Localisations dans l’écorce du cerveau
Si la région protubérantielle, — nous l'avons montré, — est le siège des sensations brutes , le cerveau est le siège des sensations perçues et conscientes, susceptibles de se transformer en idées et en voûtions (1).
Fig. 191. — Face latérale du cerveau du Chien (Ferrier).
A, scissure de Sylvius ; B, scissure cruciale; O, lobe olfactif; I, II, III, IV, première, deuxième, troisième et quatrième circonvolutions. — De 1 à 11, centres des mouvements du tronc, des membres, de la queue, de la face, de la bouche, de la langue et des cordes vocales ; 12, 13, centres des mouvements rotatoires de la tête et du globe oculaire ; 14, 14, centres des mouvements de l'oreille; 16, centre des mouvements des narines.
Les hémisphères cérébraux sont, en effet, des organes où les impressions sont perçues, et où les sensations deviennent conscientes et laissent des traces durables de leur passage, des souvenirs en un mot. Hans leurs rouages se matérialisent pour ainsi dire les sensations, la transformation de celles-ci en images, en idées, en mouvements volontaires. Un animal privé de ses hémisphères, regarde et ne voit plus, il tressaille sous le bruit et n 'entend plus, il remue si on l’excite, mais il n’a plus de mouvements volontaires, il ne sait plus vouloir. L’animal décérébré est un aveugle et un sourd au point de vue psychique.
(1) L’extirpation des hémisphères cérébraux chez les animaux (Grenouille, Pigeon, Lapin, etc.), n’abolit ni les fonctions de l’équilibre, ni la coordination des mouvements, ni l’ expression des émotions (coassement de la Grenouille, cris émotifs, tressaillement que l’on peut observer chez l’Homme lui-même, quand la chloroformisation a aboli les fonctions des hémisphères, c’est-à-dire la conscience), et les impressions tactiles, visuelles, auditives sont conservées. Mais ce qui a disparu, c’est la volonté et la conscience; ce sont les signes de l’intelligence. Si on pince l’animal, il se débat et fuit, et pousse des cris plaintifs; mais réduits au mésocéphale et au cervelet, les animaux n’agissent plus que comme des machines que met en branle une excitation extérieure et parfois un malaise intérieur, et qui s’arrêtent dès que l’excitation a cessé. L'animal, pourvu de son cerveau, au contraire, possède en lui-même la condition des actes qu’il accomplit. Le cerveau possède donc en luimême le pouvoir d'agir et ses actes sont conscients ; les centres mésocéphaliques et cérébelleux, au contraire, ne sont que des centres réflexes plus ou moins complexes, mais inconscients.
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Le cerveau est donc l’organe de l’intelligence au même titre que le muscle est l’organe du mouvement. Il est l’organe des facultés mentales et des sentiments affectifs, l’organe de la volonté et de la perception consciente. S il était besoin de le démontrer, l’Anatomie comparée, l’Anthropologie, 1 Embryologie et la Tératologie d’une part, la Physiologie expérimentale et l’Anatomie pathologique de l’autre, nous offriraient tant de preuves que nous n’aurions que l’embarras du choix. Le développement du cerveau n’est-il pas corrélatif de la capacité mentale dans les individus comme dans les races et les espèces? Le développement de l'intelligence ne suit-il point pas à pas dans l’enfance le développement et le perfectionnement du cerveau? La microcéphalie, caractérisée par un arrêt de développement du cerveau, ne coïncidet-elle pas avec un avortement des facultés mentales ? Le ramollissement du cerveau 11e coïncide-t-il pas avec l’effondrement des facultés affectives, des qualités morales et des facultés intellectuelles?
Fig. 192 Fig. 193
Surface supérieure du cerveau du Singe. Surface externe de l'hémisphère gauche du Singe.
1, 2, centres des mouvements du membre pelvien ; 3, centre des mouvements de la queue ; 4, 5, 6, centre des mouvements du membre thoracique; 7, 8, 9, 10, 11, centre des mouvements de la bouche et de la langue; 12, 13, 13' centres des mouvements de la léte et du globe de l’œil (région du pli courbe); 14, 14, 14, centres des mouvements de l’oreille (première temporale); 13, centre des mouvements des lèvres et de la narine (région hippocampique).
La première tentative de localisation cérébrale fut celle de Gall ; mais l’insuccès de la Phrénologie s’explique facilement, si on se rappelle que Gall faisait reposer tout son système sur la Cranioscopie , sa supposition étant que certaines dispositions intellectuelles correspondaient à des bosses du crâne. Le système des bosses 11e pouvait durer ; il est justement tombé dans le discrédit parce que sa conception ne répondait à rien de sérieux. Sur ses
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ruines s'est élevée la doctrine moderne des localisations cérébrales, doctrine scientilique dont les preuves ont été faites par l’anatomo-pathologie, et aussi par les expériences de vivisections.
Fig. 194. — Centres psycho moteurs de l'écorce du cerveau humain (Ferrier).
1 à 6, centres des mouvements des membres (.hémiplégie) ; 7 et 8, centre des mouvements des commissures des lèvres (paralysie faciale)-, 9 et 10. centre des mouvements des lèvres et delà langue, destinés à l’articulation des mots (mémoire des mouvements du langage parlé ou mémoire motrice verbale : aphasie motrice ou aphémie) - 11, centre de rétraction de l'angle de la bouche ; 1-2, centre pour les mouvements latéraux de la tête et des yeux, et centre de la mémoire des mouvements de l’écriture ou mémoire motrice graphique (agraphie) ; 13, centre de la mémoire des mots écrits ou imprimés, ou mémoire visuelle verbale ( cécité verbale), et 13’ centre de la vision binoculaire ( hémianopsie ); 14, centre de l'audition (mémoire des sons verbaux ou mémoire auditive verbale : surdité verbale).
Cetle conception n'aura pas lieu de nous surprendre, si nous savons que l'anatomie humaine et comparée démontre que les circonvolutions fondamentales des hémisphères sont, jusqu’à un certain point, des organes distincts; et si d’autre part, nous nous rappelons que l'analyse psychologique montre que les facultés cérébrales ne sont pas absolument unies et solidaires les unes des autres, et que nombreux sont les exemples de l’abolition de telle ou telle faculté avec conservation des autres, il semble rationnel a priori que là où il y a des organes multiples et autonomisés, là aussi il doit y avoir spécialisation fonctionnelle, chaque organe ayant des fonctions spéciales à remplir, en rapport avec son organisation et scs relations mêmes.
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La première localisation a été celle de V aphasie, aphémie ou alalie , pressentie par Boullaud et Dax, démontrée par P. Broca en 1863, c’est-à-dire la perte totale ou partielle de la mémoire des mots.
Mais depuis les travaux de Kussmaul, Wernicke, Charcot, Nothnagel, Magnan, Déjeiune, etc., on a fait une analyse beaucoup plus complète de la faculté de langage, et l’on a reconnu que cette faculté est complexe et se compose de fonctions cérébrales distinctes, ayant des organes spéciaux de production.
A côté de l 'aphasie motrice (type Bouillaud-Broca), il y a en effet d’autres troubles de la perception, de l’expression et de l’usage des signes. On peut perdre l’usage des signes écrits ( agraphie ) et des signes mimiques ( amimie ) ; on peut perdre l’audition des mots {surdité verbale), la vision des signes de l’écriture (cécité verbale), à l’exclusion d’autres facultés d’expression qui sont conservées. Or, à ces troubles fonctionnels spécialisés de l’expression et de la perception des signes correspondent des lésions anatomiques localisées de l’écorce du cerveau.
L’homme peut communiquer ses impressions, ses idées, sa pensée, sa volonté par le geste, la parole, l’écriture. Pour cela il faut qu’il ait préalablement acquis par l’habitude et l’éducation la faculté d’associer certains gestes, certains sons, certaines images visuelles, certains signes avec certaines idées, et en second lieu, qu’il ait pris l’habitude d’associer l’impression sensitivo-sensorielle avec une impulsion motrice qui se traduit par le geste, la parole ou l’écriture. La première opération consistant à recevoir et à emmagasiner les impressions visuelles et auditives des signes et des sons, siège dans les centres psycho-optique et psycho-acoustique de l’écorce.
