‹ La moelle épinière et l'encéphaleChapitre 41 sur 57 · Vaisseaux du cerveau · texte numérisé non relu

Vaisseaux du cerveau

La distribution des vaisseaux du cerveau n’est bien connue que depuis les recherches d’HEUBNER (1872) et de Duret (1872-1874).

A, A, lobes antérieurs du cerveau; B, B, B, B, lobes postérieurs du cerveau ; C, C, cervelet; D, bulbe rachidien; E, protubérance annulaire; 1, 1, artère carotide interne; 2, 2, artère cérébrale antérieure ; 3. artère communicante antérieure (l'artère cérébrale moyenne est cachée dans la scissure de Svlvius) ; 4, 4, artère communicante postérieure; 3, artère choroidienne ; 6, artère vertébrale; 7, artère spinale antérieure; S, artère cérébelleuse inférieure et postérieure ; 9, tronc basilaire ; 10, artère cérébelleuse inférieure et antérieure , 11, artère cérébelleuse supérieure; 12, artère cérébelleuse postérieure.

Les artères du cerveau peuvent être divisées en trois groupes : a. le système des artères corticales on système artériel des circonvolutions ; — b. le système des artères centrales ou système artériel des ganglions centraux. — Ces deux systèmes n’ont entre eux que de rares et peu importantes communications; — aussi a-t-on considéré les deux systèmes comme indépendants l’un de l'autre ; — c. le troisième groupe comprend les artères ventriculaires ou choroîdiennes.

CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU

Le système des artères corticales est constitué par les trois artères cérébrales, — celui des artères centrales par un grand nombre de petites artères émanées du cercle de Willis ou du pied des artères cérébrales.

a. Artères corticales. — Le sang est porté aux circonvolutions cérébrales par les trois artères cérébrales, cérébrale antérieure, cérébrale moyenne, cérébrale postérieure, qui irriguent chacune un département limité, bien que l’isolement ne soit pas aussi complet que l’a admis Duret ; — d’autre part, les rameaux de ces artères départementales ne s’anastomosent que fort peu entre eux, de façon que chacun d’eux irrigue à son tour un territoire isolé. Cette disposition explique les nécrobioses localisées de l’écorce du cerveau à la suite d’oblitération de certains vaisseaux, soit par embolie, soit par thrombose.

Selon Durkt, la circulation artérielle des deux hémisphères est jusqu'à un certain point indépendante ; — sans doute les deux cérébrales antérieures sont réunies parla communicante antérieure et les cérébrales postérieures présentent quelques communications sur la ligne médiane, mais les sylviennes des deux hémisphères restent à peu près tout à fait indépendantes l'une de l’autre.

J. Biscons (Recli. anat. et physiol. sur les artères cérébrales (thèse de Bordeaux, 1890), a confirmé en grande partie, l’opinion de Durkt, puisqu’il dit que le système des artères centrales paraît être indépendant du système des artères corticales, mais il remarque, en outre, que toutes ces dernières ont entre elles de fines anastomoses (artères de la pie-mère).

Cette disposition vasculaire serait-elle spéciale au cerveau de l’homme?

Quoi qu’il en soit, G. Valenti et G. d’Abundo ( Societa Toscana di Science naturali in Pisa, 17 nov. 1889) ont annoncé que dans le fœtus du lapin, du chat, de la brebis et du bœuf, les vaisseaux de l’encéphale s'anastomosent largement en anses et en réseaux.

Département de la cérébrale antérieure. — L'artère cérébrale antérieure contourne le genou du corps calleux (1, fig. 188) et suit la face interne de l’hémisphère en longeant à peu près le sillon calloso-marginal et se perd dans le lobule quadrilatère. — Indépendamment de quelques rameaux qu’elle fournit au corps calleux et au g y rus fornicatus, elle émet trois branches qui irriguent autant de territoires : 1° une antérieure, qui naît au niveau du genou du corps calleux et se rend dans la partie antérieure de la circonvolution frontale interne et dans le lobule orbitaire; — 2° une moyenne, qui fournit à la partie postérieure de la circonvolution frontale interne, au lobule paracentral, et, passant à la surface externe de l’hémisphère, envoie des rameaux à la première et à la deuxième frontale, ainsi qu’à la partie supérieure des frontale et pariétale ascendantes ; — 3° une postérieure, qui se distribue tout entière au lobule quatrilalère.

