‹ La modernité des ProphètesChapitre 15 sur 24 · Le mot de poulain est le seul que je trouve à employer · texte numérisé non relu

Le mot de poulain est le seul que je trouve à employer

laO LA MODERNITÉ DES PROPHÈTES,

nombre de leurs jours ; taudis que les jeunes garçons et les jeunes filles joueront çà et là dans les rues. » Pourtant ils auront aussi leurs vietoires : « Je tends Juda comme un arc, et je mets dessus Ëphraïm (qui est la flèche), et je fais lever les fils, Sion, contre les fils, Javan (ix, 13). » Les fils de Javan, ce sont les Grecs (ceux de la Syrie); c'est peut-être une allusion à l'expédition d'Hérode dans la Trachonitide [Antiquités^ 16, 9, 1). Je ne sais si les idoles, détruites à répoque des grands Asmonées, avaient reparu depuis, pendant les temps des troubles ; mais elles disparaissent celte fois pour jamais (xiii, 2). Z acharie ^]o\x\q qu'avecelles disparait aussi la prophétie, et ce passage est fort curieux : « J'ôlerai de cette terre les prophètes et Tesprit d'infidélité. Quand quelqu'un prophétisera , dorénavant son père et sa mère, qui l'auront engendré, lui diront : — Tu ne vivras pas, car lu as pro-

féré le mensonge au nom de Jéhova ; el ils le tueront. Et les prophètes eux-mêmes auront honte de leurs visions, et ils ne se revêtiront plus du manteau de poil pour mentir, disant : — Je ne suis pas prophète ; je travaille la terre ; on m'a acheté pour cela tout enfant. — Et on lui dira : — Qu'est-ce que ces cicatrices à tes mains ? — Et il répondra : — Ce sont des coups que j'ai reçus dans la maison des miens (xiii, 2-6). »

On a déjà vu quelque chose de cela dans Amos {\ii^ 14) ; mais ce n'est pas précisément la même chose. Là ce prophète, à qui on reproche de jeter le trouble dans les esprits, répond que ce n'est pas sa faute, qu'il n'a pas prétendu être prophète, que c'est Jéhova qui l'a fait tel malgré lui. Ici l'homme qui s'est donné pour prophète avoue son mensonge. Zacharie cependant prophétise lui-même, mais probablement il x\% prophétisait que par écrit, et ne prenait

pas le costume ni les allures de prophète.

Ceux qui les prenaient étaient obligés de les désavouer, hdi prophétie , déjà suspecte peutêtre sous le premier Hyrcan, Télait devenue bien davantage, sous un pouvoir d'autant plus ombrageux que lui-même il a un maître, et qu'il aurait à répondre aux Romains de tout ce qu'il aurait permis. S'il y a encore des prophéties^ c'est à condition qu'elles soient très discrètes. Si chez nous un pouvoir supprimait la presse, il n'en aurait pas moins ses journaux. La prophétie de Zacharie est une prophétie de gouvernement.

Le manteau de poil est le même que prit un peu plus tard Jean le Baptiste.

Les cicatrices sont les marques des incisions, desbalafres que se faisaient antérieurement les prophètes pour marquer qu'ils ne se possédaient plus, et qu'ils étaient emportés par une espèce de fureur divine.

Pour les expliquer, le faux prophète de Za-

charie les attribue à des coups qu'il a reçus « dans la maison des siens » . Le mot à mot est : « dans la maison deceuiquim'aiment. »

Cette manière de désigner ses parents, quand ils'agilde coups et de plaies, peut étonner ; mais l'éducation juiveétaitrude, comme en témoigne le livre des Proverbes *.

Au dernier chapitre (xiv, 2), on voit Jérusalem prise d'assaut et subissant toutes les horreurs accoutumées. (Comparez Josèphe, Antiquités, i^j 15, 2.) Puis Jéhova, qui a sauvé son peuple des ennemis conjurés contre lui, révèle sa puissance par une manifestation extraordinaire. Le sol s'entr'ouvre, les montagnes se déplacent et les hommes fuient de toutes parts, «comme ils ont fui devant le tremblement de terre au temps