La faculté d’expression est donc une faculté complexe; elle peut être frappée dans ses éléments ou dans sa totalité. Tantôt c’est le passage de l’idée au mot qui est interrompu ; tantôt c’est au contraire le passage du mot à l’idée qui est coupé. D’où diverses formes d’aphasie, depuis l'aphasie totale ou motri-sensorielle jusqu’à l’aphasie simple par rupture des conducteurs acoustiques qui portent le son jusqu’au centre de la réponse parlée ou écrite. En un mot, ces affections sont des amnésies , dans lesquelles il y a, dans un cas, perte de la mémoire des idées ou des images; dans l’autre perte de la mémoire des mots, mais ni dans l’un, ni dans l’autre cas il n’y a paralysie.
Les organes corticaux de la parole sont au nombre de quatre :
Ce sont : 1° La première circonvolution temporale gauche dans sa partie postérieure, où siège le centre de la mémoire auditive verbale (S. V., lig. 196). Les sujets frappés d’une lésion de cette partie de l’écorce du cerveau sont atteints, comme on le dit, de surdité verbale, c’est-à-dire que les sons qu’ils entendent n’éveillent plus chez eux une idée correspondant au langage ; les mots sont pour eux comme s ils les entendaient pour la première fois, ils n’ont plus dans leur cerveau aucune image auditive des mots (surdité psychique partielle). Et cependant, de tels sujets entendent les sons des bruits, ils savent les rapporter à l’objet qui les engendre ; mais s’ils ne sont pas sourds pour les bruits, ils le sont devenus pour les sons que l’habitude nous a appris à adapter à une idée, ils ne comprennent plus
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le sens des mots parlés, cela parce qu’ils ont perdu la mémoire des sons de la parole, et cependant ils peuvent parler, lire, écrire, répondre par écrit, parce qu’ils ont conservé les autres mémoires. En un mot, ce ne sont pas de vrais sourds ; s’ils le sont, ils ne le sont que psychiquement, à la façon de celui à qui on parle une langue qu’il ne connaît pas.
Les cas de décharges auditives (convulsions débutant par une aura auditive) ou de sensations auditives subjectives (hallucinations de l’ouïe) quand T1 est irritée par une tumeur ou tout autre cause (Gowkrs, Huches Bennett, John Fergusson), ainsi encore que l’atrophie de cette circonvolution dans la surdi-mutité (Mile, Bhoadhent), confirment encore la localisation acoustique dans le lobe temporal.
2° Le deuxième centre cortical du langage articulé siège dans le lobule du pli courbe du lobe pariétal où l'on a placé le centre de la mémoire visuelle des mots (CV, lig. 1%). Le malade atteint d’une lésion de ce centre est frappé de cécité verbale (alexie), c’est-à-dire que s’il entend et comprend le langage parlé, s’il parle et peut même écrire machinalement, automatiquement et par habitude, à la façon d’un copiste qui ne saurait pas lire, il ne peut pas lire, même ce qu’il a écrit lui-même, cela parce qu’il a perdu la mémoire des formes des lettres et des mots écrits ou imprimés (cécité psychique partielle) ; son cerveau ne possède plus aucune image visuelle des mots, et bien qu’il voit les lettres et peut les tracer comme il le ferait dans l’obscurité, guidé seulement par la conscience des mouvements de l’écriture (sens musculaire), il est incapable de se lire et la vue des mots n’éveille plus en lui aucune idée correspondant au langage.
P. Sérieux a rapporté un cas curieux d’agraphie d’origine sensorielle (cécité verbale et psychique, surdité corticale, et en même temps paraphasie et agraphie) qui apporte une sorte de consécration à l’opinion de Wernicke, pour qui l'acte d’écrire est subordonné à la vision mentale et consiste dans l’acte de copier les images optiques des lettres et des mots (mémoire visuelle graphique), car dans ce cas, il y avait un foyer de ramollissement dans le pli courbe des deux hémisphères, siège de la mémoire motrice graphique. — De la sorte viendrait se placer à côté de l’agraphie motrice (amnésie motrice graphique) dont le centre est le pied de P 2 , une agraphie sensorielle (amnésie visuelle graphique) dont le centre est P2 (Wernicke, Berckha.m, Déjérine, P. Sérieux).
C. S. Freund de son côté ( Arch . f. Psych. XX, 1 et 2, 1890), a établi qu’il existe :
1° Une aphasie optique avec hémianopsie conc mi tante ; 2° une aphasie optique accompagnée de cécité psychique ; 3° une aphasie optique avec cécité psychique, aphasie sensorielle et acoustique. L'aphasie optique est caractérisée par ce fait que le malade, incapable de trouver le nom des objets en les voyant, ne les désigne qu’en les touchant (trouble de la vision mentale). Elle résulte, ou de la lésion du centre des images commémoratives des impressions optiques (cécité psychique), ou bien d’une altération des fibres nerveuses d’association qui unissent le centre visuel au centre de La parole (aphasie optique).
3° Le troisième centre cortical du langage a été placé dans le pied de la deuxième circonvolution frontale gauche (Exner, Charcot) : c’est le centre de la mémoire des mouvements de récriture (AG, lig. 1%), dont la destruction
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donne lieu a 1 agraphie. (Voyez J. -B. Charcot et A. Outil, Mèm. de la Soc. de Biologie, 1893, p. 129). Dans cette lésion, le malade entend, parle, lit, peut meme copier une lettre, un mot, comme il copierait un dessin, mais il est incapable décrire parce qu’il a perdu la mémoire des mouvements de 1 écriture, la mémoire des signes graphiques ; son cerveau n’a conservé aucune image motrice graphique et a perdu le souvenir de son éducation au point de vue de l’écriture (amnésie graphokinétique).
I , sur le lobule pariétal supérieur ; 2, 3, 4, S, 6, 7 et 8, sur la circonvolution frontale ascendante ; a. b, c, d, cercles situés sur la circonvolution pariétale ascendante; 12, sur la moitié postérieure des circonvolutions frontales supérieure et moyenne; 13 et 13’, placées sur les membres antérieur et postérieur du gyrus angulaire (pli courbe); 14, sur la circonvolution temporosphénoïdale supérieure. Les cercles ont la même valeur que dans les figures 192, 193, 194.
L'agraphie pure n'a pas encore été observée sans cécité verbale concomitante. (Voy. Déjerine, Soc. de Biologie, 1893.) Mais il se peut que l’agraphique atteint en même temps de cécité verbale ne présente qu'une lésion du pli courbe. Voici pourquoi:
La mémoire des images visuelles des lettres et des mots, la mémoire du sens des
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mots, lus par les yeux, est accompagnée, chez l’homme qui a appris à écrire, de celle de transcrire ou de copier les images visuelles des lettres et des mots. L'enfant n’apprend à écrire qu 'après avoir appris à parler, puis à lire. Ceci explique que la perte de la connaissance visuelle des signes écrits ou imprimés du langage peut s’accompagner de 1 abolition de la faculté d’écrire.
4°. Le 4e centre cortical du langage articulé siège dans le pied de la 3e circonvolution frontale gauche ou circonvolution de Broca (A, lig. 196), et sa destruction donne lieu à l’ aphasie , encore appelée alalie, aphémie, logoplégie. Dans cette affection, le sujet comprend encore le langage parlé, il lit, écrit, balbutie même ou bredouille quelques mots ou en répète constamment un qu’il met à « toutes sauces », mais il ne peut plus parler, cela parce qu’il a perdu la mémoire des mouvements coordonnés et méthodiques qui sont nécessaires pour articuler la voix et constituer les syllabes. 11 est atteint d’aphasie motrice ou amnésie phonokinétique. 11 est comme reniant qui n’a pas encore appris à parler; son cerveau a perdu toute éducation au point de vue de l’articulation des sons, il n’a plus aucune image motrice verbale.
Au centre de l’aphasie continent :
1° le centre de l’hypoglosse (H, lig. 196).
2° le centre du facial inférieur (F, lig, 196),
3° le centre du nerf masticateur (m, lig. 196).
4° le centre du nerf laryngé ou centre phonateur (Horsley et Semon, Déjérine).