Département de la cérébrale moyenne. — L'artère cérébrale moyenne ou artère Sylvienne (3, fig. 188), ainsi appelée parce que son territoire comprend la vallée de Sylvius et ses affluents, s’enfonce dans la scissure de Sylvius et arrivée à l’insula de Reil, elle se divise en cinq branches qui émergent de la scissure pour aller se distribuer aux circonvolutions environnantes. — La première se rend dans la circonvolution de Broca (territoire de l’aphasie) ; — la seconde se porte dans la frontale ascendante et le pied de la deuxième frontale; — la troisième se rend dans la pariétale ascendante et le lobule pariétal supérieur ; la quatrième dans le lobule pariétal inférieur; — la cinquième à la première temporo- sphénoïdale. Cette artère comprend donc dans son domaine tout l'appareil des signes (perception auditive et visuelle des mots, expression par la mimique, la parole et l’écriture).

Déparlement de la cérébrale postérieure. — Originaire du tronc basilaire, l'artère cérébrale postérieure (2, fig. 188) se dirige vers la face interne du lobe occipital et se divise en trois branches : une antérieure , qui se rend à la partie antérieure des cirvonvolutions tem-

CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU

poro-occipitales ; — une moyenne, qui se distribue à la parlie moyenne des mêmes circonvolutions; — une postérieure, qui se rend aux circonvolutions du lobe occipital. Tous ces rameaux artériels rampent à la surlace du cerveau dans l’épaisseur de la pie-mère ou ils forment le réseau extrêmement riche de celle membrane essentiellement vasculaire. De la face profonde de ce réseau s’échappe une pluie d’artérioles qui s’enfoncent perpendiculairement dans l’épaisseur du cerveau. — Les unes, artères courtes ou corticales, s’épuisent dans la substance corticale en un chevelu d’une très grande richesse ; — les autres, artères longues ou médullaires, traversent la substance grise et s’enfoncent dans la substance blanche jusqu’au voisinage des noyaux centraux.

Fig. 187. — Rapports de l'encéphale avec la boite crânienne. Vaisseaux de la face externe

de l’hémisphère droit du cerveau.

1, dure-mère ; 2, crâne ; 3, cuir chevelu ; 4, grande veine deTrolard ; tî, lobe frontal; 6, troisième circonvolution frontale ; 7, glande lacrymale; 8, globe de l’œil ; !), sinus maxillaire ; 10, nerf lingual ; 11, maxillaire inférieur sectionné ; 12, glande sous-maxillaire; 13, larynx; 14, glande thyroïde; 15, trachée-artère; 16, œsophage; 17, nerf pneumogastrique et grand sympathique; 18, hypoglosse; 19, artère carotide externe; 20, artère occipitale; 21, membrane du tympan ; 22, lobe temporal ; 23, lobe pariétal.

b. Artères centrales. — Les artères des ganglions centraux du cerceau naissent du pourtour du cercle de Willis ou des troncs qui constituent ce cercle artériel. — Elles pénètrent verticalement dans le cerveau par sa base pour se porter dans les couches optiques et les corps striés. On peut les diviser en deux groupes : l’un antérieur, l’autre postérieur.

CONFORMATION INTÉRIEURE DU CERVEAU

Le groupe antérieur, double et symétrique, est fourni à la fois par la cérébrale antérieure et la cérébrale moyenne, mais surtout par cette dernière. — 11 est formé par des artérioles qui pénètrent par l’espace perforé latéral. L’artère cérébrale antérieure fournit pour son compte un bouquet d'artérioles inconstantes, qui vont pénétrer dans la tète du noyau caudé.

Les artères fournies par la sylvienne abordent le corps strié par sa face inférieure et là se divisent en deux groupes : 1° les artères striées internes qui traversent le noyau lenticulaire, puis la capsule interne pour aller se perdre dans le noyau caudé; — 2" les artères striées externes qui pénètrent dans la partie externe du noyau lenticulaire et traversent ensuite la capsule externe en se divisant en deux groupes : l'un antérieur, artères lenticulo striées, qui se rendent au noyau caudé, et parmi elles un rameau remarquable par son volume et sa longueur, Y artère de l’ hémorrhagie cérébrale ou artère de Charcot (14, lig. 155); — l’autre groupe ou groupe postérieur, artères lenticulo -optiques qui vont se perdre dans les parties antérieure et externe de la couche optique (artères optiques externes).

