Substance blanche ou centre ovale DES HÉMISPHÈRES
Du manteau de substance grise qui recouvre les hémisphères du cerveau, émergent ou aboutissent des libres blanches qui constituent la substance blanche des hémisphères, le centre ovale , et réunissent la substance corticale aux noyaux gris centraux et aux pédoncules cérébraux. — ■ On peut diviser ces libres en trois groupes.
Le premier groupe comprend les fibres d’association ou fibres commissurales intra-hémisphèriques qui réunissent les divers points d’un même hémisphère. Ce sont : 1° des libres (3, fig. 181) qui s’étendent en arc d’une circonvolution à la circonvolution voisine ( fibres arciformes ); — 2° un faisceau longitudinal (5, fig. 181) qui chemine dans la circonvolution du corps calleux, établit des communications entre le lobe frontal, le lobe occipital et le sommet du lobe sphénoïdal et fait partie du système commissural de l’appareil olfactif; — 3° un faisceau longitudinal supérieur
Fig. 180. — Schéma de l’entre-croisement des tractus optiques (Charcot).
T, scmi-entre-croisemeut dans le chiasma optique. — TQ, entre-croisement postérieur aux corps genouillés. — GG, corps genouillés. — a’, b’, fibres qui ne s'entrecroisent pas dans le chiasma. — b, a, fibres qui s’entrecroisent dans le chiasma. — b' a’, fibres venant de l’œil droit, qui se rencontrent dans l’hémisphère gauche LOG; — LOD, hémisphère droit. — K, lésion du tractus optique gauche, provoquant l'hémiopie gauche latérale. — LOG.
une lésion en ce point provoque l’ambliopie croisée gauche. — T, lésion provoquant l'hémiopie nasale. — X, X, lésion produisant l'hémiopie temporale.
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(4, lig. 181), faisceau arqué ( fasciculus arcuatus), qui s’étend du lobe frontal au lobe occipital à travers le centre ovale; — 4° un faisceau unciforme, fasciculus uncinatus (8, lig. 181) qui se dégage de la troisième circonvolution frontale, traverse la base de l’Insula, puis se réfléchit en décrivant une anse autour de la fosse de Sylvius, et se porte dans le lobe sphénoïdal, où il se termine dans le noyau amygdalien (Meynert); — 5° un faisceau longitudinal inférieur (7, lig. 181) qui s’étend du pôle occipital au pôle temporal et constitue en partie le tapis des cornes occipitale et sphénoïdale du ventricule latéral.
Fig. 181. — Faisceaux commissuraux intra-hémisphériques (Edinger).
1, substance blanche du corps de l’hémisphère; 2, écorce grise ; 3. faisceau arqué; 4, faisceau longitudinal supérieur; 5, faisceau de l'ourlet; (i, corps calleux; 7, faisceau longitudinal inférieur; 8, faisceau unciforme.
Le deuxième groupe de fibres comprend les fibres commissurales interhémisphériques destinées à réunir les régions homologues des deux hémisphères. — Ce sont : le corps calleux; — la commissure blanche antérieure; — la commissure blanche postérieure et la commissure de la base du cerveau (commissure de Meynert et commissure de Gudden), toutes formations qui nous sont maintenant connues.
Le troisième groupe de fibres comprend les fibres rationnantes ou convergentes (système d’irradiation).
Ce système comprend les fibres qui, des pédoncules cérébraux et des noyaux gris centraux, s’épanouissent dans l’écorce du cerveau. Presque toutes passent par la capsule interne, et au sortir de ce passage ou détroit, elles divergent de façon à former une sorte de gerbe qui entremêle ses fibres aux fibres arciformes et commissurales, et que l’on appelle la couronne rationnante de Reil. Ces fibres sont donc de deux ordres : 1° des fibres directes qui traversent la capsule interne, puis la couronne rayonnante, sans s’arrêter ou subir de relais, et établissent une communication entre l’écorce et les noyaux bulbo-protubérantiels, ou la substance grise du cervelet ou celle de
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la moelle; — 2° des fibres cortico-ganglionnaires qui réunissent l’écorce au corps strié ou à la couche optique. Une petite partie de ces libres, le faisceau inférieur du noyau lenticulaire, le pédoncule inférieur de la couche optique qui se portent dans le lobe temporal, ne traversent pas la capsule interne.
Voyons comment se disposent les faisceaux de la capsule interne ou fibres irradiées , pendant leur trajet dans' le centre ovale.
Le faisceau psychique , en passant de la capsule interne dans le centre ovale, s’infléchit en avant et se porte dans le lobe frontal, notamment dans les deux premières circonvolutions (F1 et F2 ) et dans la partie antérieure de F3.
Fig. 182. — Schéma des fibres commissurantes, au niveau du corps strié (Luys).
