Trajet général des faisceaux encépiialo-médullaires
Dans les études précédentes, nous avons suivi les faisceaux nerveux de la moelle épinière, du bulbe rachidien et du cervelet, dans l'isthme de l’encéphale et de là jusqu’à l’écorce du cerveau ou les noyaux opto-striés. Ces faisceaux étant continus, nous aurions dû, pour rester dans la réalité, les poursuivre d'un seul jet de leur origine à leur terminaison. Si nous n'avons point agi ainsi, c’est pour ne point briser les exigences des descriptions classiques et systématiques. Mais maintenant que nous avons parcouru les différents segments du névraxe un à un, nous allons faire le résumé synthétique des trajets nerveux encéphalo-médullaires en suivant les faisceaux de l’écorce du cerveau jusque dans les parties sousjacentes du névraxe.
1° Faisceau frontal ou psychique. Ce faisceau naît de la plus grande partie de l’écorce du lobe frontal, à l’exception du pied des trois frontales longitudinales. Dans le centre ovale, il constitue les faisceaux préfrontaux. Dans la capsule interne il occupe les 2/3 antérieurs du segment lenticulo-
(I) Voy. sur les Rapports réciproques de la substance blanche et de la substance grise :
C. Giacomini, Guida allô studio dette circonvoluzioni cerebrali delV Homo, Torino 1884. — A. Conti, Rapporta fra sostanza bianca e soslanza griqia nel cervelle umano. Torino, 1884.
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strie ; dans le pédoncule il passe par la partie la plus interne de l’étage inférieur. Le faisceau frontal descend vraisemblablement jusqu’aux noyaux bulbo-protubérantiels, mais son trajet au-dessous du pédoncule n’est pas connu.
Fig. 181. — Schème des trajets principaux dans les centres nerveux qui sont sensés vus par
transparence (vue de côté).
M, moelle épinière; B, bulbe rachidien ; C, cervelet; S, scissure de Sylvius ; R, scissure de Rolando; F, lobe frontal; P, lobe pariétal; O, lobe occipital; T, lobe temporal; a, sillon antérieur, et r, sillon postérieur de la moelle; I, 1, écorce grise du cerveau; 2, centre ovale; 3, couche optique; 4, noyau caudé; S, noyau rouge; 6, tubercules quadrijumeaux; 7, faisceau frontal ou psychique; 8, entrecroisement de ce faisceau sur la ligne médiane avec son homologue du côté opposé; 9, faisceau pyramidal; 10, faisceau de Meynert; 11, noyaux du pont de Varole; l‘2, faisceau bulbo-cérébelleux ; 13, olive du bulbe; 14, faisceau pyramidal direct; 13, faisceau pyramidal croisé; 16, noyau de Goll ; 17, noyau de Burdach ; 18, entrecroisement des rubans de Reil; 19, pédoncules cérébelleux moyens; 20, olive du cervelet; 21, entrecroisement des pédoncules cérébelleux supérieurs, 22.— Les trajets moteurs sont en rouge, les trajets sensitifs en bleu.
2° Faisceau de l'aphasie. Ce faisceau, que l’on peut considérer comme le faisceau conducteur de la parole, part du pied de la circonvolution de Broca. Dans le centre ovale, il correspond au faisceau pédiculo-frontal inférieur; dans la capsule interne, il occupe le tiers postérieur du segment antérieur, immédiatement derrière le faisceau psychique, en avant du faisceau géniculé ; dans le pédoncule il est placé entre le faisceau psychi-
que et le faisceau géniculé, et de là il va se perdre, connue encore, dans les noyaux bulbo-protubérantiels. géniculé, on le considère généralement comme le faisceau volontaire oes nerfs crâniens moteurs, celui qui transmet à leurs centres bulbo-protubérantiels le commandement du cerveau.