1. Frov,^ XIII, 24 : <( Celui qui épargne les verges à son fils est son ennemi; celui qui Taime s'applique à le corriger. » Voir aussi, ix, 30, sur la vertu qu'ont des coups « qui pénètrent jusqu'aux entrailles ». Etxix, 18 : « Châtie ton fils, mais ne t'emporte pas jusqu'à le tuer. »

d'Osias, roi de Judée (xiv, 5^ » Le Ircmblement de terre du temps d'Osias n'est pas mentionné dans les livres bibliques qui nous restent; mais celui qu'a vu \e prophète nous est connu encore par Josèphe {AniiquitéSj 15, 5, 2). H se produisit Tannée de la bataille d'Actium et causa d'affreux désastres. Le tremblement de terre du règne d'Osias est mentionné aussi dans le préambule du livre d'Amos. Mais ces préambules sont évidemment postérieurs aux livres prophétiques auxquels on les a attachés, et il est probable que cette mention a été empruntée à Zaeharie. Les derniers versets célèbrent encore la gloire de Jéhova et de son Temple, où les peuples affluent : « Jéhova est roi dans toute l'étendue du pays; Jéhova est unique et son nom unique (xiv, 9). » — El tout ce qui subsiste des Nations qui marchaient contre Jérusalem y monte tous les ans pour adorer Jéhova Sabaolh et pour

célébrer la fêle des Tentes* (xiv, 16). »

— « En ce jour, sur les clochettes des chevaux se verra gravé : Consacre à Jéhova, et les marmites de la maison de Jéhova seront comme des coupes devant l'autel (c'està-dire aussi nombreuses). Toute marmite à Jérusalem et en Juda est consacrée à Jéhova Sabaolh. Tous ceux qui viennent sacrifier en prendront et y feront cuire, et en ce jour il n'y aura plus de marchand dans la maison de Jéhova (xiv, 20, 21). » C'est le tableau, idéal peut-être, d'un pèlerinage universel, où les marchands ne suffiront plus, et ce tableau, qui représente Tapogée du judaïsme, ne peut se placer dans aucun temps antérieur.

Quand on rassemble tant d'indications si précises, tant de rapprochements si décisifs et qu'on lit parallèlement Zacharie et THis toire juive de Josèphc, on ne comprend

i. Sur celle fùle, voir Néhémie, vni, 14.

même plus quel aveuglement a pu faire

méconnaître si longtemps la jeunesse de ce prophète^ et chercher, dans des siècles où

les Juifs étaient ignorés du monde, Texpli-

calion d'idées et de sentiments qui n'ont pu

se produire qu'à une époque où le monde

commençait déjà à devenir juif.

LdL prophétie de Malachie est une des plus courtes, et aussi une de celles qui nous en apprennent le moins. La place qu'elle occupe dans le recueil des Douze (c'est la dernière) semble indiquer qu'elle est au moins aussi récente que les deux qui la précèdent, et, d'un autre côté, l'invective contre ridumée par laquelle elle s'ouvre ne permet pas de croire qu'elle ait été écrite du vivant du roi iduméen; on peut la placer plutôt dans les temps troublés qui suivirent sa mort .

En reprochant aux prêtres de son temps d'offrir à Jéhova des victimes de mauvaise

qualité, apparemment pour s'approprier l'argent qu'auraient coulé des viandes meilleures, Jéhova ajoute (i, H) : « Car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les peuples, et en tout lieu on présente en invoquant mon nom des parfums et des offrandes de choix. »

Puisqu'on ne sacrifiait qu'à Jérusalem, il faut entendre par en tout lieu que de tout lieu on envoyait ces offrandes choisies, que le prophète oppose à celles que les prêtres fournissaient pour le service de tous les jours. On voit que ce verset témoigne encore du culte universel que le dieu des Juifs recevait alors.

Malachie reproche ensuite aux Juifs de violer la Loi, particulièrement en ce qu'ils épousent des filles d'un dieu étranger, et qu'en les introduisant dans leur maison ils attristent la femme juive qui était la femme de leur jeunesse. Celle-ci pleure devant

Tautel de Jéhova, et le dieu ne peut plus agréer uue offrande gâtée par ses larmes (1(9 13). H y a là un passage assez obscur, mais où on voit pourtant se manifester l'esprit nouveau qui aboutit, mais plus tard seulement, à condamner la polygamie. Car ce n'est pas la répudiation qu'il condamne ; il permet, au contraire, qu'on se sépare de la femme qu'on n'aime plus; mais il ne veut pas qu'on lui fasse subir la vue odieuse d'une rivale plus jeune et plus aimée (11, 16), Et il n'accepte pas même l'exemple d'Abraham, l'excusant seulement par la nécessité où il était de faire naître l'enfant de la promesse. On sent là encore qu'on approche des temps chrétiens.