— Mais pourquoi la faculté du langage articulé siège-t elle dans l'hémisphère gauche du cerveau ? Voici comment P. Broca explique la chose. Les circonvolutions frontales droites et gauches ont, disait-il, comme toutes les parties symétriques des organes pairs, les mômes propriétés essentielles; mais le langage articulé étant en quelque sorte une fonction artificielle et conventionnelle, qui exige une longue éducation, on conçoit que l’enfant puisse contracter l'habitude de diriger de préférence^ avec l’un des deux côtés la gymnastique toute spéciale de l’articulation des sons. C'est ainsi que la plupart des actes qui nécessitent le plus de. force ou d’adresse, sont exécutés de préférence avec la main droite, et conséquemment dirigés parle côté gauche du cerveau ; mais de même que les gauchers exécutent ces mouvements avec le côté droit de leur cerveau, il peut aussi se faire qu’il y ait des individus qui dirigent de préférence leur parole avec la 3e circonvolution frontale droite. Ces ingénieuses explications de Broca semblent avoir été confirmées par diverses observations. C’est ainsi qu’on a vu des gauchers devenir aphasiques après une lésion de la 3e circonvolution frontale du côté droit (qui pour eux joue le rôle de centre d’articulation des mots), tandis que l’on a observé, d’autre part, 4es gauchers non frappés d'aphasie malgré une lésion de la 3' frontale gauche (Lepine). Enfin, un aphasique du type classique (type Bouillaud-Broca), peut, après avoir perdu la parole, par suite d’une lésion de la 3' circonvolution gauche, la recouvrer en partie au bout d'un certain temps pendant lequel il apprend peut-être (éducation nouvelle) sa 3a frontale droite à suppléer sa similaire du côté gauche (1). — On sait que dans les expériences d’hypnotisme on parvient à dédoubler le cerveau, à « couper longitudinalement l’homme en deux. »
(1) En faveur de cette suppléance fonctionnelle, on peut citer les faits suivants:
Un pigeon auquel on enlève un hémisphère cérébral, devient psychiquement aveugle de l'œil opposé, et si ensuite, on lui extirpe l’œil avec lequel il voit, il parait aveugle dans les premiers jours qui suivent l’opération, mais peu à peu il récupère la faculté visuelle
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Eli bien ! en cataleplisant, c’est-à-dire en annihilant l’hémisphère gauche au point de vue fonctionnel, on supprime la parole; ce qui n’a pas lieu quand c’est l’hémisphère droit qui est plongé dans le sommeil cataleptique (G. Ballet) (1).
Fig. 196. — Centres sensoriels et psycho-moteurs dans l’écorce du cerveau humain.
A, centre de l'aphasie motrice ; H, centre de l’hypoglosse; F, centre des mouvements de la face; m, centre masticateur ; MS, centre des mouvements du membre supérieur; MI, centre des mouvements des membres inférieurs; h, centre de l’hémianopsie; CV, centre de la cécité verbale; V, centre visuel commun; SV, centre de la surdité verbale : AG, centre de t’agraphie. Les centres sensoriels sont en jaune, les centres psycho-moteurs en rouge.
(Stéfani (1881), Munk (1883), Galleiiani (1888), Fasola (1889). Comme les pigeons privés des deux hémisphères restent aveugles, il s’ensuit que le pigeon en question ne peut récupérer la vision qu’à la condition de mettre le seul œil restant en communication physiologique avec l’hémisphère du même côté.
Munk avait supposé que ce phénomène s’expliquait parce que dans les nerfs optiques, il y aurait eu des fibres qui ne s’entrecroisent pas, mais Gallerani et Stéfani ont établi que c’est parce que les excitations du nerf optique, arrivées dans le lobe optique correspondant, passent ensuite dans le lobe optique du côté opposé par la commissure qui unit les deux lobes. Ce qui le prouve, c’est que si chez un pigeon privé d’un hémisphère et de l’usage de 1 œil correspondant chez lequel la fonction visuelle s’est ensuite rétablie, on détruit le lobe optique du même côté, l’animal redevient aveugle; et, d’une façon analogue, le retour de la fonction visuelle ne se fait pas chez les pigeons privés d’un hémisphère et de l’usage de l’œil correspondant quand le lobe optique du môme côté a été détruit précédemment.
Les fibres commissurales peuvent donc servir de voies de transmission de la périphérie aux centres, et, par conséquent, leur importance dans les phénomènes de substitution et de suppléance parait évidente. (Voy. A Stéfani. Contrib. a la physiol. des fibres commissurales (Arch. i ta 1 . de Biologie, t. XIII, p. 350, 1890).
(1) Chaque hémisphère possède une certaine autonomie, une cerlaine indépendance, qui explique certains faits qui seraient sans cela presque inexplicables, tels la coïncidence du délire et de la lucidilé que l’on observe sur certains aliénés, le phénomène du transfert en neuropathologie.
De fait, nous savons que c’est ordinairement dans l’hémisphère gauche que siège le centre du langage articulé. Cet hémisphère serait ordinairement plus lourd et plus hâtif dans son développement (Luvs), ce que seraient venues confirmer les recherches de Loyvenfeli) sur 122 sujets, puisque cet auteur a observé que 79 fois la carotide gauche avait un calibre supérieur à celui de la carotide droite. Mais nous avons dit que l’opinion de Luvs est loin d’être à l’abri de toute critique. (Voy. p. 185).
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Maintenant, qu’on ne s’y méprenne pas. L’aphasique n’est pas un paralytique, il peut mouvoir sa langue, ses lèvres, son gosier et son larynx, et ses muscles expressifs ou mimiques ne sont point paralysés. S'il est incapable d émettre des sons articulés, ce n'est pas là le fait d’une paralysie des muscles de l’accommodation ; non, cela dépend uniquement de la perte de la mémoire des associations musculaires qui sont nécessaires à l’articulation des sons. De même l’agraphique n’est pas un paralytique ; les muscles de ses mains sont intacts ; s’il n'écrit pas, c’est qu’il a oublié les mouvements harmoniques nécessaires pour tracer les caractères graphiques ( 1 ) .
Dans le centre de l’aphasie motrice, il faut faire entrer une partie du lobe de l’insula (Pitres, etc.) (2).
J’ajoute qu’il est rare de rencontrer absolument isolée chacune de ces amnésies. La surdité verbale, par exemple, peut être associée à l’agraphie ou à la cécité verbale, et l’une ou l’autre ou les deux à la fois peuvent se présenter en même temps que de la paraphasie sans lésion de F 3 même, ce qui démontre combien l'intégrité du centre auditif des mots ici, visuel ailleurs, est nécessaire pour que le langage vocal fonctionne normalement. L’altération de T1 unie à la lésion de P2 par exemple, peut donner lieu à de l’aphasie sensorielle (surdité et cécité verbales), et si la lésion dans P2 est assez profonde pour couper les radiations optiques de Gratiolet, on voit en même temps survenir de l’hémianopsie comme dans un cas rapporté par Déjkuine (1891).
Les formes de l’aphasie ne sont pas toujours aussi simples que nous venons de les décrire. Les différences et la prédisposition individuelles, qui tiennent, pour ainsi dire à la formule mentale de chacun, influent considérablement sur ces modalités, en provoquant telle ou telle prédominance. Chez les uns (auditifs), l’audition mentale prédomine et commande toutes les autres opérations cérébrales; chez les autres (visuels), ce sont les images visuelles qui prédominent. Aussi, chez les premiers, la perte des images auditives amènera-t-elle une perturbation profonde dans le jeu de tous les autres procédés du langage: parlé, écrit, visuel. Chez les visuels, au conlraire, la note qui commandera la symptomatologie sera la perte des représentations visuelles. 11 y a du reste une sorte d'engrénage des centres sensoriels et psycho moteurs qui fait que la lésion de l’un n'est pas toujours sans retentir gravement sur les autres. Il résulte de là aussi qu’il se peut faire qu’une lésion psychique peut survenir sans que le centre correspondant lui-même soit touché; il suffit pour cela que les connexions, les trajets nerveux, réunissant un centre donné à ceux dont le fonctionnement est indispensable pour l’élaboration d’une image, soient détruits. C’est ce que Déjerine, en particulier, a parfaitement bien établi dans un cas de cécité verbale (Déjerine, Société de Biologie, 1892).
A côté de la mémoire du langage parlé, il parait bien y avoir une mémoire de la musique, puisque certains aphasiques continuent à pouvoir chanter (Bocillaud, Charcot, Grasset), et inversement que des malades peuvent avoir perdu la faculté de chanter tout en ayant conservé les facultés musicales (Brazier, etc.).
