ORIGINE DES NERFS BULBO-PROTUBÉRANTIELS
mun se lait dans un noyau allongé, continu en arrière avec celui du pathétique et développé dans les régions antéro-latérales de la substance grise de l’aqueduc (3, fig. 83). Composé de cellules multipolaires jaunâtres, ce noyau est formé de plusieurs noyaux secondaires que l’expérimentation et la pathologie ont dissociés. C’est ainsi que Hensen et Walckers, en particulier, ont réparti comme suit les centres suivants de haut en bas : 1° noyau du muscle ciliaire (centre de l’accommodation), et du sphincter de la pupille ; 2° noyau du droit interne ; 3° du droit supérieur ; 4° du releveur ; 5° du droit supérieur; 6° du petit oblique qui confine au noyau du grand oblique ou noyau du pathétique (voy. III, fig. 85).
Darkschewich de son côté (Arch. f. Anal., 1889) a décrit deux portions au noyau d’origine de l’oculo-moteur, une supérieure, l’autre inférieure-, et récemment üehuchten (Bull, de l’ Acad. Roy. de Belgique, 1892) a montré qu’il y a entrecroisement des racines de l’oculo-moteur, les fibres entrecroisées provenant à la fois de la partie ventrale et de la partie dorsale du noyau d’origine. Avec ces noyaux viennent aussi entrer en relation des libres du faisceau longitudinal postérieur ou faisceau des muscles de l’œil.
Nées de ce point, les fibres de l’oculo-moteur se portent en avant, traversent en lignes courbes le noyau rouge, puis se rassemblent en 8 ou 12 filets qui émergent de la face interne du pédoncule cérébral correspondant ( origine apparente) dans l’espace interpédonculaire (7, fig. 53, et III, fig. 85).
Le moteur oculaire commun est uni aux autres nerfs de l’œil pour assurer la synergie des mouvements du globe. Les voies commissurales qui unissent les trois nerfs de l’œil entre eux sont représentées par les fibres du faisceau longitudinal postérieur du bulbe, qui nait dans cet organe aux dépens du réseau central, longe le sillon médian du plancher, adossé à celui du côté opposé et entrecroisé avec lui. Mathias Duval a décrit les fibres croisées qui unissent le noyau du moteur oculaire externe aux noyaux du moteur oculaire commun (ce qui rend compte de la synergie du muscle droit externe d’un côté avec le droit interne du côté opposé) et du pathétique. Perlia, de son côté, a montré que l’oculo-moteur est à la fois homonyme et croisé, car il tire ses origines à la fois de certains noyaux du même côté et d’autres noyaux du côté opposé. De plus l’oculo-moteur commun est en relation avec les tubercules quadrijumeaux antérieurs, avec les fibres optiques qui lui arrivent par la commissure postérieure, avec la racine sensitive du trijumeau (Meynert), ce qui expliquerait la sensibilité de ce nerf dès son origine, peut-être aussi avec le noyau du nerf spinal qui préside à la rotation de la tête, associée elle-même aux mouvements de latéralité des yeux.
Sans entrer ici dans la question de l’origine embryonnaire des racines des nerfs, — question que nous étudierons un peu plus loin, — je dirai néanmoins ici qu’on peut admettre comme démontré aujourd'hui que les racines ventrales ou motrices des nerfs bulbo-protubérantiels (les 10 dernières paires des nerfs crâniens) comme les racines ventrales ou motrices des nerfs rachidiens naissent comme des prolongements des cellules ventrales de la plaque médullaire, tandis que les racines dorsales ou sensitives des nerfs bulbo-protubérantiels aussi bien que les racines homodynames des nerfs rachidiens proviennent des cordons ganglionnaires avant la fermeture du canal neural. D’où il s’ensuit que les racines dorsales des nerfs aussi bien que les ganglions qui y sont annexés, sont des produits directs de l’ectoderme et que leurs connexions avec le tube neural n’est que secondaire.