Enfin le prophète annonce l'avènement prochain du Seigneur (m, 1), qui condamnera l'iniquité et établira la justice. Mais il annonce aussi quelque chose de tout nouveau, et dont il n'est parlé nulle part ail-

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leurs, la venue d'Élie, qui préparera le jour de Jéhova (iv, 5). Les Évangiles témoignent combien cette idée s'était répandue et accréditée à répoque chrétienne. On se demande si Jean le Baptiste n'était pas Élie {Marcy IX, 12). Et qui sait si ce n'est pas en effet

la prédication de Jean le Baptiste qui a inspiré ce passage de Malachie ?

J'ai épuisé la liste des Prophètes, mais je rappelle qu'au début de ce travail, en parlant du livre qui porte le nom d'Isaïe, j'ai laissé de côté toute une moitié de ce livre, qui commence au chapitre xl, qui diffère sensiblement de la première parlie, que tous les critiques s'accordent à reconnaître comme plus récente et qu'on est convenu d'appeler le Second haie : il me faut enfin l'aborder. Quand on plaçait le Premier haïe au VHP siècle avant notre ère, le rationalisme moderne ne permettait pas de mettre à la

même dale celle secoude partie, puisqu'on y trouvait le nom de Cyrus. Pour moi, qui crois le Premier haïe du ii" siècle, ce n'est pas là ce qui me forcerait de séparer les deux prophéties. Mais dès qu'on passe de Tune à Tautre, on s'aperçoit tout de suite qu'il y a dans la seconde un autre esprit que dans la première, un autre accent, évidemment plus moderne. Et après avoir traversé les discussions qui précèdent, mes lecteurs ne seront pas étonnés de m'entend re dire qu'à mon sens le Second haie est du temps d'Hérode.

Ce n'est pas que celte date puisse s'établir par des arguments aussi multipliés et surtout aussi précis que ceux que m'ont fournis Aggée et Zacharie. Ceux-ci enregistrent, pour ainsi dire, les événements comme ferait un chroniqueur, en les couvrant à peine par des expressions symboliques ; mais on peut suivre ces événements dans leurs livres

aussi facilement que dans Josèphe. Le Second Isdie est un poète plein de sensibilité et d'imagination, et qui se laisse aller à nous émouvoir plus qu'il ne s'occupe de nous renseigner. Cependant, je trouve encore chez lui assez de témoignages pour n'avoir pas de doutes sur le temps où il a écrit.

Les premiers chapitres, xl à xuv, peignent surtout la situation générale d'Israël. Israël vient de souffrir plus qu'il n'a jamais souffert; mais tout à coup il est sauvé, sauvé par son dieu. Et cela est présenté comme un miracle absolument extraordinaire, et que le monde ne pouvait attendre. Et, en effet, jamais les Juifs, depuis les grands Asmonées, n'étaient tombés à un tel degré d'humiliation et de misère. Déchirée par l'anarchie, puis investie parles Romains, Jérusalem avait été tout près de périr et le Temple avec elle. Mais Jéhova veille sur son peuple : « Ne crains rien, car je suis avec loi.

in LA MODERNITÉ DES PROPHÈTES.

Ne crains rien, Jacob, pauvre vermisseau (xLi, iO-14). » Jacob est bien petit, mais Jéhova est si grand ! Aucun prophète jmqneAk ne l^avail porté si haut : « Il pèse les montagnes dans ses balances... Les nations sont pour lui comme une goutte dans un seau...

Tous les peuples sont comme rien devant lui : du néant et du vide * (xl, 15). » — « Et à qui me comparez-vous pour le trouver semblable ? Levez les yeux en haut et voyez : il a créé les armées du ciel ; il les range en bon ordre; il appelle chacun des astres par son nom et nul ne manque (xl, 25). » Voilà comme le sentiment religieux s'est exalté, soit par Teffet du temps et le développement de la pensée, soit surtout par le spectacle des révolutions de celte époque, bien autrement étonnantes que celle par exemple qui

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