La musique et la parole dérivent toutes deux du cri réllexe. La note est à la musique,
(1) On pourrait rapprocher de ces amnésies ou pseudo-paralysies Vastasie-abosie, que l’on a considérée comme étant la perte de la mémoire des mouvements nécessaires à la déambulation.
(2) Voy. Pascal, Bu rôle de l'Insulü de Reil dans l'apliasie (Thèse de Bordeaux,
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dont la forme la plus archaïque est le chant, ce que le mot est à la parole. Et de même qu’on observe des aphasies sensorielles à côté de l’aphasie motrice, on rencontre des ainusies sensorielles et de l’amusie motrice. C’est ainsi qu’on a observé la surdité musicale (Brazier), Valexie musicale (Charcot, Proust, Finkelbourg, Bernard, Dejerine), de ïamusie motrice (Béhier, Charcot, Grasset, Proust). Je ne puis insister davantage ici sur cette intéressante question sur laquelle Knobi.auch(1890), Wysmann(1890),Wallaschek (1891) et Brazier (Rev. philosophique, octobre 1892) ont récemment appelé l'attention.
En conséquence de ce que nous venons de dire, on voit donc que le langage en général n’est pas une fonction simple. Celle fonction est localisée en trois régions distinctes du cerveau, un centre moteur et deux sensoriels. Le centre moteur siège dans le lobe frontal, les centres sensoriels occupent le lobe pariétal et le lobe temporal.
Ouvrons une courte parenthèse. Comment pouvons-nous concevoir la formation de ces trois centres dans les circonvolutions cérébrales ?
L’enfant localise le sens des mots entendus dans les cellules de la substance grise de la première circonvolution temporale gauche. Des libres nerveuses relient ces cellules aux cellules du pied de la troisième circonvolution frontale gauche ou circonvolution de Broca. L'enfant apprend alors à faire les mouvements nécessaires pour reproduire, par la parole, les mots qu’il a entendus prononcer et dont il a saisi le sens. La mémoire de ces mouvements se localise par l’exercice et la répétition dans la troisième frontale gauche. L’enfant comprend dès lors le sens des mots et sait les exprimer par la parole. En troisième lieu, il apprend à comprendre le sens des mots écrits, dont il prend connaissance par les yeux, et cette mémoire visuelle verbale se localise dans le pli courbe gauche. Enfin, l’enfant apprend à copier, avec la main (il pourrait aussi bien apprendre à le faire avec le pied) les images visuelles des lettres et des mois, qui sont localisées dans le pli courbe. Avec cette dernière acquisition il a devers lui tous les éléments du langage articulé.
A côté de ces centres sensoriels psycho-acoustique, psycho-optique, on en a décrit d'autres. Le lobe occipital et le pli courbe sont les centres de la vision (Fermer, Luciani et Tamburini, Schoefer); leur destruction d’un côté amène l’hémiopie homonyme par paralysie des côtés correspondants des deux rétines (Munk). Cependant la destruction des deux plis courbes ne provoque pas une cécité durable chez l'animal (Fermer, Lannegrace). Ce qui semble bien établi, c'est qu’après la destruction pathologique du cunéus (Munk, Boüveret, Chauffard, .1. Audry, Oulmout. J. Dejerine, etc.), on observe : ou bien de Fhémiopie latérale homonyme, ou bien de l’amblyopie croisée, ou enfin la cécité psychique, c’est-à-dire (pie l’œil perd les images commémoratives des objets (amnésie oculaire) qu'il a vus autrefois, il regarde mais ne voit pas; il voit les couleurs, les formes et les contours mais ne reconnaît ni les objets ni les personnes. Les faits d’atrophie occipitale observés à la suite d’extirpation expérimentale des yeux chez les animaux (Tartuferi, etc.), ou consécutivement à l’absence congénitale du globe oculaire (anophthalmes) et des nerfs optiques (Giovanardi), etc., confirment l’existence de ce centre visuel. — Von Monakow (Arch. /'. Psych., XX, fas. 3, et Congrès de lier lin, 1890) a observé après l’ablation de l'écorce occipitale, une dégénération secondaire des irradiations optiques et du corps genouillé externe, du pulvinar et de la racine antérieure de la bandelette optique. Le même auteur, et après lui, Moeli, Lissauer, etc., ont observé les mêmes faits chez l’homme après foyer de ramollissement hémorrhagique du lobe occipital. Le centre de la vision binoculaire et de ['hémianopsie en particulier a été placé dans le lobule pariétal inférieur (P2).
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Dans l’écorce occipitale se localisent les centres visuels communs. Ces centres sont Lien différents des centres visuels placés dans le pli courbe. Ils ne nous permettent de voir les lettres que comme des dessins quelconques, comme nous voyons, par exemple, les lettres d’une langue qui nous est étrangère (chinois, hébreu, etc.). Pour que nous reconnaissions une lettre, pour que l’assemblage de certaines lettres éveille en nous l’image ou l’idée d'un mot, il est nécessaire que ces centres corticaux de la vision entrent en connexion avec les foyers de la faculté du langage articulé, notamment avec la zone de la mémoire visuelle des lettres qui occupe — nous venons de le voir il y a un instant — le pli courbe de l’écorce pariétale.
On a encore décrit un centre psycho-olfactif que Fermer, Luciani, Munk, Seppilli, Frigério, etc., ont placé dans la circonvolution de l’hippocampe et le subiculum de la corne d’Ammon, opinion vraisemblable, depuis que Meynert, Broca, Giacomini, etc., ont montré que la circonvolution de l’hippocampe est une ruine du grand lobe limbique ou lobe olfactif. Les observations cliniques d’anatomie de Ogle, Fletcher, Ransome; celles de sensations d’odeurs dans les cas de lésion du crochet de l’hippocampe de Lane Hamilton, Worcester, IIughlings Jakson et Beevor, ne sont cependant pas assez concluantes pour nous édifier définitivement sur cette localisation (1).
Enfin, on a placé dans la corne d’Ammon (Fermer) un centre psychotactile, centre des plus hypothétiques, puisque nous avons vu que nombre de physiologistes et de cliniciens considèrent les centres moteurs comme associés à leurs centres sensitifs respectifs; et que, d’autre part, la sensibilité tactile, à la douleur et motrice pouvant être dissociées, il est naturel de penser qu’il y a des centres distincts pour les diverses sensibilités.
Mais il n’y a pas que des centres d’expression et de sensibilité dans les hémisphères du cerveau. A côté de ces centres, il en est d’autres qui sont des centres de motricité à action localisée. Les uns actionnent les muscles de la face, les autres les muscles des membres. Ces centres, que l'on a appelés centres psycho-moteurs , sont cantonnés autour de la scissure de Rolando. Les expériences de Fritsch et Hitzig (1870), celles plus récentes de Fermer, Carville et Duret, Munk, François-Franck et Pitres, Luciani et Tamburini, Horsley (2), etc., s’accordent avec les recherches anatomo-cliniques, celles de Charcot, Nothnagel, etc., pour installer définitivement dans l'écorce des zones réactionnelles distinctes. La méthode des destructions partielles de l’écorce est venue confirmer celle des excitations électriques, et les deux sont confirmées à leur tour par les résultats constatés à la suite des destructions accidentelles ou pathologiques chez l'homme. Chez ce dernier, la destruction de la zone motrice corticale produit aussi bien (pie chez le singe et le chien, une hémiplégie,
(1) L'excitation du lobule de l’hippocampe chez les singes, les chats, les chiens et les lapins produit la torsion des narines du même côté (Ferrier).
v2) Les expériences île nombreux physiologistes, Munk, Horsley, etc., ont démontré l’existence de très nombreux centres à fonctions distinctes, dans l’écorce cérébrale des Mammifères (Chiens, singes, etc.). Non seulement, ils sont arrivés à localiser le centre des mouvements volontaires d’un membre, mais des diverses portions de ce membre. On connaît ainsi les centres cérébraux des mouvements de l’épaule, du coude, du poignet, du pouce, de la hanche, du gros orteil, des mouvements de l’anus, etc.
Les observations sur l’Homme d’excitations électriques de l’écorce mise à nu pour une opération de Bartholonv et Sciamanna, cI’Horsley, Mills, Keen, Loyd et Deaver, Nancrède permettent de penser que les relations fonctionnelles de l’écorce du cerveau humain sont semblables à celles des singes et autres mammifères.
Debierre. — 2'?..