Il résulte de là que toutes les fibres sensitives, à trajet centripète, ont leur origine,
CENTRES NERVEUX
non pas dans les noyaux gris ou ganglionnaires de la moelle allongée, mais dans les ganglions annexés aux racines dorsales des nerfs crâniens. C’est ainsi que A. Ivoelliker (Anat. Anzeiger, n°s 14, 15, 1891) admet que les fibres sensitives des 10e, 9e, 7“ et 5e paires crâniennes, de même que celles de l’acoustique, naissent dans leurs ganglions respectifs, ganglions jugulaire pour la 10e paire, pétreux pour la 9e, géniculé pour la 7e, ganglion de Casser pour la 5% ganglions vestibulaire et limacéen pour la 8e paire. Ces ganglions en effet, naissent à la face dorsale de la plaque médullaire dans la région céphalique, de la même manière que les ganglions rachidiens naissent au niveau du tronc. Les noyaux bulbaires considérés jusqu’ici comme les noyaux d’origine des fibres sensitives de ces nerfs, n’en sont que les noyaux terminaux (IIis, Ivôlliker). Dans ces noyaux les fibres sensitives se termineraient par de fines arborisations qui entourent en corbeille les cellules ganglionnaires sans les pénétrer, comme les racines sensitives de la moelle épinière le font dans cet organe.
Au contraire, les fibres motrices des nerfs crâniens naissent dans les cellules ganglionnaires des noyaux bulbo-protubérantiels, comme le font les fibres motrices dans la moelle. Comme dans ces noyaux se terminent en outre : 1° des fibres des faisceaux pyramidaux ; 2° des fibres sensitives des trajets centripètes, le mécanisme des mouvements réflexes ou volontaires s’entrevoit de suite et s’explique facilement.
Ainsi l’anatomie fine a démontré dans ces derniers temps les trajets nerveux que la physiologie avait prévus depuis longtemps, et a confirmé la loi physiologique des doubles racines de Magendie-Bell, même pour les nerfs crâniens.
Article VIII.
Cerveau.
Considérations générales.
Le cerveau est un organe considérable et d’une importance majeure qui occupe la boîte crânienne. C’est un organe des plus complexes, une machine de précision aux rouages nombreux dont le jeu produit un travail qui engendre la pensée ; c’est un atelier où d’invisibles et silencieux ouvriers transforment l’impression en sensation ; où celle-ci donne naissance à la conscience, à l’idée, au jugement, à la volonté ; c’est un laboratoire où se distillent les sentiments et les passions, asile mystérieux de l’intelligence dans les profondeurs duquel le métaphysicien a relégué son « âme » immatérielle qui plane sur la « vile » matière, pour parler le langage de l’orthodoxie, comme dans les estampes et les fresques des Maîtres de la Renaissance, le Jéhovah de la Bible plane sur le monde. Ce n’est donc pas sans respect que nous pénétrerons dans ce « sanctuaire » pour en scruter la construction et le mécanisme.
Le cerveau auquel aboutissent les pédoncules cérébraux, a la forme d’un ovoïde à grosse extrémité postérieure, allongé dans les dolichycéphales, raccourci et arrondi dans les brachycéphales, c’est-à-dire qu’il varie selon les types crâniens, et que l’on peut déterminer un indice cérébral analogue à l’indice céphalique. U occupe toute la cavité du crâne, sauf les fosses occipitales inférieures et la gouttière basilaire qui sont réservées pour loger le cervelet, la protubérance annulaire et le bulbe rachidien.
Le cerveau demande à être étudié dans ses dimensions, sa densité et son poids.
A). Dimensions. — Les dimensions du cerveau, variant avec la forme même de la boîte crânienne, offrent peu d’intérêt. Elles ont été étudiées
CERVEAU
par Calori, Passet, Chiarugi, etc. — On peut admettre comme moyenne très générale :
Hommes
Femmes
Longueur
160 mill.
Largeur
Hauteur
Circonf. lioriz
Courbe sagilt
Dolicocéphales Brachycéphales
Longueur 1G4 mill. 1G0 mill.
Largeur 126 » 1 35 »
Hauteur 116 » 117 »
G. Giacomini de son côté a trouvé :
Longueur 16,3 (14,7-17) 15 (14,2-16,5)
Largeur 13,5 (12,4-14,7) 12,6 (11,8-13,2)
Hauteur 5,8 (4, 4-7, 4) 5,4 (4, 6-6,1)
On peut dire d’une façon générale qu’à un indice cérébral de, correspond un i?iciice crânien de deux unités plus faibles.
