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Aperçu physiologique sur la moelle épinière

Pour les uns, la substance blanche de la moelle est inexcitable par nos moyens artificiel (Van Deen, Chauveau, Brown-Séquard, Sciiiff, Huizinga, etc.) ; pour les autres, elle est excitable, indépendamment des racines des nerfs qu’elle contient (Fick, Engelken, Vulpian, Giannuzzi, Lughsinger), et l’excitation propre se traduit par des mouvements pour les cordons antéro-latéraux, par de la douleur et des mouvements réflexes (dilatation pupillaire, augmentation de pression vasculaire mesurée au mamomètre, etc.), pour les cordons postérieurs. — La substance grise, au contraire, est inexcitable par nos moyens mécaniques et électriques. Seuls Aladoff, Biedermann, Cyon et Birge, admettent cette excitation expérimentale. Les centres sont excités par les poisons (picrotoxine, nicotine, strychnine), la chaleur (40°), le sang asphyxique, mais son véritable excitant est le courant nerveux.

A. — Do lu moelle comme organe conducteur des impressions

sensitives et motrices.

Après la section ou la destruction partielle de la moelle, les cordons antéro-latéraux subissent une dégénération descendante (voies centrifuges), et les cordons postérieurs la dégénération ascendante (voies centripètes), ainsi qu’une petite portion, la postéro-interne

des cordons latéraux (faisceau latéral profond). Cette dégénérescence wallérienne, comme dans les nerfs, indique donc le sens de la conduction fonctionnelle. Elle affecte la forme d'une pyramide dans les deux cas, mais tournée la pointe en bas dans la dégénération des cordons antéro-latéraux ou moteurs, la pointe en haut dans la dégénération des cordons postérieurs ou sensitifs. Cette dernière n’atteint jamais les corps restiformes, ce qui prouve bien que ceux-ci ne sont pas une continuation, comme on l’a cru longtemps, des cordons postérieurs de la moelle. La sclérose des cordons postérieurs n’altère pas la sensibilité, mais détruit la coordination des mouvements (ataxie locomotrice), par suite de rupture des fibres commissurales en étage qui les constituent en grande partie.

a) . Cordons postérieurs. — Après la section des cordons postérieurs seuls, il n’y a ni paralysie des mouvements volontaires, ni paralysie de la sensibilité. Cependant, s’il n’y a pas de doute relativement à la persistance de la motilité, il n’en est pas de même en ce qui concerne la sensibilité. Après cette section, en effet, Schiff a cru voir la sensibilité tactile ne plus se faire. Ce qu’il y a de plus certain, c’est qu'après les sections transversales des cordons à des hauteurs variables successives (exp. de Todd), on voit survenir des troubles de la coordination des mouvements qui rappellent les symptômes de l'ataxie locomotrice. Or, la lésion anatomo-pathologique de celle-ci, on le sait, consiste dans dans la sclérose des cordons postérieurs. La difficulté est de savoir si ces troubles tiennent à la lésion des fibres servant à la sensibilité musculaire, ou bien, au contraire, ce qui paraît plus probable, — à la lésion des fibres associant et coordonnant les réflexes tactiles qui entrent en jeu dans les mouvements de la station debout et de la marche.

b) . Cordons latéraux. — Après la section d’un seul cordon latéral, la motilité est conservée du côté opposé à la section. Voilà ce qui est certain. — Mais la certitude cesse si l’on envisage la motricité du côté de la section. Alors que pour les uns (Weiss, Osawa), elle resterait intacte ; pour d’autres (Turck, Schiff, Woroschiloff, Kusmin), elle serait diminuée. — Pour la sensibilité, mêmes dissidences. — Si on l’examine du côté de la section, elle serait conservée d’après Longet et Sciuff, tandis que selon N. Weiss, Osa va, Kusmin, elle serait diminuée. — Envisagée du côté opposé à la section, elle serait encore conservée selon Longet et Schiff, diminuée d’après Woroschiloff et Weiss, abolie enfin selon Turck et IIohn.