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mais avec celle différence pourtant qu’alors que le chien guérit assez vile de sa paralysie (1), l’homme et le singe ont une paralysie durable, et chez eux les muscles paralysés, d’abord flasques, sont ensuite frappés de contractures. Cette hémiplégie d'ordre corticale, d’abord complète, di minue ensuite peu à peu, les mouvements réflexes purs reparaissant, tandis que les mouvements
Fig. 197. — La sensation et ses réponses.
m. moelle épinière (centre réflexe inconscient) ; RA, racine antérieure ; RP, racine postérieure ; G, ganglion rachidien ; nr, nerf rachidien (nerf mixte) ; a, centre bulbo-protubérantiel réflexe et émotionnel, inconscient; C, cerveau; b, centre de perception et de volonté; c, centre d'idéation et de mentalité; 1, peau (surface sensible); 2, nerf sensitif (Courant centripète); 3, trajet médullaire sensitif (centripète);!, trajet médullaire moteur (centrifuge); 5, nerf moteur (courant centrifuge); 6, muscle (organe du mouvement); 7, main (organe du langage graphique, écriture); 8, larynx (organe phonateur et vocal) ; 9, oreille (organe sensoriel); 10, œil (organe de sensibilité spéciale) ; 11, bouche (organe d’articulation des sons, réponse parlée), — Les flèches indiquent le sens du courant, les traits coupés indiquent les mouvements volontaires.
volontaires restent, en général, plus oit moins abolis. Ces lésions sont suivies d’une dégénération descendante qui peut s’étendre jusqu’au cordon pyramidal de la moelle du côté opposé, tandis que les lésions de la zone latent e de l’écorce
(1) On a supposé que la restitution fonctionnelle se faisait par réparation de la lésion, ou par suppléance, celle-ci s’effectuant, soit par la zone motrice du côté opposé (Ferrier, Broadbent, Soltman), soit par les corps striés (Ferrier), soit encore par les centres médullaires (Franck et Pitres, Marique).
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ne détermine aucune dégénérescence secondaire. On peut ainsi observer toute une série rie monoplégies simples en rapport avec le centre psycho-moteur intéressé (monoplégies oculo-motrice, linguo-faciale, brachiale, crurale) ou de monoplégies associées (lésion de plusieurs centres à la lois), ce qui est le cas le plus ordinaire, car les centres corticaux ne sont point des centres nettement coupés et séparés les uns des autres, et à leur périphérie, il y a une zone dilTuse qui les réunit et les fusionne.
L’étude attentive des monoplégies d’origine corticale a permis d’établir la topographie des centres moteurs à la surface du cerveau. Les mieux connus sont : 1° le centre moteur de la tète et de lu face qui siège dans le pied de la circonvolution frontale ascendante ou Fa (F, fig. 196); — 2° centre moteur des membres supérieurs que l’on a placé dans la partie moyenne de Fa (MS, fig. 196) ; — 3° le centre moteur des membres inférieurs qui siège dans le tiers supérieur de Fa et de P» , et le lobule paracentral (MI, fig. 196).
Les lésions du centre ovule et de la capsule interne , nous l'avons vu, confirment absolument les données précédentes. C’est ainsi qu'alors que des lésions destructives (ramollissements, foyers hémorrhagiques, abcès, etc,) siégeant dans les faisceaux préfrontaux, occipitaux ou temporaux, ne donnent lieu par elles-mêmes à aucun trouble persistant de la motilité volontaire, les altérations des faisceaux fronto-pariétaux du centre ovale, correspondant à la zone corticale psycho-motrice, déterminent des paralysies persistantes du côté opposé du corps. De même aussi, les lésions destructives du tiers antérieur de la capsule interne (portion préfrontale de la capsule) n’altèrent ni la sensibilité ni la motricité; celles du tiers moyen (portion fronto-pariétale ou rolandique de la capsule) provoquent des paralysies motrices durables suivies de dégénérescence descendante et secondaire et de contracture ; enfin, les lésions du tiers postérieur de la capsule (portion temporo-occipitale de la capsule) provoquent des paralysies sensitivo-sensorielles. Il y a donc dans le cerveau trois zones: 1° une zone corticale antérieure ou pré rolandique, inexcitable et dont les lésions ne donnent lieu à aucun trouble, soit du mouvement soit de la sensibilité (zone latente) ; 2° une zone corticale moyenne ou rolandique, zone motrice, cerveau moteur, dont la lésion détermine de l’hémiplégie ; 3° une zone postérieure ou occipitale dont les lésions ne donnent lieu qu’à certains phénomènes du côté de la vision, à aucun du côté du mouvement ou de la sensibilité (nouvelle zone latente) (1).
Les lésions qui entraînent la paralysie de la partie inférieure de la face et de la langue déterminant en même temps des troubles moteurs du larynx et du pharynx, une paralysie labio-glosso-laryngée d’origine cérébrale (R. Lkpine, Charcot, Hall, Rosenthal, Féré, Bf.rmiart, etc.), on en a conclu que les pieds de F3 et Fa étaient unis aux noyaux bulbaires des nerfs masticateur, facial, spinal et hypoglosse par des fibres,
(1) Il y a à la surface du cerveau des zones latentes ou silencieuses dont la destruction ou l’excitation ne donne lieu à aucun accident du côté de la motricité. L’exemple le plus typique que l’on puisse fournir à cet égard et qui suffirait à lui seul pour démontrer la réalité de cette zone latente, c’est le fait légendaire de ce carrier américain qui, ayant eu le crâne complètement traversé dans la région frontale par une grosse tige de fer, ne donna point le moindre signe d’un accident moteur quelconque.
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qui sont les fibres cérébrales de ces nerfs. — Landouzy, de son côté (Thèse de Paris, 1876, et Thèse d’Augé, 1878), a très bien montré la nécessité d admettre une origine cérébrale pour une partie du nerf facial, puisqu’il est de connaissance classique que des lésions cérébrales peuvent donner
Fig. 198. — Schème destiné à montrer les origines, les rapports, les connexions et la direction des fibres entrant dans la constitution du nerf facial (Landouzy).
A, A, faisceaux pyramidaux croisés de la moelle ; H, H, facial cérébral (rouge) ; P, trajet pédonculaire du facial ; B, portion bulbo-protubérantielle du facial ; F, émergence du facial de la fossette sus-olivaire du bulbe (torsade rouge et bleue), le cordon rouge représente le facial cérébral, le cordon bleu le facial bulbaire émanant des deux noyaux bulbaires (en noir) ; M, portion intracrânienne du facial ; T, portion intrapierreuse ; M, séparation de la branche supérieure S (cordon bleu) fournissant les rameaux temporo-orbiculo-faciaux du facial de la branche inférieure I (cordon rouge) qui donne les filets cervico-faciaux ; c, centre cortical (tiers inférieur des circonvolutions frontale et pariétale ascendante) du facial.
lieu à une paralysie de la moitié inférieure de la face du côté opposé. Or, des observations de glossoplégie d’origine corticale de Raymond et Artaud ( Arch . de Neurologie, 1884), et de celles de paralysie pseudo-bulbaire labio-glosso-laryngée de R. Lépine (Rev. mens, de mèd. et de chir., 1877),
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il résulte que les fibres de l’hypoglosse, du facial inférieur et de la branche motrice du trijumeau, proviennent du faisceau frontal inférieur de Pitres dans le centre ovale et du pied de F2 dans l’écorce, tandis que les conducteurs de la parole, nous l’avons vu, siègent dans le faisceau pédiculo-frontal inférieur et le pied de F3. D’autre part, des recherches expérimentales de Masini, Krause, Semon et Horsley, mais surtout des observations pathologiques de Rebillard, J. Garel et Dor, il résulte que dans le pied de F3
encore, doit être localisé le centre cortical moteur du larynx. (Voy. Garel
et Dor, Ann. des maladies de l'oreille, 1890). Les fibres de ce centre passent par le genou de la capsule interne, et leurs destructions, comme la destruction du centre lui-même, donne lieu à la paralysie de la corde
vocale du côté opposé.
Quand la paralysie est d'origine cérébrale, la paralysie est croisée et incomplète. Quand elle est d 'origine périphérique, elle est complète et directe; quand elle est d’origine prolubéranticlle, la paralysie faciale est directe et complète et le plus souvent alterne (Landouzy).