3° Faisceau (jéniculè. L’origine corticale du faisceau géniculé, si bien étudié par Bissaud, est le pied de la frontale ascendante et le pli de passage fronto-pariétal inférieur. Dans le centre ovale il constitue le faisceau frontal inférieur (3° coupe de Pitres), contenant à la fois le faisceau facial inférieur , le faisceau masticateur , le faisceau de l’hypoglosse , et une partie du faisceau laryngé ; dans la capsule interne il occupe la région du genou de la capsule ; dans le pédoncule, il longe le côté externe du faisceau de la parole; dans la protubérance il se place en arrière et en dedans du faisceau pyramidal ; enfin, il se divise en trois faisceaux secondaires, qui s’entrecroisent sur la ligne médiane avec leurs homologues du côté opposé, et viennent aboutir respectivement au noyau masticateur du trijumeau, au noyau propre du facial et aux noyaux du grand hypoglosse. Quelques-unes de ces fibres se rendent très vraisemblablement au noyau moteur du spinal (nerf laryngé).
4° Faisceau pyramidal. Faisceau moteur volontaire des muscles du tronc et des membres, comme le faisceau géniculé est le faisceau moteur volontaire des muscles de la face, de la langue et de la glotte, le faisceau pyramidal (9, fig. 184, et 24, lig. 185) naît dans l’écorce de la zone rolandique ou motrice du cerveau (2/3 supérieurs de la frontale ascendante, pariétale ascendante, lobule paracentral). Dans le centre ovale il constitue les faisceaux frontaux supérieur (membres inférieurs) et moyen (membres supérieurs) de la 3e coupe de Pitres ou coupe frontale, et les faisceaux pariétaux supérieur (membres inférieurs) et moyen (membres supérieurs) de la 4e coupe de Pitres ou coupe pariétale. — Dans la capsule interne, il répond aux 2/3 antérieurs du segment lenticulo -optique ; dans le pédoncule, il passe dans la région moyenne de l'étage inférieur ou pied, et descend de là dans la protubérance annulaire où il constitue le plan le plus inférieur des libres longitudinales. Dans le bulbe, il occupe la partie la plus antérieure de la pyramide, se dédouble au niveau du collet, en faisceau direct (faisceau de Türck) et faisceau croisé (pyramidal croisé), et passe dans la moelle épinière, où ses libres s’arrêtent successivement dans les cellules des cornes antérieures, celles du faisceau direct dans la moitié corespondante de la moelle, celles du faisceau croisé dans la moitié opposée de la moelle.
d’une façon peu Avec le faisceau
Le faisceau pyramidal est donc conducleur de la volonté pour les mouvements du tronc et des membres, et, comme le prouvent les dégénérations secondaires à la suite de lésions corticales ou autres, son action trophique et physiologique est centrifuge. Le cerveau moteur est donc trophique pour le faisceau pyramidal comme tes cornes antérieures de la moelle le sont pour les racines antérieures des nerfs. Toute une série de troubles du mouvement, variables selon qu’ils relèvent de la paralysie ou de l’irritation secondaire, sont fatalement liés à ses lésions: monoplégies, hémiplégies, aphasies, contractures précoces ou tardives, convulsions, hémichorée, alhétose.
Lorsqu’une lésion du centre ovale (abcès, tumeurs, hémorrhagies, etc.) ne donne pas
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Fig. 185.— Schème des trajets dans les centres nerveux (vue de face), trajets qui sont sensés vus
par transparence.