1. 1’, groupe des fibres transversales supérieures, emboîtées les unes dans les autres; “2. ‘2 , subs tance grise du corps strié ; 3, 4, et 4’, groupe de fibres commissurantes inférieures.
Le faisceau de l’aphasie s’incline en dehors et vient se perdre dans le pied de F3.
Le faisceau gèniculè (faisceau moteur volontaire pour la face et la langue) longe en arrière le faisceau de l’aphasie et vient se perdre dans le pied de la circonvolution frontale ascendante (Fa).
Le faisceau pyramidal (faisceau cérébral ou moteur volontaire pour le tronc et les membres) se dirige en dehors et en haut en s’irradiant en éventail et vient se terminer dans les circonvolutions frontale et pariétale ascendantes ainsi que dans le lobule paracentral. Dans leur ensemble les faisceaux géniculé et pyramidal contiennent les conducteurs de la motricité volontaire. C’est pour cette raison qu’on a donné à la zone de l’écorce à laquelle ils aboutissent le nom de zone motrice ou zone épileptogène. Comme cette zone (région rolandique), nous le verrons, comporte plusieurs centres moteurs
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distincts, centre des membres inférieurs, centre des membres supérieurs, etc., il est rationnel d’admettre que les conducteurs qui en proviennent sont aussi spécialisés et distincts physiologiquement dans le centre ovale. Nous verrons, en effet, en temps voulu, que les lésions des libres du centre ovale ou lésions sous-corticales, donnent lieu aux mêmes symptômes paralytiques que les destructions des centres auxquelles elles correspondent.
Depuis les travaux de Lichtiieim et de Wernicke (1885) nous savons que l'aphasie motrice ou sensorielle peut être produite, non seulement par la destruction des centres corticaux de mémoire motrice ou sensorielle correspondante, mais encore par la destruction des libres qui aboutissent à ces centres ou en partent, ou bien par des lésions qui, isolant ces centres, les séparent du centre complexe où se fait l'association des images, et auquel on a donné le nom de centre d’idéation.
Cette aphasie motrice sous-corticale peut être reconnue pendant la vie, parce que, dans ce cas, les images motrices vocales ou d’articulation sont conservées, car lorsque le malade veut prononcer un mot, il fait autant d'effort d’expiration que ce mot contient de syllabes, ou bien encore peut indiquer, avec les doigts, le nombre de syllabes que contiennent les mots qu’il ne peut prononcer. L’aphasie relève dans ces circonstances de la rupture des fibres qui relient la circonvolution de Broca aux noyaux bulbaires et qui sont destinées à actionner ces noyaux dans le mécanisme du langage.
Dernièrement Déjerine rapportait deux remarquables exemples de cette affection ( Compte rendu Soc. de Biologie, p. 155, 6 mars 1891).
Quand on incise l’écorce autour du centre moteur d’un membre, les fonctions de ce centre disparaissent (Exner et Paneth) ; elles cessent aussi lorsqu’on enlève la pie-mère sur ce centre. Dans le premier cas, l’abolition fonctionnelle s’explique par la section des fibres d’association ; dans le second, par l’ischémie des éléments nerveux. Ces fibres d'association permettent d’expliquer les réflexes cérébraux les plus compliqués, et ces réflexes c'est toute la vie cérébrale, nous le verrons.
Le faisceau sensitif qui, dans la capsule interne, ne contenait que les conducteurs de la sensibilité générale (fibres du ruban de Reil), et les lils sensoriels de l’ouïe, du goût et de l'olfaction, reçoit à la partie la plus reculée de la capsule interne, en ce point désigné par Charcot sous le nom de carrefour sensitif , un faisceau additionnel qui provient de la couche optique et des corps genouillés et représentant les fibres intra cérébrales des nerfs optiques. Ainsi renforcé, le faisceau sensitif, qui contient maintenant tous les conducteurs de la sensibilité générale et spéciale, diverge en gerbe et se porte vers l’écorce, en disposant ses fibres en deux groupes : un groupe de fibres verticales qui montent vers les zones rolandique et pariétale; un groupe de fibres horizontales qui s’infléchissent en arrière en contournant le bord externe de la corne occipitale du ventricule latéral et en se disposant en un épais faisceau pyramidal dont la pointe regarde le pôle occipital ( radiations optiques de Gratiolet ). — Les fibres de ce groupe se terminent successivement dans les circonvolutions pariélo-occipitales et temporo-occipi taies.
On prend une idée exacte de la topographie des fibres du centre ovale par les coupes frontales de Pitres, qui divisent l'hémisphère en sept tranches, parallèlement à la scissure de Rolando.
