel, mon serviteur, et je t'établis pour être mon anneau*, car je t'ai choisi, dit Jéhova Sabaolh. » Ces paroles sont d'une parfaite clarté. En ce tempslà en effet tombent à la fois les rois de Juda 3t les rovaumes des Nations, c'est-à-dire la Syrie et l'Egypte; tout cela à travers les guerres civiles des Romains. C'est alors qu'Hérode devient roi, sans droit, sans titre, d'une manière inattendue, simplement parce que Jéhova l'a choisi.

Il y a un verset (i, 13) où Aggée s'appelle lui-même messager de Jéhova. C'est le

1. C'est-à-dire mon sceau, rinstrument et la manifestation de ma puissance.

même mot hébreu qu'on traduit ailleurs par ange, ange n'étant en effet que le mot grec qui signiGe un messager.

Les deux courts chapitres à'Aggée contiennent donc déjà, sur le temps où ils ont été écrits, les indications les plus décisives; mais la prophétie plus étendue de Zacharie est pleine de témoignages dans le mêoie sens.

Le prophète voit quatre cornes, m qui ont jeté au vent Juda, Israël et Jérusalem (i, 19), » puis quatre forgerons, chargés d'abattre ces cornes ennemies. Les quatre cornes sont les quatre empires qui ont tour à tour asservi Juda (Assyriens, Chaldéens, Perses, Macédoniens), et les forgerons sont les conquérants qui ont détruit ces empires (Nabuchodonosor, Cyrus, Alexandre et Pompée).

Jérusalem est reconstruite sans murailles; « sa muraille sera Jéhova (ir, 4). » — C'est

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que les Romdins ne permettaient pas que Jérusalem fût une place forte ; mais Zacharie aime mieux dire qu'elle est maintenant Irop peuplée pour pouvoir être enfermée dans une enceinte. Elle se peuplait en effet de tous les Juifs qui s'étaient réfugiés en Syrie (ïi, 7), pendant les cruelles épreuves qui avaient précédé le règne nouveau.

Le grand prêtre revient dans Zacharie, mais avec des détails curieux. Il comparaît devant Tange de Jéhova (m, 1); mais à sa droite se tient TAccusateur (le Satan) pour l'accuser. Jéhova fait taire l'Accusateur.

Celui-là, dit-il, c'est un tison retiré du feu; c'est-à-dire qui a été en péril, mais qui est sauvé. Et Jésus était vêtu d'habits misérables (comme accusé). Mais Jéhova lui fait retirer ces habits, et le fait revêtir de vêtements magnifiques. — Tout cela nous est expliqué par Josèphe dans l'histoire d'Hérode. Celuici, je l'ai dit, n'osant succéder comme grand

prèlre aux Asmonées, avait fait un grand prêlre, nommé Ananel. Mais il restait un petit-fîls d'un Asmonée. Hérode, qui luimême avait épousé une fille des Asmonées, Mariamne, n'osa refuser à la mère de cet héritier des rois de le faire grand prêtre, et pour lui donner ces hautes fonctions, il les ôla à Ananel que, sans doute, il en déclara indigne. Mais il se repentit bientôt de sa complaisance pour le sang royal, et le jeune grand prêlre disparut en moins d'une année, s'élant noyé, disait-on, en prenant un bain. Ananel fut alors rétabli dans son office de grand prêtre *. C'est lui qu'il faut entendre sous ce nom de Jésus.

Zacharie est le seul prophète qui parle de ce Satan ^ sorte de ministre de Jéhova chargé de sa police, comme on le voit par le préambule du livre de Job. On pourrait presque dire aussi que c'est le seul où on voit un

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