Après la section complète des deux cordons latéraux seuls, il y a abolition des mouvements volontaires, des mouvements respiratoires, et, d’après certains auteurs, il y aurait aussi abolition de la sensibilité générale et de la sensibilité musculaire. Nous savons, en effet, qu’il y a des fibres sensitives dans le cordon latéral (f. de Gowers). — Après la section transversale de toute la moelle, à l’exception des cordons latéraux, les mouvements Volontaires, la transmission réflexe et la sensibilité seraient conservés, il y aurait seulement de l’ataxie des mouvements. — Par les cordons latéraux passent donc les fibres de la motricité volontaire (F. pyramidal croisé), les fibres vaso-motrices, les fibres respiratoires, les fibres cilio- spinales, et peut-être aussi une partie des fibres sensitives (faisceau de Gowers) présidant à la sensibilité tactile et musculaire. — Le rôle des cordons latéraux indique que ces cordons doivent augmenter en volume et en richesse de fibres de bas en liant, et c’est ce qui a lieu, en effet, comme le prouve la comparaison des aires de section de la moelle à divers niveaux de bas en haut (Voy. fig. 44).

c) . Cordons antérieurs. — La section des cordons antérieurs seuls est à peu près impraticable.— Quand on sectionne toute la moelle, à l’exception des cordons antérieurs, on observe la disparition de la sensibilité et de tout (?) mouvement volontaire. On a admis que par ces cordons passaient les fibres d'arrêt des réflexes venant de l’encéphale (??).

d) . Substance ç/iise. La section de la substance i frise et des cordons postérieurs amènerait l'abolition de la sensibilité, la motricité se conservant intacte. Schiff admet cependant que tant qu il leste un point de substance grise dans les sections transversales de la moelle, la motricité, quoique amoindrie, peut encore néanmoins se faire;

CENTRES NERVEUX

et pour Türck, Woroschiloff, Weiss, la sensibilité elle-même serait conservée alors que l’on a pratiqué la section de la substance grise seule. — La transmission a lieu alors par des chemins de traverse, grâce auxquels le courant nerveux finit par atteindre, après un certain détour, les cellules d’où naissent directement les nerfs périphériques.

e) . Hémisection de la moelle, — La section transversale d'une moitié de la moelle produit : a) du côté de la lésion, de la diminution de la motilité (Von Bezold, Von Ivampen, Türck, Schiff, Woroschiloff), et même son abolition (van Deen, Eigenbrodt, Brown- Séquard, N. Weiss, Muller). Il est à noter cependant que Stirling, N. Weiss et Osawa ont observé sa conservation. La sensibilité est conservée. — b) Du côté opposé a la lésion, la motilité est conservée, et quant à la sensibilité, elle serait conservée pour les uns (Van Deen, Stilling, R. Weiss, Osawa), diminuée d’après d’autres (Von Bezolo, Sciiiff, Woroschiloff, N. Weiss), ou même abolie (Brown-Séquard, Terrier). — Enfin, quand on fait la section transversale des deux moitiés de la moelle à des hauteurs différentes, on observe généralement une paralysie complète de la motricité et de la sensibilité, encore faut-il qu’il y ail plusieurs hémisections superposées (Osawa).

Il résulte de ces faits que chaque moitié de la moelle contient des libres sensitivomotrices pour les deux côtés du corps.

f) . Section longitudinale de la moelle. — Elle paraît diminuer (Stilling) ou même abolir (Von Bezold) la sensibilité et la motricité des deux côtés du corps.

Transmission de la sensibilité dans la moelle épinière. — Les expériences concernant les voies de conduction spéciales pour les diverses espèces de sensibilité (sensibilité tactile, sensibilité musculaire, sensibilité à la douleur) sont contradictoires. Ce qui semble en ressortir néanmoins de plus général, c’est que la voie principale des impressions sensitives conduites par les racines postérieures, se trouve dans les cordons latéraux, et qu’accessoirement ces impressions peuvent passer par la substance grise et les cordons postérieurs. — Quant aux cordons antérieurs, on s’accorde pour les exclure des trajets sensitifs.