A, face externe, et B, face interne. — 1, cérébrale antérieure ; 2, cérébrale postérieure,

et 3, cérébrale moyenne.

Le groupe postérieur des artères centrales est unique et médian ; — il pénètre dans le cerveau par l’espace perforé postérieur et se compose d’artérioles qui naissent de l’origine de l'artère cérébrale postérieure et vont se rendre pour la plupart dans la couche optique sous le nom d 'artères optiques inférieures et internes, et postérieures interne et externe. — Le plancher du troisième ventricule et sa paroi postérieure reçoivent leurs artères de la communicante postérieure ; — la paroi antérieure du même ventricule reçoit les siennes de la communicante antérieure. — La cérébrale postérieure fournit aussi des rameaux au noyau lenticulaire et à la capsule interne (Kolisko). Enfin, la corne d’Ammon reçoit une artère spéciale qui vient de la cérébrale postérieure, artère de la corne d'Ammon, et l’ergot de Morand une qui émerge de l’artère occipitale, artère de l’ergot de Morand.

Artères ventriculaires. — Les artères ventriculaires entrent dans les ventricules avec la pie-mère interne. — Elles sont au nombre de trois : 1 ° Y artère choroidienne antérieure ou inférieure (ü, fig. 180) qui naît de la terminaison de la carotide interne ou de la sylvienne et pénètre dans la corne sphénoïdale pour se rendre dans les plexus choroïdes et donner quelques rameaux au crochet de l’hippocampe ; — 2° Yarlère choroidienne postérieure et latérale (Duret) qui vient de la cérébrale postérieure, pénètre entre les deux feuillets de la toile choroidienne et se divise en deux rameaux, dont l’un se ramifie uniquement dans la toile, alors que l’autre se rend aux plexus choroïdes du ventricule latéral ; 3° l’rtrtère choroidienne postérieure moyenne émerge, soit de la cérébrale postérieure, soit des cérébelleuses supérieures, et se termine également par deux rameaux, l’un destiné à

VAISSEAUX DU CERVEAU

la toile chovoïdienne, l’autre aux plexus choroïdes du ventricule moyen. Les artères de la toile donnent des rameaux aux parties voisines (parois du ventricule moyen), tandis que celles des plexus choroïdes ne fournissent aucune branche aux parois ventriculaires.

Fig. 18!) — Rapports de l’encéphale avec la boite crânienne. Vaisseaux de la face interne

de l’hémisphère gauche du cerveau.

1, couche optique 2, trigone ; 3, corps calleux; i, artère cérébrale antérieure ; », nerf optique ; 0, nerf glosso -pharyngien ; 7, trachée artère ; 8, œsophage et nerf laryngé inférieur; 9, artère carotide; 11), nerf pneumogastrique; 11, moelle épinière; 12, grand hypoglosse; 13, artère vertébrale; 14, ganglion de Gasser; 1», corps genouillés; If», artère cérébrale postérieure.

Les artères cérébrales sont soumises, comme les artères des autres organes, à l’influence des nerfs vaso-moteurs. Ce sont ces nerfs qui règlent la circulation de l’encéphale. Pendant le travail cérébral il y a vaso-dilatation, le cerveau se congestionne et sa température augmente. Il en est de même pendant le rêve. Au contraire, pendant le sommeil sans rêves, il y a anémie du cerveau (Mosso, François Franck). L’anémie et l'ischémie cérébrale jouent un grand rôle en neuropathologie. Brown-Skqüard a considéré l’épilepsie comme la conséquence de troubles vaso-moteurs de la région bulbaire. La migraine ophthalmique serait elle aussi provoquée par une variation dans le calibre des artérioles du cerveau (contractions spasmodiques des vaisseaux suivies d’ischémie consécutive : Dubois Reymond) sous l'action du sympathique cervical. Certaines formes d'aphasie transitoire, de mélancolie (Bai.l), d’hallucinations (Luvs, Binet, Féré), d’impulsions irrésistibles (Féré), etc., trouveraient leur explication dans les troubles vasculaires cérébraux.

Debierre. — 21.

VAISSEAUX DU CERVEAU

Enfin, l’alhérome, les anévrysmes des artères de la base du cerveau, peuvent donner lieu, par rupture artérielle, à des hémorrhagies méningées, et Charcot, Bouchard, Liouville ont montré toute la valeur des anévrysmes miliaires des artérioles intra-cérébrales dans la production de l'hémorrhagie cérébrale, qui siège de préférence dans les couches optiques et les corps striés.