m, moelle épinière ; ra, racine antérieure ; rp, racine postérieure ; nr, nerf rachidien ; C, cervelet ; S, scissure de Sylvius; F, lobe frontal ; P, lobe pariétal; O, lobe occipital; y, y, les deux yeux ; K, chiasma optique ; n, tête du noyau caudé ; n\ noyau lenticulaire ; t, couche optique; G, G, corps genouillés ; I, capsule interne ; A, corne d'Ammon ; 1 , entrecroisement des pyra. mides au niveau du collet du bulbe ; 2, entrecroisement des faisceaux sensitifs; 3, raphé bulbo-protubérantiel ; 4, noyaux de la protubérance annulaire ; 5, noyaux du toit; 0, noyaux des nerfs bulbo-protubérantiels ; 7, noyaux des nerfs de l’œil placés de chaque côté de l’aqueduc de Sylvius; 8, noyau rouge; 9, tubercules quadrijumeaux; 10, corps calleux ; 11, bulbe olfactif ; 12, racine grise du nerf olfactif ; 13, racine blanche du nerf olfactif (les 2 s’entrecroisent sur la ligne médiane pour former un chiasma olfactif) ; H, radiations optiques ; 15, fibres lenticulo-corticales ; IG, écorce du cerveau ; 17, fibres arquées ou d'association ; 18, anse du noyau lenticulaire ; 19,20, faisceau deMeynert; 21, pédoncule cérébelleux supérieur; 22, fibres bulbo-thalamiques ; 22', fibres d’association du cervelet; 23. olive du cervelet; 23', écorce du cervelet ; 2i. faisceau pyramidal (en rouge) ; 25, ruban de Reil (en bleu) ; 26, nerf acoustique ; 27, olive du bulbe ; 28, noyau de Goll ; 29, faisceau pyramidal direct; 30, faisceau pyramidal croisé; 31, faisceau de Gowers ; 32, faisceau cérébelleux de Fleehsig; 33, noyau de Burdach ; 33’. pédoncule cérébelleux moyen ; 34 , racine cérébrale des nerfs bulbaires; 35, 36, pédoncule cérébelleux supérieur; 37, entrecroisement des nerfs moteurs de l’œil.
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lie» à ces phénomènes, on doit considérer, non pas qu’elle écarte simplement les faisceaux sans les interrompre, mais qu’elle siège en dehors des faisceaux excito-moteurs volontaires. Il en est de même encore des contractures qui accompagnent le plus souvent les inondations ventriculaires ou les hémorrhagies sous-méningées : dans ces circonstances on doit admettre que ces lésions portent atteinte à des parties constituantes du cerveau moteur (Pitres).
5° Faisceau sensitif. Ce faisceau prend naissance dans l’écorce des lobes pariétal, occipital et temporal ( cerveau sensitif de Ballet), écorce qui, à l’inverse de celle de la région rolandique ( cerceau moteur de Charcot), ne semble pas être partagée en centres distincts. Toutefois, ce qui paraît vrai pour la sensibilité générale, ne l’est pas pour la sensibilité spéciale ou sensorielle, car nous savons que dans la première circonvolution temporale (T1) on a localisé le centre de la surdité verbale; que dans la circonvolution pariétale inférieure (P2) on a localisé le centre de l’hémianopsie, que d’autres reportent jusque dans le cunéus du lobe occipital; — qu’entin dans le pli courbe (P2) on a placé le centre de la cécité verbale.
Quoi qu’il en soit, émané de la zone sensitive du cerveau, le faisceau sensitif (18, lig. 184, et 25 tig. 185) descend dans le centre ovale où il constitue les deux faisceaux pédiculo-pariétaux et le faisceau temporal (5* coupe de Pitres ou coupe pédiculo-pariétale), ainsi que les faisceaux occipitaux (Ge coupe de Pitres ou coupe occipitale). Le faisceau pédiculo-pariétal inférieur contient les fibres de l’hémianopsie et le faisceau temporal renferme celles de la surdité verbale. Dans les faisceaux occipitaux passent les fibres optiques (centre visuel, cécité verbale). Dans la capsule interne, le faisceau sensitif passe dans le tiers postérieur du segment lenticulo-optique. Arrivé dans le pédoncule, il se divise en deux faisceaux secondaires : a) en un faisceau qui occupe la partie externe du pied du pédoncule et descend dans la protubérance et le bulbe, où il forme le plan moyen des trajets nerveux et où il s’entrecroise avec celui du côté opposé pour descendre ensuite dans le faisceau de Burdach et le faisceau latéral profond de la moelje; b) en un second faisceau qui descend dans la calotte pédonculaire et l’isthme sous le nom de ruban de Beil. Ce dernier occupe la partie la plus reculée de la capsule interne, s’entrecroise avec son homologue du côté opposé au niveau des tubercules quadrijumeaux auxquels il abandonne des fibres, et descend dans la calotte du pédoncule, puis dans l’étage supérieur de la protubérance annulaire. Au-delà, nous savons déjà qu’il se continue, d’une part, avec le faisceau de Govvers, d’autre part, avec les cordcns postérieurs de la moelle, après avoir contracté d’intimes connexions avec les noyaux postpyramidaux (noyaux de Burdach et de Goll).