11 y a encore d’autres centres moteurs dans l’écorce. C’est ainsi que
Landouzy a localisé un centre rotateur cérébral des yeux (déviation conjuguée des yeux, 6e paire) et de la tète (rotation de la tête, 11e paire) dans le pied de la circonvolution pariétale inférieure (P2).
bans la déviation conjuguée d’origine cérébrale, le malade regarde l’hémisphère qui porte la lésion (Prévost et Vulpian); dans la même déviation d'origine protubérantielle, il n'y a pas de règle.
Mais Landouzy, ayant observé 10 fois sur 33, une exception à la loi de Prévost et Vulpian, admet que dans les cas conformes à la loi de Prévost, il y a excitation du centre rotateur cortical du côté de la lésion, tandis que dans le cas contraire, il y aurait paralysie de ce centre, et alors la rotation se ferait en sens inverse par l’action antagoniste du sens de l’autre côté.
Ce centre rotateur siège à l’origine du lobule pariétal inférieur, girus supramarginal, et c’est le moteur oculaire externe qui serait l’agent de la déviation conjuguée des yeux par sa double action sur le droit externe du même côté, et du droit interne du côté opposé.
Avec Grasset et Landouzy, on peut dire que dans les altérations d’un hémisphère, quand il y a déviation conjuguée, le malade regarde ses membres convulsés s’il y a excitation, et regarde sa lésion s’il y a paralysie.
C. Wernicke a établi, d’après 43 observations ( Arch . f. Psych., XX, 1, 1890), que tout lésion en foyer du pli courbe s’accompagne toujours, au moins passagèrement de déviation conjuguée des yeux, et que toute lésion bilatérale de cette région se traduit par une ophtalmoplégie totale.
Mais à côté des troubles moteurs déterminés par la destruction des centres psycho moteurs corticaux, on trouve aussi des troubles sensitifs qui avaient échappé aux premiers observateurs. Le membre dont le centre moteur a été détruit est inhabile, maladroit, ataxique, ce qui prouve que le sujet n'a plus une conscience nette de la position de son membre dans l'espace ni de la contraction de ses muscles. Munk en a conclu que les centres psycho-moteurs sont également des organes de sensibilité pour le
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tact et le sens musculaire, et Schiff et après lui Munk, Goltz, Luciani, etc., sont partis de là pour supposer que les troubles moteurs observés en pareille circonstance s’expliqueraient par cette seule perte de sensibilité tactile et musculaire, comme à la suite d'une section des racines postérieures des nerfs rachidiens.
De fait, des observations de Tripier (1880) et Pétrina (1881), Nothnagel, Munk, etc., il résulte que dans les lésions corticales, il existe toujours des altérations de la sensibilité en même temps que la paralysie motrice. De même Exner (1881), analysant 167 observations de lésions corticales, et remarquant qu'il y avait eu dans tous les cas de troubles delà sensibilité tactile des lésions de la zone motrice du cerveau, conclut que les zones corticales sensitives des dillérentes parties du corps correspondent en général à leurs zones corticales motrices, et la même opinion a été soutenue par Luciani et Seppili, Starr, Dana, Lisso, etc. — Golgi (1882), dans un ordre d’idées analogues, conclut aussi que la spécificité de la fonction des différentes zones cérébrales serait déterminée par la spécificité de l’organe auquel périphériquement les libres nerveuses vont aboutir et non par une spécificité d’organisation anatomique de ces zones; car, dit-il, les grandes cellules pyramidales ou cellules géantes de Betz ne sont pas spéciales à la zone motrice, contrairement. à ce qu’ont dit Betz, Merzejewski, Beyan Levis, Obersteiner.
Cependant Goltz, chez le chien, Bechterew chez le chat, Ferrier, Horsley et Schoefer chez le singe, croient que la destruction de la zone motrice de l’écorce n’altère en rien la sensibilité du côté opposé. Ferrier objecte de plus que sur les observations cliniques sur lesquelles on s’est appuyé pour aboutira celte conclusion, 110 cas de lésion générale de la zone rolandique produisant l’hémiplégie ont donné 52 fois la sensibililé intacte et dans 37 cas la sensibilité n’a pas été mentionnée. Dans 284 cas atteignant la zone rolandique, on voit de même que dans 100, l’état de la sensibilité n’est, pas indiquée, que dans 121 elle était intacte et que dans 63 son altération était mentionnée (Ferrier).
Ceci m’amène à dire que la doctrine des localisations cérébrales n’a pas été sans rencontrer des contradicteurs. Flourens, Goltz, Fiuedlander, Brown-Séquaru, etc., ont contesté ses résultats. Selon Brown-Séquard, les facultés cérébrales sont disséminées dans toute l’étendue du cerveau et non pas localisées dans certaines régions, et à l’appui, l’illustre physiologiste cite des cas de désorganisation étendue des hémisphères sans troubles apparents de l'intelligence. Pour lui les réactions motrices cortico-cérébrales proviennent d’effets positifs, se produisant à distance sur des organes moteurs ; et les paralysies d’effets suspensifs ou inhibitoires se produisant également à distance par une action irritative suite de destruction ou autre, et non pas par la suppression de fonctions organiques.
D’autres estiment que la substance grise corticale n’est pas par elle-même excitable (Longet, Vulpian, efc.), mais que ce sont les fibres blanches sous-jacentes qui sont excitées par le courant faradique dans les expériences de vivisection (1). Mais, ramenée à cette formule, la doctrine n’est pas renversée. En effet, les fibres nerveuses ne prennentelles pas leur origine dans la substance grise corticale? D’autre part, François Franck et Pitres n’ont-ils pas démontré que l’excitation des fibres blanches et celle de l’écorce grise présentent des caractères si distinctifs qu’on ne peut pas les confondre?
L’irritation de la substance blanche ne produit pas d'accès convulsifs épileptiformes auxquels donne lieu l’excitation de la substance grise corticale ; le temps perdu (période
(1) Il est en effet remarquable que cet organe si exquisément sensible qui s’appelle le cerveau est insensible à nos violences extérieures. On peut ouvrir le crâne et abraser une lamelle de l’écorce du cerveau d’un coup de scalpel sans que l’animal donne le moindre signe de douleur ou d’émotion. Les hémisphères cérébraux sont donc insensibles aux excitations doulourexbses directes. Mais quand on enlève l’écorce, l’excitabilité des fibres de la couronne rayonnante s’éteint complètement au bout du quatrième jour, comme celle d’un nerf périphérique séparé de son centre trophique (Albertoni, Dupuy, Franck et Pitres).
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de l'excitation latente) est plus considérable pour les fibres blanches sous-jacentes que pour le manteau. Si au lieu d’exciter la zone motrice avec des courants faibles, ce qui donne une contraction brusque des muscles comme la contraction normale, on l’excite avec un courant fort ou par une succession rapide d’excitations faibles, on produit un véritable tétanos musculaire, et si l’excitation est assez forte, d’abord un monospasme, puis l’épilepsie hémiplégique, et enfin une véritable attaque epilepti forme généralisée.
Or, Hughlings Jackson n’a-t-il pas fait voir il y a longtemps déjà qu’une irritation corticale aiguë ou chronique delà région motrice du cerveau (méningites, tumeurs, plaies avec corps étrangers, etc.) peut amener chez l’homme une épilepsie corticale analogue (épilepsie jacksonnienne) ? Et IIorsley et d'autres n’ont-ils pas vu cette épilepsie disparaître dans certains cas par l’ablation du centre cortical correspondant ? Bref, tout semble faire croire qu’il y a bien à la surface du cerveau des centres de motricité.
Cependant, dit-on, enlevez le centre des mouvements du membre antérieur chez le chien, il survient de la paralysie des mouvements volontaires de ce membre, c’est vrai, mais cette paralysie n'est que transitoire (1). Dès lors, ou bien votre ablation a compromis l'action des faisceaux blancs sous-jacents dans lesquels se localisent certains actes moteurs, ou bien vous avez réellement détruit un centre moteur dont le fonctionnement s’est trouvé suppléé par le centre similaire du côté opposé par suppléance. Mais cette dernière interprétation ne serait pas admissible et voici pourquoi : si après la guérison de la paralysie ci-dessus produite par ablation du centre cortical du côté droit, ou enlève le centre similaire du côté gauche, la paralysie se produit à nouveau, mais elle guérit aussi après un temps assez court. Si alors les mouvements reparaissent malgré l’ablation bilatérale de leurs prétendus centres corticaux, c’est donc que ces centres n’existent pas.