Les veines de l'encéphale bien étudiées par Sappey et plus récemment par IIédon ont comme caractères généraux : 1° d ètre disséminées sur toute la surface du cerveau et non pas localisées à la base comme les principaux troncs artériels; — 2° d'être variables et inconstantes dans leur cours, et d’avoir un trajet indépendant de celui des artères; — 3° de ne pas se cacher dans les sillons de la surface du cerveau comme les artères, mais de ramper à sa surface ; — 4° d’être sinusiennes près de leur embouchure à cause de leur soudure à la dure-mère au moment où elles traversent cette membrane; — 5° d’être volumineuses et de fournir d’abondantes anastomoses ; — 6° d'ètre dépourvues de valvules et de fibres musculaires.

On peut les diviser en: a veines de la surface des hémisphères ; — b. syslème des veines de Galien.

Fig. 190. — Veines de la face externe du cerveau.

1, 1, grande veine cérébrale supérieure ; 3, veine sylvienne (v. cérébrale médiane de Browning) : 1 -J- 3, constituent la grande veine cérébrale de Trolard ; S, S, sinus longitudinal supérieur; SL, sinus latéral ; S’, scissure de Sylvius (les veines et sinus de la dure-mère sont en bleu).

a. Les veines de la face externe des hémisphères sont : 1° les veines cérébrales supérieures, tributaires du sinus longitudinal supérieur, au nombre de 8 à 15, et parmi elles la grande veine cérébrale supérieure de J. Cruveilhier, veine de la zone motrice de Sperino, grande veine de Trolard (1, 3, fig. 190); — 2° les veines cérébrales externes postérieures , tributaires du sinus latéral qui continuent la série des cérébrales supérieures ; 3° les veines sylviennes, tributaires des sinus de la base du crâne, dont la grande veine cérébrale médiane de Browning est la branche principale et constitue la partie inférieure de la grande veine anastomotique de Trolard.

VAISSEAUX DU CERVEAU

Cette dernière, arrivée à la face inférieure du cerveau, au niveau de l'apophyse d Ingrassias, devient sinusienne et s’abouche ordinairement dans le sinus sphéno-pariélal de Breschet ; — Trolard, qui considère ce sinus comme appartenant à la veine méningée moyenne antérieure, estime que la veine sylvienne se recourbe en arrière lorsqu elle arrive au sommet de la petite aile du sphénoïde, et, traversant toute la fosse sphénotemporale dans l’épaisseur de la dure-mère, va se jeter dans le sinus pétreux supérieur (Voy. Cu. Debierre, Traité (T Anatomie de l'Homme, t. I, p. 682).

Les veines de la face inférieure sont divisées en antérieures ou frontales, tributaires du sinus longitudinal supérieur; en moyennes, qui naissent dans la région de la fosse de Sylvius et de l’insula, et se jettent soit dans la veine sylvienne, soit dans le sinus de Breschet, et parmi elles la veine ophtalmo-méningée de Hyrtl qui s’arrête dans le sinus sphéno-pariétal, le sinus caverneux ou communique avec les veines de l’orbite ; — en postérieures ou temporo-occipitales, qui se jettent dans le sinus latéral.

b. Le système de la grande veine de Galien comprend : 1° les veines ventriculaires;— 2° les veines basilaires ; — 3° les veines occipito-cérébelleuses. — Les veines ventriculaires ramènent le sang des régions centrales du cerveau et cheminent entre les deux feuillets de la toile choroïdienne : ce sont les deux veines cérébrales internes ou veines de Galien (8, lîg. 138). Elles naissent en avant et de chaque côté de trois affluents qui convergent vers le trou de Monro : ce sont la veine du corps strié; — la veine des plexus choroïdes ; la veine de la cloison transparente dont les rameaux d’origine les plus volumineux viennent de la corne antérieure du ventricule latéral, d’où le nom de veine antérieure du ventricule que Browning a donné à la veine de la cloison. — Dans leur parcours les veines de Galien reçoivent :

1° Des veinules de la couche optique, du trigone, de la corne d’Ammon, de l’ergot de Morand et de la toile choroïdienne elle-même. — En arrière elles se réunissent audessous du bourrelet du corps calleux pour former un tronc unique, la grande veine de Galien, qui se jette presque aussitôt dans le sinus droit.

