INTRODUCTION. XVII
volonté ; le mal n'est qu'une négation ; il est donc absurde d'en chercher la cause dans l'action d'un premier principe mauvais, comme faisaient Zoroastre etManès, dont Bayle essaye de réhabiliter la doctrine. Il n'y a de positif que le bien ; il suffit donc, pour tout expliquer, d'admetke un principe, une cause première du bien; tout ce qui est bon s'explique par lui, tout ce qui est mauvais dans la créature s'explique par cela seul qu'elle n'est pas Dieu.
Il n'en reste pas moins vrai que Dieu, en créant des êtres imparikits, rendait le mal possible. Mais Dieu eût-il mieux fait de ne rien créer, pour éviter cette possibilité du mal, et de supprimer parla en même temps la possibilité du bien? Un état de choses où le bien eût été impossible aurait-il été meilleur? Le monde est donc meilleur que ne serait sa nonexistence; il y a plus, le monde, malgré le mal qu'il renferme, est le meilleur possible ^ car sa loi est le progrès, l'amélioration; et ce qui se perfectionne indéfiniment est l'image la plus ressemblante qu'une chose finie puisse Qttnr de la perfection infinie. II. reste sans doute encore bien des mystères dans la question du mal; mais cependant la raison nous permet d!en entrevoir les solutions, et d'ailleurs, ajoute Leibniz, il est bon « que cet ordre de la cité divine, « que nous ne voyons pas encore ici-bas, soit un objet de « notre foi, de notre espérance et de notre confiance en « Dieu. S'il y en a qui en jugent autrement, tant pis pour « eux; ce sont des mécontents dans l'État du plus grand « et du meilleur monarque; et ils ont tort de*ne pas pro- ^ fiter des échantillons qu'il nous a donnés de sa sagesse « et de sa bonté infinies, pour sefkire connaître, non seule- « ment admirable, mais encore aimable au delà de toutes < choses. » (Théodicée, § 134.)
Analyse de la Honadologie.
!« Nature des monades. — La monade est une substance simple, une force, sans étendue. Tous les êtres sont des monades ou sont composés de monades : en effet les es-
xvni imnoûocnoN.
prits sont des forces unes et indirisibles; potir les cofps, ce sont des agrégats d*éléments Simples, dont là pluralité constitue retendue; la monade est le vèritaWe aiome. C'est donc la fbrce qui est Y essence de la matièfe; Téten- f
due n'est qu'un accident, résultant de la réunion et de j
l'action commune dé farces, (1-5).
2<> Indestructibilité des monades. — Puisque les monades sont indivisibles, elles ne peuvent naître ni périr naturellement; car, d'après les lois naturelles, la naissance des corps est une adjonction de parties, leur mort est une sèpa- \
ration des éléments; il n'y a donc que les composés qui naissent et meurent naturellement; l'élément simple, la monade n'a pu naître que par création; elle ne pourrait ■périr que par miracle. (6.)
3° Activité purement interne des monades, — Étant sans parties, les monades ne peuvent épJtK)uver aucune altération par l'effet d'un choc extérieur; car une telle altération serait une déformation, et par conséquent une transposition de parties, ce qui est contradictoire. Elles ne reçoivent donc aucune impulsion, aucune action de l'extérieur; c'est ce que Leibniz exprime en disant que « les « monades n'ont point de fenêtres par où quelque chose y « puisse entrer 6u sortir. » (7.)
4» Perceptions multiples des monades, — Il ne s'ensuit pas que les monades soient incapables de changement ( car rien de créé n'est immuable); mais les changements qui se font en elles viennent d'un; principe interne. De plus, ces changements, n'étant pas des ohangements dé grandeur ou de figure, ne sont que des modifications de qualités. Or, pour qu'une monade chiukge continuellement de qualités, il faut qu'elle soit susceptible de perdre et de |
recevoir une infinité de qualités, de modes distincts. Donc la monade, quoiqu'elle soit une en quantité, possède ou peut posséder une infinité d'affections. (8-12.)
Chacun des modes, chaque manière dont une monade est affectée correspond à la manière d'être des autres monades. Ainsi notre âme, monade c(»isciente, est affectée, dans le tkit de la perception, d'une foule d'impressions; elle se fait une foule de représentations dont chacune cor-
IMTIKÔDOGTIOK. XIK
respond à chaque partie de Fobjet perça. Ce qui se passe dans mon âme, avec consdenoe, se passe, sans conscience, dans les monades inintelligentes, dans l&sfbrces dont la réunion compose les corps; dans chacune d'elles se font des représentations de toutes les autres : c'est^-dire que les changements de la monade A sont les signes de tous les changements qui se font dans les monades B, C, D, E, etc. Tel est le sens de la pensée de Leibniz quand il dit que toute monade a de& percutions, et même une infinité de perceptions, La perception n'est autre chose que la représentation du mtUtiple dans la substance simple, La tendance naturelle qtd pousse chaque monade k passer d'une perception À une autre est Yappétition. (13-15.)
Si Leibniz assimile ainsi les modifications des monades aux perceptions et aux tendances des âmes, c*ést que toute monade, étant simple, participe à la nature des esprits. Sans doute les monades dont l'assemblage compose les corps sont inférieures jmzt leurs qualités à Tâme humaine (car elles sont inconscientes) ; mais, comme les âmes, elles sont incapables d'être modifiées mécaniquement (par impulsion, compression, transposition de parties); donc elles n'éprouvent que des modifications analogues aux représentations intellectuelles. Ck)mm6 les esprits, c'est en vertu de leur force propre, non sous l'influence d'un choc, qu'elles manifestent leur activité; ce ne sont pas comme les pièces d'un mécanisme, qui sont mues les unes par les autres; chacune d'elles est un petit monde; chacune se suffit à elle-même ; c'est un tout achevé (bntktitxa), S*il nous semble étonnant que des forces inconscientes éprouvent des états analogues â nos pâ*cep1i(His, souvenons-nous que nous avons souvent des perceptions vagues et presque inconscientes (conome dans la déikillance, l'étourdissement ) ; notre état se rapproche alors de celui de la monade inl^ rieure. (16-24.)
5<* Monades sensitives ou âmes des bêtes. — Dieu a voulu créer tous les degrés de perfection : au-dessus de la monade inconsciente, il a fait l'âme des bêtes. L'animal a conscience de ses sensations parce qu'elles sont plus vives, < plus relevées» que les perceptions des monades in^