B) . Superficie du cerveau. — Certains auteurs, Baillarger, Calori, Wagner, ont essayé de mesurer l’étendue de la surface du cerveau. Baillarger estime cette étendue moyenne pour toute la surface cérébrale, y compris les inflexions de l’écorce, à 1780 cent, carrés. Wagner estimant, à son tour, la surface libre seule, et la surface cachée (flancs des circonvolutions), accorde à la superficie libre une moyenne d’environ 700 cent, carrés, et à la superficie cachée une superficie de 1400 cent, carrés. — Nous reviendrons plus loin sur ces estimations.
C) . Densité ou poids spécifique. — On peut admettre d’après les pesées qui ont été faites par Leuret et Métivier, Musciienbroeck, Aitken, Peacok, Cil Bastian et moi-même, que la densité moyenne de la substance cérébrale chez l’homme sain est de 1030 à 1032, les variations s’élevant de 1028 à 1040. — Il en résulte qu’à volume égal, deux cerveaux n’ont pas nécessairement le même poids et réciproquement, mais les différences possibles sont si minimes qu’elles ne sauraient entrer en ligne de compte dans l’étude du poids de l’encéphale.
11 faut dire toutefois que la densité s’abaisse sensiblement dans la vieillesse, qu’elle est en général plus élevée chez les aliénés (Bucknill) et que la densité de la substance blanche est un peu plus élevée (Sankey, Bastian) que celle de la substance grise, comme 1043 est à 1038 d’après Danilewsky (1880).
CERVEAU
D). Poids de l’encéphale. — Dans le poids de l’encéphale il faut faire la part respective du poids du cerveau, et du poids de l’isthme, du cervelet et du bulbe rachidien. Or, ces trois derniers pèsent réunis 170 gr. en moyenne, et leurs variations assez restreintes sont sans influence sur les grandes variations du poids du cerveau lui-même.
L’étude du poids de l’encéphale a été poussée très loin, et c’est par milliers que l’on a pesé les cerveaux. Les grandes statistiques de Bischoff (Allemagne), R. Boyd (Angleterre), P. Broca (France) fournissent des résultats à peu près conformes les uns aux autres malgré la diversité des races, et que l’on peut considérer comme très exacts.
Voici les chiffres obtenus par P. Broca, sur la population de l’hôpital
de la Pitié.
gr-
Encéphale total 1356,00
Cervelet 143,00
Bulbe 6,50
Protubérance 19,00
Les deux hémisphères 1187,00
E). Poids du cerveau. — Le poids moyen du cerveau, d’après les registres de Broca, tous les âges de 16 à 90 ans, toutes les tailles de lm42 à 1 m85, étant confondus, est de 1325 gr. pour les $ et 1142 pour les $. — La différence absolue entre les deux sexes est donc de 183 gr. au détriment de la femme. Mais si au lieu de prendre indistinctement le poids de tous ces cerveaux, nous les classons par catégories, nous voyons alors que le poids moyen du cerveau de l’Homme adulte de 20 à 40 ans est de 1370 gr. (1), le cerveau seul, pesant 1160 gr. — De plus, comme cette moyenne comporte de grandes variations, qui atteignent jusqu’à 600 gr., soit 40 %, on est obligé de dresser des séries, en d’autres termes de classer les cerveaux par groupes dont les unités sont comparables entre elles. — En agissant de la sorte, P. Topinard a établi la classification suivante :
IMacrocéphales 2000 à 1700 gr.
Gros 1700 à 1450 »
Moyens ou ordinaires. 1450 à 1250 »
Petits 1250 à 1000 »
Microcéphales 1000 à 300 »
On voit par ce tableau toute l’étendue des variations individuelles dans le poids du cerveau. Il nous faut toutefois ajouter que les deux extrêmes de la série sont presque toujours des anomalies ou d’ordre pathologique.
Chez les Italiens sans distinction d’âge et de taille, Tenchini Lorenzo a trouvé :
159 o* — 1,320 grammes.