2° Les veines basilaires, veines cérébrales médianes inférieures de Cruveilhier, vena cerebri anterior de Henle sont au nombre de deux, une de chaque côté; — elles commencent au niveau de l’espace perforé antérieur, se portent en arrière, contournent le pédoncule cérébral correspondant, et se jettent dans la veine de Galien. Leurs aflluents originaires sont : la veine cérébrale antérieure, la veine de l’insula (inconstante), un petit système veineux qui traverse l’espace perforé latéral et provient des ganglions centraux et de la capsule interne, veines lenticulo-striées inférieures (Hédon) (1), les veines des divers organes médians de la base du cerveau, des lèvres de la fente de Bichat et parmi elles, des veines choroïdiennes ou pariétales de la corne sphénoïdale du ventricule latéral. En avant, les veines basilaires communiquent d’ordinaire avec la veine sylvienne, en arrière avec une cérébelleuse; au centre de la base du cerveau elles s'anastomosent entre elles de façon à former un polygone veineux correspondant au polygone artériel de YVillis.

3° Les : affluents postérieurs de la veine de Galien sont : a) des veines de la face inférieure du lobe occipital ; — b) des veines de la face interne du même lobe ; — c) la veine calleuse postérieure; — d) les veines des tubercules quadrijumeaux et de la glande pinéale, vena azygos conorii de Weber ; — e) une ou plusieurs veines cérébelleuses supérieures et médianes.

Le système veineux de l’encéphale n’est pas composé de départements plus ou moins fermés et analogues aux départements artériels : toutes les veines s’anastomosent largement entre elles, celles de la surface extérieure avec les veines basilaires, et les deux groupes

(t) Hédon fait justement remarquer que l’on peut voir les analogues des veines striées supérieures (ventriculaires) dans les rameaux des artères ventriculaires qui abordent le corps strié par sa face supérieure. On pourrait appeler ces artères, très grêles à la vérité, artères striées supérieures. (Ch. Hédon, la circulation veineuse de V encéphale , thèse de Bordeaux, 1888).

VAISSEAUX DU CERVEAU

avec les veines intra-cérébrales. D’autre part, les veines du cerveau communiquent largement avec les veines cérébelleuses et bulbo-protubérantielles et par celles-ci avec les veines médullaires. Elles communiquent aussi le plus ordinairement avec les veines exocràniennes par la veine ophthalmo-méningée (Hyrtl, Festal, Labalette), et des veinules qui sortent de la pie-mère et traversent les trous de la lame criblée de l’ethmoïde (Hédon).

Toute gène un peu longue de la circulation générale ne tarde pas à retentir sur la circulation veineuse de l’encéphale. La tension vasculaire augmente alors dans le cerveau, et l’on voit survenir l’aspect caractéristique de la congestion cérébrale (état sablé de la substance blanche, coloration hortensia de la substance grise). La congestion passive du cerveau peut également survenir dans les compressions de la veine cave supérieure ou des jugulaires, dans les affections chroniques du cœur droit ou des poumons, dans le goitre exophthalmique. C’est encore dans les mêmes circonstances qu’on voit survenir l 'œdème du cerveau. Dans les accidents urémiques, on a accusé l'oedème d’être la cause des attaques épileptiformes (Raymond, Chantemesse, etc.)

La communication entre les artères et les veines du cerceau se fait par des capillaires vrais, précédés de petites artérioles engainées par un manchon lymphatique dans lequel Hotte l'artère, la gaine lymphatique péri-vasculaire de Ch. Robin. Mais, en dehors de ces communications communes entre le système artériel et le système veineux, existe-t-il des communications directes dans l'épaisseur de la pie-mère entre les artères et les veines encéphaliques ? En un mot, y aurait-il là comme dans d'autres régions du corps, des canaux dérivatifs dits canaux de Sucquel ? Duret, Sappey, Vulpian nient l’existence de tous canaux de ce genre, tandis que Schrqeder van der Kolk, Heubnèr, Ecker, Cadiat — et je suis de ceux-là — croient fermement à leur existence.

Y a-t-il des lymphatiques dans l'encéphale ? 11 est de connaissance classique, à l’heure qu’il est, que le système lymphatique des centres nerveux est représenté par les espaces séreux péri-vasculaires (gaines péri-vasculaires de His et Ch. Robin, etc.), qui se continuent à la surface des centres avec les espaces lymphatiques de la pie-mère, et plus loin avec les espaces sousarachnoïdiens eux-mêmes. Obersteiner, Rosenbach, Serwald, etc., ajoutent même aux gaines périvasculaires des espaces péri-cellulaires servant à la nutrition des cellules ganglionnaires.