Une lésion assez restreinte du carrefour sensitif, en raison de la condensation en ce point de toutes les fibres sensitives, peut donner lieu à Y hémianesthésie du côté opposé du corps, et à des phénomènes concomiltnnls d 'anosmie et d 'amblyopie. Si l’on se rappelle qu’à son passage à travers le bulbe et la protubérance, le faisceau sensitif se grossit des fibres cérébrales des nerfs crâniens, y compris les fibres gustatives et auditives, on comprendra de même qu'une lésion localisée dans un point correspondant du pédoncule, puisse produire une hémianesthésie complète et croisée
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dans laquelle l’ouïe et le goût pourront être compris, tandis que la vue et l’odorat resteront intacts, puisque les origines olfactives et optiques sont plus élevées.
Quelques faisceaux, indépendants des précédents, relient encore l’écorce ou les noyaux centraux du cerveau à la moelle allongée. Ce sont : 1° le faisceau central de la calotte de Bechterew, qui part de la substance grise du ventricule moyen, passe en dedans du noyau rouge de Stilling, s’entrecroise avec le faisceau similaire du côté opposé et descend dans la protubérance, puis le bulbe où il paraît se terminer dans les olives; — 2° le faisceau longitudinal postérieur , qui semble contourner la face inférieure du noyau lenticulaire, et va de là se perdre dans des points indéterminés encore de l’écorce ; — 3° le faisceau de la commissure , qui descend de la commissure blanche postérieure et va se terminer dans le noyau accessoire d’origine de l’oculo-moteur commun.
Ce cervelet à son tour est uni à la moelle et au cerveau. Par ses trois pédoncules il est relié au bulbe, au mésocéphale et au cerveau.. Les pédoncules cérébelleux supérieurs partent du corps denté in Ira cérébelleux, s’entrecroisent au-devant des tubercules quadrijumeaux, pénètrent dans le noyau rouge de Stilling, contournent la partie postérieure de la couche optique, se redressent ensuite et vont se terminer dans un point encore inconnu de l’écorce. Les pédoncules cérébelleux inférieurs s’étendent de l’écorce du cervelet et des noyaux du toit d’un côté, à l'olive bulbaire du côté opposé, et par une partie de leurs libres vont constituer le faisceau cérébelleux direct et le faisceau de Goll de la moelle épinière. Les pédoncules cérébelleux moyens partent de l’écorce du cervelet et vont former trois groupes de fibres, dont les premières se perdent dans les noyaux du pont de Varole, où elles se mettent en communication avec les libres cérébromédullaires centripètes et centrifuges (Pierret), dont les secondes remontent dans l’hémisphère cérébelleux du côté opposé et dont les dernières s’incurvent en haut pour suivre le pédoncule cérébral.
Tout noyau spinal a des fibres périphériques qui vont aux muscles ou viennent des surfaces sensibles, ce sont les nerfs rachidiens; — il possède aussi des fibres centrales qui vont au cerveau auquel elles conduisent les impressions, ou en viennent en en rapportant les ordres. — Ces fibres centrales sont le faisceau cérébral ou pyramidal pour la voie motrice; les voies sensitives sont encore mal déterminées. — De même, tout centre de nerf crânien est en relation avec l’extérieur par ses racines périphériques, et avec le cerveau par ses fibres centrales. Ces fibres centrales sortent du noyau d'origine et toutes sont croisées, à part le pathétique peut-être, qui subit une décussation complète de ses fibres efférentes. Elles passent alors dans les pédoncules et se rendent dans l’écorce du cerveau. C’est ainsi que l’on explique les paralysies alternes dans les lésions de la protubérance, la lésion pouvant fort bien frapper à la fois les fibres cérébrales des membres, non encore décaissées, et celles de la face déjà entrecroisées. La paralysie des membres ne sera donc pas du même côté que la paralysie de la face, et réciproquement.
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