On arrive ainsi, en définitive, à nier les localisations motrices dans l’écorce, mais non pas les centres du langage qui sont la localisation d’une faculté intellectuelle complexe de centres qui sont le siège de diverses mémoires. Et l’on ajoute, les mouvements de la face, des membres, ont pour origine des phénomènes psychiques, complexes ayant eux-mêmes leur point de départ dans les impressions périphériques, les sources de ces mouvements doivent donc être multiples, et si leurs conducteurs se groupent dans la capsule interne, lieu où passent tous les fils conducteurs, on ne voit pas à priori pourquoi ils auraient pour origine des centres moteurs corticaux distincts (Mathias-Duval).
A la suite de l’extirpation des deux hémisphères du cerveau chez un chien, à sept mois de distance l’une de l’autre, Goltz (1890) n'ayant observé ni paralysie motrice, ni anesthésie; et de plus ayant constaté, que bien que ce chien fût incapable de se nourrir par lui-même, il avait néanmoins conservé les moyens de traduire la joie et la douleur avec les accents spéciaux en pareil cas, conclut que les hémisphères cérébraux ne contiennent pas de centres moteurs et sensitifs tels que leur perte entraîne la paralysie motrice et sensitive. Mais outre que Vitzou (1892) a contesté une partie des résultats desexpériences de Goltz, on peut objecter à ce physiologiste que la conservation du mésocé phale et du cervelet, suffit pour expliquer la persistance des phénomènes coordonnés de motricité, et que la conservation d’une certaine conscience n’est pas non plus étonnante avec cette conservation (les actes réflexes coordonnés, certains actes instinctifs sont conservés après l’ablation des hémisphères cérébraux). *
L’expérience de Goltz ne prouve donc point qu’il n’y a point de centres fonctionnels distincts dans l’écorce cérébrale, et non plus, loin de là, qu’après l’ablation des hémisphères les actes intentionnels sont conservés (2).
(1) Même chez le chien cependant, la restitution fonctionnelle n'est jamais complète (Goltz, Lüciani).
(2) Goltz a montré que chez le chien c’est surtout les mouvements intentionnels qu disparaissent après l’ablation de leurs centres corticaux. L’animal peut encore marcher de la patte paralysée par exemple, mais il se sert mal de cette patte et chose constante, il n’appuie plus avec la face palmaire mais avec la face dorsale de cette patte. S'il sait « donner la patte », l’animal ne donnera plus celle du côté opposé à la lésion cérébrale . il ne s’en servira plus davantage pour ronger un os ou faire tout autre exercice habituel.
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Bref, quoi qu il en soit, dans 483 cas de maladies corticales et souscorticales rassemblés par Envens, il y a 110 hémiplégies du côté opposé par lésion générale de la zone rolandique, et 90 cas de monoplégie par lésion limitée de cette zone. — Fermer raconte de son côté qu’il a noté en plus 20 cas d atrophie de l’écorce de la région rolandique en relation avec une hémiplégie congénitale ou infantile ou par absence ou amputation très ancienne d’un membre (Voy. Arch. de Neurologie, 1892).
Tout cela semble prouver qu’il y a bien des centres moteurs distincts dans l’écorce cérébrale. J’ajoute enlin que Brown-Séquard, plus tard I’itres, Friedlander, etc., ont montré que les lésions qui produisent l’hémiplégie du côté opposé, produisent cependant aussi en même temps une diminution dans l’énergie des mouvements des membres du même côté.
Mais quelle est la valeur physiologique réelle des centres psycho-moteurs? Sans entrer dans les nombreuses théories que l’on a dressées à ce sujet (théorie sensitivo-motriee ou réflexe, théorie sensorio-motrice, théorie idéomotrice, théorie de la mémoire motrice, etc.), je dirai seulement que si l’on veut accorder aux centres dits psycho-moteurs la valeur de foyers distincts et autonomes des mouvements volontaires, de tels centres n’existent pas. Non, sous le nom de centre cortico-moteur (1) on doit entendre, il est vrai, un foyer organique distinct pour chaque groupe musculaire auquel il corres-
(1) Pour Charcot les centres moteurs seraient des centres de représentations motrices, des centres idéo-moteurs ; or, comme l’image motrice précède toujours l'accomplissement d’un mouvement volontaire et se trouve nécessaire pour l’exécution de ce mouvement, le centre idéo-moteur étant détruit, l’image motrice est perdue et la paralysie survient fatalement. François Franck y voit surtout des centres d’associations volontaires des divers mouvements, déterminant ceux-ci de la même manière que se produisent les mouvements réflexes: ils sont moteurs parce qu’ils commandent par une action mentale, à des appareils moteurs. Enfin, selon Brown-Séquard, qui reste un ardent et toujours jeune opposant à la doctrine des localisations cérébrales, la lésion nerveuse produit la symptomatologie que l’on connaît, pas à cause de la destruction d’un organe auquel étaient dévolues certaines fonctions spéciales, mais en raison de l’irritation de certaines parties qui ne sont pas détruites, mais qui entourent plus ou moins celles qui l’ont été. Cette irritation, partant d’un point, s’irradie dans d’autres parties et arrête leur action, de la même façon que la galvanisation du nerf vague arrête l’activité des cellules nerveuses qui animent le cœur.
Cette théorie du phénomène d’arrêt ou inhibitoire, toute séduisante qu’elle est, et réelle en physiologie, ne saurait ici cependant expliquer les paralysies durables, grand caractère des hémiplégies dans l’espèce humaine et, jusqu’à preuve du contraire, nous admettrons qu’il y a dans l’écorce cérébrale des régions spécialisées, tout en acceptant qu’il y a des relations très intimes entre les divers centres fonctionnels. Ces faits sont du reste en parfait accord avec la grande loi de la division du travail physiologique, corollaire ellemême de la loi de la différenciation organique. La variabilité et l’adaptation à des conditions nouvelles d’existence appellent fatalement des modifications progressives de ce genre, ceci aussi bien en biologie qu’en sociologie.
Ce qui semble prouver qu’il en est bien ainsi, c’est que l’étendue des zones excitables du cerveau diminue à mesure que l'on descend la série des Vertébrés.
Selon Ferrier, James, Bastian, les lésions corticales de la zone motrice causant une paralysie complète, peuvent se produire sans aucun trouble du sens musculaire, sans aucune paralysie. Le sens du mouvement, son étendue, sa direction, dépendent d'impressions centripètes produites par le mouvement lui-même et non pas par un courant centrifuge, naissant des centres moteurs, contrairement à l’avis de Bain, Wundt et Hughlings Jackson (Ferrier). La destruction des centres moteurs paralyse la puissançe d'exécution, mais non pas la conception idéale du mouvement lui-même, ce qui prouve que les deux centres sont distincts, car il n'est pas rare qu’un hémiplégique s’aperçoive de sa paralysie par l’impossibilité d’effectuer le mouvement qu'il a conçu.
Les centres moteurs de la moelle sont le résultat des combinaisons musculaires synergiques purement réflexes, tandis que ceux de l’écorce sont le résultat des combinaisons volontaires. L’idée d’un mouvement n’est, que le réveil dans les centres sensitifs correspondants d’impressions variées qui ont été associées avec ce mouvement particulier. Dans cet accomplissement, la vue peut remplacer en partie le sens musculaire.
TOPOGRAPHIE CRANIO-CÉRÉBRALE
pond et qu’il met en jeu, mais ce foyer est essentiellement constitué par l'union étroite et solidaire, organique et fonctionnelle des éléments d’élaboration psychique (cellules de l’écorce) et de ceux de transmission motrice (libres blanches).
Dans la lésion d'un hémisphère (hémorrhagie cérébrale), si les membres et la face sont paralysés, le malade regarde du côté opposé à sa paralysie : il regarde sa lésion ; — • si, au contraire, la face et les membres sont en contracture, le malade regarde ses membres contracturés. Quand l'altération siège dans le mésocéphale, la rotation de la tête se fait en sens opposé. — Le sujet « fume la pipe » du côté paralysé. Une hémorrhagie dans la région opto-striée conduit à l’hémiplégie, mais en même temps il y a coma, donc le cerveau est atteint dans sa totalité; le cœur se ralentit, la respiration s’embarrasse, donc le bulbe est affecté; la résolution des membres est complète, il y a une suppression temporaire des réflexes médullaires eux-mêmes, donc la moelle est frappée. Ce retentissement de la lésion limitée au corps opto-strié à quoi est-il dû ? Probablement au shok, l'étonnement cérébral de Trousseau, l’inhibition de Brown-Séquaru.