La gaine séreuse développée aux dépens du tissu cellulaire sous-arachnoïdien est rattachée au vaisseau par de très petits filaments, rètinacula de Axel Key, Colgi et Charcot. Dans ces gaines circule le liquide céphalorachidien issu du sang qui circule dans les vaisseaux. Toutes ces gaines s’ouvrent à la surface du cerveau dans les mailles du tissu sous-arachnoïdien et le liquide sous-arachnoïdien collecté dans les rivuli, rivi et llumina se déverse dans les lacs ou confluents de Magendie.

Sous le nom de porose cérébrale, Bizzozero et Golgi ont décrit une altération du cerveau consistant en la présence de cavités multiples, variant du volume d’un grain de mil à celui d’un pois, remplies d’un liquide séreux, et qui ne seraient autre chose que la conséquence de la dilatation varicoïde des espaces lymphatiques périvasculaires.

11 y a aussi des gaines séreuses autour des nerfs. En effet, les gaines lamelleuses des nerfs de Ranvier sont en communication avec les lacs sousarachnoïdiens ; Axel Kf.y et Retzius, notamment, Tout, démontré à l’aide d’injections au bleu de Prusse. Autour des faisceaux de nerfs nous trouvons donc également le liquide céphalo rachidien qui, d’après Schwalbe,

VAISSEAUX DU CERVEAU

communiquerait également : 1° par les canaux séreux du nerf acoustique avec les espaces périlymphatiques de l’oreille interne; — 2° par le lac central et les espaces séreux du nerf optique, avec les espaces séreux de la lamina fusca, qui entourent les vaisseaux de la choroïde et communiquent avec la chambre antérieure de l’œil ; — 5° par les espaces séreux des nerfs olfactifs jusque dans l’appareil de l’olfaction.

Mais en dehors de ces espaces lymphatiques, existe-t-il des vaisseaux lymphatiques dans le cerveau ? Mascagni a tiguré des vaisseaux lymphatiques dans la dure-mère, le long d’une des branches de l’artère méningée moyenne. Le même anatomiste, et avec lui Arnold, Breschet et Fohmann, ont décrit des lymphatiques à la surface du cerveau. Fohmann en a figuré dans les plexus choroïdes des ventricules latéraux; Arnold les a vus se réunir en un tronc placé côte à côte des veines de Galien. Sappey nie ces vaisseaux, mais récemment notre savant collègue, P. Poirier, étant parvenu à en injecter quelques-uns, il y a lieu, semble-t-il, de revenir à l’opinion des anciens sur la matière.

Applications pathologiques. — On a observé quelquefois la thrombose du tronc basilaire qui, lorsqu’elle siège au-dessous de l’origine des artères du noyau du nerf vague (IIayem), entraîne une asphyxie subite.

En raison de la voie plus droite, c’est surtout par la carotide droite que se propagent les embolies dans les artères du cerveau. C’est aussi pour la même raison que les ruptures artérielles ( hémorrhagies cérébrales) ont plus souvent lieu à droite. Ces ruptures sont favorisées par les efïorts multipliés et soutenus, en raison de l'augmentation de la pression intra-thoracique qui augmente la pression du sang dans les artères encéphaliques. Si elles ne sont pas plus fréquentes dans ces circonstances, c’est, a dit Guyon, par suite du gonflement de la glande thyroïde qui viendrait faire l'ofïice d'un compresseur sur les carotides et restreindre ainsi l’impulsion cardiaque dans le domaine des artères cérébrales. Quand l’interruption du sang dans une carotide est brusque (ligature), il en résulte des troubles cérébraux plus ou moins graves et dus à l’ischémie cérébrale. Mais dans la compression lente des carotides, comme dans le cas de tumeurs de la glande thyroïde, il n’y a pas de troubles graves en général, parce que l’équilibre de la circulation a le temps de se rétablir.

On a proposé la ligature des carotides (Preston), et celle des vertébrales (Alexander, Grey, etc.) pour la cure de l’épilepsie, mais je crois que peu de chirurgiens ont encore recours à ce moyen.