Ces coupes sont d’avant en arrière : 1° La coupe préfrontale (1,1, fig. 183) qui
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passe à 4 ou 5 centimètres en avant de la scissure de Rolando : son centre ovale est composé de conducteurs (faisceaux dits psychiques de la capsule interne) qui se rendent aux circonvolutions frontales à l’exception de leur pied; ses lésions ne nous apprennent rien sur sa valeur physiologique, car elles restent inexpressives, c’est-à-dire qu'elles n attaquent ni le mouvement ni la sensibilité. C’est une zone latente.
2° La coupe pédiculo-frontale (2, 2, fig. 183) passe par le pied des trois circonvolutions frontales et rencontre les faisceaux pédiculo-frontaux supérieur, moyen et inférieur se rendant au pied des circonvolutions frontales correspondantes; le centre ovale à ce niveau renferme donc les conducteurs qui vont au pied de la 2e et de la 3e circonvolution frontale; c’est dire que la lésion de ces faisceaux conduit à Yagraphie comme à 1 aphasie aussi bien que si les centres corticaux eux-mêmes étaient frappés ; car, que la lésion porte sur le centre cortical (lésions corticales) ou sur les fds conducteurs (lésions sous-corticales), le résultat est absolument le même. A ce niveau la coupe nous présente encore les deux noyaux du corps strié séparé par la capsule interne
Fig. 183. — Coupes rontales du cerveau (coupes de Pitres).
1, 1, coupe préfrontale ; 2, 2, coupe pédiculo-frontale; 3, 3, coupe frontale; 4, 4, coupe pédiculopariélale; 5, b, coupe pariétale; 6, 6, coupe occipitale.
3° La coupe frontale (3, 3, fig. 183) passe par la circonvolution frontale ascendante; elle intéresse les faisceaux frontaux supérieurs qui répondent au centre cortical des mouvements des membres inférieurs et les faisceaux frontaux moyens qui se rendent dans la région du centre des membres supérieurs, tous deux appartenant au faisceau pyramidal ou cérébral moteur; les faisceaux frontaux inférieurs qui correspondent au centre moteur de la face, faisceau géniculé de la capsule interne , les faisceaux temporaux qui se rendent à l’écorce temporale. Cette coupe présenle donc trois étages : un supérieur moteur des membres, un moyen moteur de la face (faisceau géniculé), un inférieur sensitif. — Au centre, on voit la coupe de noyau caudé et lenticulaire séparé l’un de l’autre par la capsule interne, et la couche optique.
4° La coupe pariétale (4, 4, fig. 183) passe par la circonvolution pariétale ascendante:
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le centre ovale y est composé par quatre groupes de fibres, qui sont de haut en bas, le faisceau pariétal supérieur, le faisceau pariétal moyen, le faisceau pariétal inférieur, et le faisceau temporal. Cette coupe rappelle beaucoup la précédente et traverse la région motrice (zone rolandique) et au niveau du faisceau temporal, elle correspond au centre de la surdité verbale. Son centre ovale ne contient que les fibres radiées du faisceau pyramidal.
5° La coupe pédiculo-pariétale (5,5,fig.l83) présente trois faisceaux qui aboutissent à la circonvolution pariétale supérieure [f. pédiculo-pariétal supérieur), à la circonvolution pariétale inférieure (f. pédiculo-pariétal inférieur J, et au-desscus, le faisceau qui se rend au lobe temporal (f. temporal). Cette coupe passant par le pli courbe rencontre les faisceaux qui se rendent au centre de la cécité verbale (f. pédiculopariétal inférieur ), et dans son champ n’existent que les fibres irradiées du faisceau sensitif. Sur cette coupe, on ne voit plus que la tête et la queue du noyau caudé, le noyau lenticulaire et l’avant-mur ont disparu.
6° La coupe occipitale (G, G, fig. 183) passe à 1 centimètre en avant de la scissure pariéto-occipitale externe. Elle ressemble à la coupe préfrontale, et, comme elle, elle a un centre ovale composé de fibres inexpressives. Son champ est entièrement constitué par les fibres du faisceau sensitif (f. occipitaux). Cependant, comme elle répond aux trajets optiques, ses lésions ne restent pas comme absolument inexpressives.
D’après ce que je viens de dire, on peut donc distinguer trois zones dans le cerveau : une zone antérieure ou frontale (improprement appelée préfrontale); une zone postérieure ou occipitale et une zone moyenne ou rolandique. Les deux premières zones sont des zones latentes, c’est à dire des zones dont la lésion ne donne lieu à aucun phénomène caractéristique du côté du mouvement ou de la sensibilité; la zone moyenne, au contraire, qui embrasse les circonvolutions rolandiques, y compris le lobule paracentral et à gauche le pied de F1 et de F2, ainsi que le centre de T* et celui de P2, est une zone réactionnelle : c’est la zone psycho-motrice. Les fils conducteurs que nous trouvons dans le centre ovale correspondant y sont déjà groupés, car des lésions isolées de ce centre déterminent des monoplégies (Pitres), c'est-à-dire des paralysies localisées (1).