Les Lombards ont fourni au même auteur : o* 1,378 grammes; 2 1,235 grammes,
(1) De 30 à 40 ans, IIuschke a trouvé que dans la race germanique l'encéphale pesait en moyenne 1,424 grammes chez l’homme, 1,273 grammes chez la femme.
CERVEAU
tandis que G. Nigolucci trouvait chez les Napolitains de 20 à 30 ans un poids moyen de R372 gr. — De 20 à 40 ans, Tenchini a noté les variations individuelles suivantes dans sa série : q* de 1,1 30 à 1,655 grammes; Q de 935 à 1,410 grammes. Le maximum du poids entre 20 et .30 ans a été de son côté : o* 1,368 grammes, ÿ 1,255 grammes. (Voy. L. Tenchini, Sul peso dell' encéphalo, etc., Parma, 1884).
Dans l’étude du poids du cerveau il faut donc envisager les influences de l’àge, du sexe, de la taille, des aptitudes intellectuelles et de la maladie.
1. Le, cerveau clans ses relations avec l’âge. Le cerveau du nouveau-né qui nous paraît si volumineux n’est pourtant pas beaucoup plus grand relativement à la taille qu’à Page adulte, contrairement à ce que croyait R. Owen. Son poids moyen est de 335 gr., mais il faut savoir qu’il y a des écarts de 100 gr., et même de plus de 200 gr., comme cela ressort des pesées de Mies.
De la naissance à 1 an, l’accroissement est énorme, surtout durant les deux premiers mois. Avant un an l’encéphale double dans les deux sexes, tandis que la taille ne double qu’entre 3 et 4 ans. A la puberté, il y a une nouvelle poussée cérébrale, et de 30 à 35 ans le cerveau acquiert son poids maximum, pour décroître ensuite peu à peu avec l’àge jusqu’à 60 ans, puis plus brusquement jusqu’à avoir perdu 100 gr. à l’âge de 85 ans.
Ainsi le poids moyen de l'encéphale de 20 à 60 ans étant de 1361 gr., n’est plus que de 1291 gr. de 60 à 90 ans (Broca, Boyd-Bischoff), ce qui confirme les idées anciennes de Meckel, Tenon, Desmoulins et Parciiappe, et comme l’indique aussi nettement la « médiane approximative » de Topinard :
15 à 25 ans — 25 à 35 ans 1370 gr. 1355 gr.
35 à 55 ans — 55 à 65 ans — 65 à 90 ans 1345 gr. 1325 gr. 1300 gr.
Toutefois, il semble établi que les hommes qui cultivent leur intelligence, conservent plus longtemps un poids élevé du cerveau.
En fin de compte, on peut dire si l’on considère le poids à atteindre, que l’encéphale augmenterait de 326 p. 1000 dans la première année et, dans chacune des années suivantes, de 59 p. 1000 de 1 à 4 ans, de 4 seulement pour 1000 de 4 à 7 ans, de 15 0/00 de 7 à 14 ans, et de 2 1/2 0/00 de 14 à 30 ans (P. Topinard).
Dès la naissance, le cerveau de la $ pèse moins d’une façon absolue (10 gr. en moyenne) et relativement à la taille que le cerveau du rf. Chez le fœtus de 5 mois, le poids de cet organe est de 32-45 gr., de 6 à 7 mois de 120-187 gr., et s’élève à 256-388 gr. de 7 à 9 mois (Th. Von Bischoff).
L’étude des rapports du poids du cerveau au poids du corps et à la taille donne lieu aux remarques suivantes. Si l'on envisage la relation du poids du corps à celui du cerveau chez le nouveau-né et chez l’adulte, on trouve que tandis que chez le nouveau-né le poids du cerveau est du f/6' au f/8' du poids du corps, ce même poids n’est plus que le 1 /45e chez l’adulte. Autrement dit, le nouveau-né a proportionnellement à son corps plus de cerveau que l'adulte. Si ensuite on étudie la relation de la croissance du poids du cerveau et de la taille = 1,000, on trouve :
CERVEAU
Nouveau-né ....
Adulte
C’est à (lire que le nouveau-né, relativement à sa taille, a moins de cerveau que l’adulte.