En raison de son exquise sensibilité et de sa situation, c’est sur l’encéphale que retentit le plus la dépression du cœur. C’est ainsi que les hémorrhagies profuses, la dégénérescence graisseuse du cœur, l'insuffisance aortique, les larges ventouses de Junod appliquées sur la peau, la déplétion brusque par évacuation des liquides ascitique ou pleurétique, déterminent assez souvent des phénomènes d’anémie cérébrale (vertiges, tintouins, obnubilation, etc.) et parfois la syncope. On remédie dans ces circonstances à l’insulïisance de la circulation encéphalique en plaçant le sujet dans la position horizontale.

Lie-t-on les carotides et comprime-t-on les vertébrales chez un animal ( expérience d'Astley Cooper), il tombe en état de mort apparente que l’on peut prolonger par la respiration artificielle, et qui cesse si l’on enlève les ligatures (Herzen). — Si l’on injecte du sang oxygéné dans les carotides d’un décapité aussitôt la décollation, on voit réapparaître certains mouvements des yeux et de la face (Brown-Séquard, Laborde, etc ). L’excitabilité de la substance grise corticale ne dure guère plus de deux minutes

VAISSEAUX DU CERVEAU

après la décapitation, tandis que celle de la substance blanche n’est épuisée qu’après 2ü ou 130 minutes (Laborde).

Outre la torpeur, l'insuffisance de l'afflux du sang dans le cerveau peut encore donner lieu à des psychopathies dépressives ou excitantes (lésions de la valvule mitrale, anévrysmes de l’aorte, etc.). Dans le cas où les troubles de l’irrigation cérébrale sont liés à des obstacles mécaniques intra-crâniens (suturation précoce du crâne, hydrocédhalie) la craniectomie peut amener du soulagement en diminuant la pression vasculaire dans le cerveau.

Les hémorrhagies qui se font par rupture de la sylvienne gauche aboutissent â l'aphasie, parce que cette artère irrigue l 'appareil des signes. Celles qui se font entre le noyau lenticulaire et la capsule externe par rupture de Yarlère de Charcot, donnent lieu à une hémiplégie permanente si elles sont assez considérables pour détruire la capsule interne sur un point de son trajet, mais si elles se localisent dans la cavité virtuelle qui siège entre la capsule externe et le noyau lenticulaire, il n’y a que de la compression des libres capsulaires et l’hémiplégie disparaît à mesure que le foyer hémorrhagique se résorbe.

Les hémorrhagies qui se font par les artères optiques inférieures sont surtout celles qui envahissent les cavités ventriculaires. Elles se caractérisent par le phénomène dit de la contracture précoce.

Ces hémorrhagies succèdent à des artérites chroniques (saturnine, alcoolique, syphilitique, etc.), à de l'artério-sclérose des petites artères aboutissant aux anévrysmes miliaires (Charcot et Bouchard), à des anévrysmes disséquants qui fusent le long des gaines péri-vasculaires des vaisseaux capillaires.

Les artères de la base, les grosses artères du cerveau, sont susceptibles de porter des anévrysmes, qui acquièrent dans certains cas un volume suffisant pour donner lieu à des phénomènes de compression en rapport avec leur siège. Ces anévrysmes sont susceptibles de se rompre comme les autres, et produisent dès lors des hémorrhagies méningées . Ces mêmes artères sont le siège assez fréquent de lésions athéromateuses qui donnent lieu à des tromboses et à des embolies cérébrales, c’est-à-dire à des obstructions vasculaires. A ces obstructions succèdent dans le territoire cérébral irrigué par l’artère obstruée, de l’ischémie d’abord, de la nécrose cérébrale ensuite, c’est-à-dire qu’il survient du ramollissement cérébral, qui passe successivement par les phases de ramollissement rouge (coloration due à la congestion veineuse), de ramollissement jaune et de ramollissement blanc, et se caractérise par la dégénérescence pulpeuse de la zone privée de sang. Dans les noyaux centraux, les petits foyers hémorrhagiques, peu à peu résorbés, peuvent aboutir à une sorte de cicatrice d’un jaune rougeâtre ( foyers ocreux), qui est l’indice d’un foyer guéri.

Dans la paralysie générale, outre les lésions de l’encéphalite interstitielle diffuse, il existe de l’artérite des vaisseaux de la pie-mère. Cette altération vasculaire, qui aboutit à l’épaississement de la pie-mère et de ses prolongements, a même été considérée comme la lésion initiale.

LOCALISATIONS CÉRÉBRALES

Page 1