15. — Rapports généraux de l’encéphale. — Topographie cranio-céhébrale.
Aujourd’hui qu’on nu discute plus guère sur les localisations cérébrales, et que la chirurgie contemporaine, d’autant plus audacieuse qu’elle se sent forte de l’innocuité de ses interventions, il importe que le chirurgien connaisse très exactement les rapports de l’encéphale avec les parois de la boîte crânienne pour arriver sûrement, le cas échéant, sur n’importe quel point du cerveau. J. Lucas-Championnière, Landzert, Hefftler, S. Mûller, W. Anderson et G. Marins, P. Poirier, Dana, R. Le Fort, Stieda, Zernofe, se sont efforcés de fournir à ce sujet des règles fixes aux chirurgiens.
La tente du cervelet divise la boîte crânienne en deux loges : une loge cérébrale , une loge cérébelleuse. Le cerveau occupe la première, le cervelet la seconde. La loge cérébrale est partagée elle-même en deux compartiments latéraux par la faux du cerveau. Dans chacun de ces compartiments vient se loger l’un des deux hémisphères cérébraux, dont la face inférieure repose sur la base du crâne et la tente du cervelet, les faces latérales se mettant en rapport, l’externe, avec la voûte du crâne, l’interne, avec la faux du cerveau.
Sur le plancher du crâne, nous trouvons trois excavations échelonnées d’avant en arrière- La première, en commençant par l’extrémité antérieure du crâne, c’est la fosse cérébrale antérieure ou frontale ; la suivante porte le nom de fosse cérébrale moyenne ou temporo-sphénoïdale ; la dernière est la fosse cérébrale postérieure, occipitale ou cérébelleuse. Dans la fosseantérieure se loge le lobe frontal dont la face inférieure repose sur les bosses orbitaires. Comme ces bosses ont une paroi très mince, il s'ensuit que le lobe frontal est très accessible aux traumatismes qui frappent l’orbite. Dans la fosse cérébrale moyenne reposent les lobes temporaux qui viennent ainsi affecter des relations assez étroites avec la cavité glénoïde et la paroi supérieure de la caisse du tympan. Ce voisinage explique qu’un violent traumatisme de la mâchoire inférieure ait pu faire pénétrer
TOPOGRAPHIE CRANIO CÉRÉBRALE
le condyle du maxillaire dans le lobe temporal, cl que maintes fois une «dite moyenne supputée s’est compliquée (par propagation) d’abcès du lobe temporal du cerveau.
Inioji
Zzujibcïa
Glabelle
Fig. 199. — Rapports qu’ailecle la surface du cerveau avec les parois du crâne (le cerveau est sensé vu par transparence à travers les parois crâniennes).
c, e, suture coronale ; E, E, suture écailleuse ; 1. I, suture lambdoïde ; v, suture fronto- sphénoïdale ; v’, suture temporo-sphénoïdale ; P, ptérion ; T, T’, lignes courbes fronto-pariétales ; x, stéphanion ; a, astérion ; S, S, scissure de Sylvius, avec S', sa branche antérieure ; R, R, scissure de Rolando : PO, scissure occipitale; I, I, sillon interpaviétal ; Fa, circonvolution frontale ascendante; Pa, cire, pariétale ascendante ; Ft, F2, F3, première, deuxième et troisième cire, frontale ; PS, cire, pariétale supérieure ; Pi, lobule du pli courbe; Pc, pli courbe ; Tl, T2, T3, première, deuxième et troisième cire, temporale; Ol, 02, 0:3, première, deuxième et troisième cire, occipitale.
Par sa face externe, le cerveau répond aux parois latérales du crâne cérébral. — Chez l’adulte, la scissure de Bolando (R, R, iig. 199) est placée en arrière de la suture coronale ; elle ne lui est point parallèle. Son extrémité supérieure est de 4o à HO mill. en arrière de cette suture, son extrémité inférieure de 20 à 30. — La scissure de Sylvius (S, S, Iig. 199), à partir de sa branche antérieure, longe dans l’étendue de 3 à 4 centimètres la suture écailleuse. La scissure pariétooccipitale (PO, tig. 199) répond à peu près à la suture lambdoïde, La pointe du lobe temporal siège à 15 mill. environ de l’apophyse orbitaire externe et. à 20 mill. au-dessus de l’arcade zygomatique. Or, si nous savons que le
TOPOGRAPHIE CRANIOCF.RËBRALE
lambda est placé aux 21/100° de l'arc naso-iniaque, et l'extrémité de la scissure de Holando aux 53/100° du même arc, il nous devient facile de déterminer sur la tète les points qui correspondent aux différents centres de l’écorce du cerveau.
Les points de repère, toujours faciles à sentir ou à trouver, sont : le nasion, l 'inion, le lambda de 65 à 70 mill. au-dessus de Union, V apophyse orbitaire externe, le milieu de l’arcade zygomatique, V aster-ion. En réunissant ces points, préalablement reconnus, par des lignes, on obtient du même coup un tracé sur la tête du sujet vivant qui permet de découvrir tel point de l’écorce qu’on se propose.
Sur l’arc naso-iniaque se trouve l’extrémité supérieure de la scissure de Holando, point rolandique supérieur, et. le lobule paracentral (centre moteur volontaire des membres inférieurs) aux 53/100' de l’arc (à partir du nasion). Pour la déterminer plus simplement encore, prenez la moitié de la distance naso-iniaque et ajoutez 2 centimètres, à partir du nasion. Cette longueur varie, selon les sujets, de 16 à 19 cent. Si vous joigniez maintenant le point rolandique supérieur au milieu de l’arcade zygomatique vous obtenez la ligne que j’ai appelée ligne rolando-zygomatique, qui vous donne la direction générale de la scissure de Holando (HZ, lig. 200).
Joignez-vous l'apophyse orbitaire externe au lambda, vous obtenez une deuxième ligne, dite ligne orbito-lambdoïdienne (CL, tig. 200) qui vous donne, à partir de ses premiers 25 à 28 mill., le trajet de la scissure de Sylvius.
Tirez-vous encore une ligue entre le point rolandique supérieur et l’astérion, vous obtenez une troisième ligne, la ligne astério-rolandique (Ha, lig. 200) qui passe par le milieu des deux circonvolutions pariétales. — Enfin, réunissez-vous le lambda à l’astérion, vous obtenez la ligne astéro-lambdoïdienne qui vous donne avec suffisamment d’exactitude le trajet de la scissure perpendiculaire externe (la’ lig. 200).
Ces simples lignes une fois tracées vous permettront toujours de décou vrir les centres psycho-moteurs et sensoriels de l’écorce. Lne couronne de trépan, portée sur le point rolandique supérieur découvre le centre des mouvements volontaires des membres inférieurs (MI, lig. 196); une autre portée sur le point rolandique inférieur situé à 10 ou 15 mill. au-dessus de l’intersection des lignes rolandique et orbito-lambdoïdienne, vous conduit sur le centre moteur de la face, de la langue et du larynx (F, II, tig. 196) une troisième appliquée sur le milieu de la ligne rolandique et à 2 cent, en avant, vous amène sur le centre de l’agraphie (AC, lig. 196). Trépanez vous sur la ligne orbito-lambdoïdienne, à 4 cent, en arrière de l’apophyse orbitaire externe, vous découvrez le pied de la circonvolution de Hroca, c'està-dire le centre de l’aphasie motrice (A, lig. 196). — Portez-vous la craniectomie en arrière de l’intersection des lignes rolandique et orbito-lambdoïdienne, vous découvrez le pied de 'la circonvolution pariétale inférieure (P2) où siège le centre de la vision binoculaire (hémianopsie). Ouvrez-vous le crâne, au contraire, au-dessous de l’intersection des lignes rolandique et orbito-lambdoïdienne, vous tombez sur le centre de la première circonvolution temporale (T*), siège du rentre de. la surdité verbale (SV, lig. 196). Ce point siège à peu [très à 3 centimètres au-dessus du méat auditif. Si vous