On a émis l'opinion que les colonnes de Clarke et le faisceau cérébelleux direct serviraient à la transmission des impressions sensitives qui entrent en jeu dans la coordination des mouvements. Cependant certains physiologistes y veulent voir les conducteurs des impressions viscérales.

La transmission des impresssions dans la moelle est croisée (Brown-Séquard), puisque la section sagittale de la moelle amène l'anesthésie des deux côtés dans les régions correspondantes à la section médullaire, et que dans les hémisections transversales la sensibilité s’affaiblit de plus en plus du côté opposé à mesure que la coupe devient plus profonde (Brown-Séquard), bien que cette sensibilité ne soit cependant jamais complètement abolie.

Mais d’autre part, comme dans les hémisections doubles de la moelle à des hauteurs différentes, l’une à droite, l’autre à gauche, la sensibilité est conservée des deux côtés (Van Deen, Osawa), il en résulte que l’entrecroisement des conducteurs de la sensibilité dans la moelle n’est que partiel (Vulpian, Woroschiloff, Ludwig et Miescher).

En résumé, la conductibilité sensitive dans les cordons postérieurs est surtout croisée, mais aussi directe à un plus faible degré, ce qui prouve que l'entrecroisement des fibres sensitives n’est pas complet.

Transmission motrice dans la moelle épinière. — Les conducteurs de la motricité dans la moelle passent par les cordons pyramidaux direct et croisé. C’est aussi par les cordons latéraux que passent les fibres des muscles respiratoires, les vaso-moteurs, qui, de là, gagnent les vaisseaux par les nerfs rachidiens ou les rami communicantes, les filets cilio-spinales, les fibres motrices de la vessie, et les fibres sudoripares (nerfs excito-sécrétoires). La substance grise aussi serait capable de conduire le mouvement volontaire selon Sciiiff. Dans tous les cas, elle paraît pouvoir conduire les mouve-

ments incoordonnés convulsifs. Les cordons antérieurs paraissent contenir les filets inhibitoires.

La transmission motrice dans la moelle est directe, car après une hémisection de cet organe, le mouvement est aboli du même côté. Cependant, comme l’excitation d’un cordon détermine quelques mouvements faibles dans le membre du côté opposé à 1 excitation (Vulpian), il parait y avoir entrecroisement partiel des conducteurs de la motricité dans la moelle (Vulpian, N. Weiss, Osawa, Van Kempen), mais la moelle cervicale seulement.

Cette transmission parlant du cerveau, se ferait dans la moelle avec une vitesse de 10 mètres à la seconde (François Franck et Pitres).

Au fond, il paraît encore régner beaucoup d’obscurité sur les voies de conducliou dans la moelle. Mais si l’on se rappelle que les filets nerveux ne sont que des conducteurs indifférents , et si l’on se rappelle d’autre part, que dans l’état normal les impressions suivent constamment une certaine route, toujours la même; si l’on se rappelle, enfin, que si cette route est coupée ou rendue impraticable par suite d une obstruction ou interruption quelconque (lésion anatomo-pathologique ou expérimentale), la transmission se poursuit encore, il est vrai, mais alors par des chemins de traverse, jusqu’à ce que par ces chemins elle ait pu regagner ses voies ordinaires ou habituelles, on comprendra facilement les divergences que nous avons notées plus haut.

Il ne faudrait pas croire non plus queles impressions sensibles puissent aller tout droit le long d’une même fibre de la périphérie au centre de perception, pas plus qu’une impulsion motrice puisse cheminer directement le long d'un autre fil du centre à la périphérie. La conduction dans la moelle n’est pas simple, comme cela a lieu dans un nerf, mais s'opère par un système plus ou moins compliqué de relais.

En résumé, la conductibilité motrice des cordons antéro-latéraux est surtout directe (contraction forte des muscles), mais aussi à un faible degré croisée (contraction faible des muscles). Ce qu’explique la présence des fibres commissurales antérieures entrecroisées mais incomplètement (Kolliker, Lenhosseck). Dans la région cervicale de la moelle les effets croisés prédominent beaucoup.

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