INTRODUCTION. XXI
fection réelle vient de Lui. U possède même toute perfeotùm possible : car une perfection qui lui manquerait ne pourrait exister ni en aucun temps ni en aucun lieu; elle serait le néant, Timpossible, absolu. Ce que Dieu ne possède pas n'est rien et ne saurait être. Ainsi, non seulement toute réalité, mais ionia possibilité vient de Dieu : or il est nécessaire, il èt^it nécessaire de toute éternité qu'il y eût quelque chose de possible; donc Celui qui fait \SL possibilité des choses existe nécessairement. On peut définir Dieu Celui dont l'eccistence est nécessaire pour qu'il y ait du possible ; c'est pourquoi il est rigoureux de dire que la possibilité simple implique son existence réelle.
S^ Dieu distinct du monde. — Mais comment Dieu fidt-il la possibilité des choses? En les piensant;- c'est ainsi que l'artiste, en concevant idéalement son œuvre, la rend possible. Ainsi Dieu, en tant que puissance, est à la fois le principe de toute possibilité et de toute réalité. Mais c'est spécialement en tant qu'intelligence qu'il produit les possibilités, et en tant que volonté>qu'il appelle les possibles à l'être, en vue du bien. Toutefois ces possibles, ces créatures contingentes que Dieu appelle à l'être- ne sauraient avoir la perfection de leur Créateur; elles, en sont donc essentiellement distinctes; eUes tiennent de Lui tout ce.qu'elles ont de perfection; et quant' à leur imperitection,' elles' la tiennent du néant d'où elles sont tirées (39-48.)
9** Harmonie préétablie. — Participant à la fois de la perfection et de l'imperfection, les forces créées, les monades, sont à la fois actives et passives. Toutefois, la passivité n'est qu'une activité moindre. Une monade est dite active quand elle perçoit avec conscience, passive quand ses perceptions sont confuses. Mais en disant que les monades agissent, il ne faut pas entendre par là qu'elles modifient directement l'état des autres monades (on a vu plus haut qu'elles n'ont aucune influence les unes sur les autres); ce n'est que par l'intervention de Dieu que l'action de l'une a son contre-coup sur les autres. Soitla monade A; Dieu, qui a tout réglé, modifie la monade B de manière à ce que son état corresponde à celui de la monade A; l'état actuel de A, les différents ^états par où passera la monade A, sont donc
xxn Introduction.
la raison d^étre d$6 t^iAtigeménts qfiis^accompliraat en B ; tout se passera donc comme si A ag^issait sur B, et en ce gens on pent dire» en employant le langage commun, que A agit sur B. Mais réciproquement^ B agit sur A, car Vharmonû que Dieu a préétablie est mutuelle; si Dieu accommode tous les états, tous les mouvexnents des mo^ nades qui constituent mon corjNS à Tétat de mon âme, réciproquement, Dieu a prédéterminé les perceptions de mon âme, de telle &Qon qu'elles cofrespcmdent exactement aux états de mon corps. (49-62.)
lO^» Chaque monade représente tout l'univers, — Une telle harmonie manifeste déjà d'une manière éclatante la sagesse et la toute-puissa^ee de Dieu. Mais voici le comble de la merreiUe. La monade A ne représente pas seulement ce qui se passe en B, mais oequi se passe en C (car Tétat de B représente celui de la moni^ G); à. son tour, rétat de G représep.^ Tétat. de lamonadeD ; celle-ci représente rétat de la monade E» et ainsi jusqu'à Tinâni. De là il suit que dans chaque xnonadd se tceuve représenté l'état de toutes les^ autres.^ Vét»i de chacune a sa raison d'être dans l'état de toutes ka substtances qui composent le monde. L'action de> chaque monad«^ explique tout le reste et a sonk explication dans tout l^ resteu « Par conséquent, « tout corps se ressent de ce; qui se &it dans l'univers, « tellement que celui qui voit tout pourrait lire dans « chacun ce qui se ûdt partout et mêmece qui se fait ou « se fera; au|iicvou& idcvra, disait Hippocrate. » En mettant ainsi une infinie variété dans l'univers et même dans chaque partie de l'univers, Dieu a réalisé le meilleur monde possible, ainsi que la perfection l'obligeait à le &ire. (53-61.)
IP CJiaque âme représente plus spécialement son corps, — Mais si chaque monade représente toutes les autres, elle perçoit plus distinctement les plus voisines, plus con- Aisément les plus éloignées. Ainsi mon âme, qui est unie à mon corps, perçcât plus distinctement les états de mon corps que les mouvements des olgets en rapport directavec mon corps ; elle perçoit ceux-ci plus distinctement que lesobjets éloignés*^ elle n'a plus conscience des mouvements qui s'accomplissent hors de la portée de nos sens; et pourtant
INT&ODUCTIiO^» XXUl
ellQ les perçoit, bien qne sans conscience ; c'est-à-dire qu'elle en éprouve le contre-coup : car tout est plein dans l'espace ; le moindre mouvement des astres invisibles se transmet à mon corps par tons les oljets intermédiaires et par conséquent a sa représentation dans mon âme. (62.)
12° Il y a de la viepartoiU. — Telle est la loi de TAarnumie préétablie, en vertu de laquelle chaque partie infinitésimale de l'univers est le tableau du tout, Men que la plupart des détails de ce tableau échappent à la conscience de tout être fini. Cette loi explique le lien de toutes choses mais eUe explique plus particulièrement l'union des âmes et des corps. Par ce mot d'âme, on ne doit pas entendre seulement l'âme humaine; la bête a une âme, un principe vital qui, uni à kmatière, forme un tout vivant, un animal. Déplus chaque partie de la matière, dont se compose le corps de l'animal, est également vivante; chacune a donc une âme, ou du moins une force vitale analogue à l'âme par sa simplicité et son activité; Leibniz appelle ces âmes infé^ rieures des entéléchies. Ainsi l'animal est, par son corps, une réunion d'animaux ; chacun de ces animaux a son prindpe de vie ; mais; une âme supérieure maintient leur union, dirige leurs mouvements vers l'unité, et exerce en quelque sorte le pouvoir central. Ce qui est vrai des parties des corps animés est également vrai de toute portion quelconque de matière; tout est vivant dans la nature; chaque élément de la matière est animé par une monocle, une entéléchie (sans laquelle la matière ne serait qu'un simple composé, absolun[)ent inerte, incapable d'action et de réaction). (63-70.)
13^ Corps subtils unis aux âmes après la mort, — Xi*âme, la force centrale qui gouverne ce troupeau d'êtres vivants que l'on appelle le corps humain (ou le corps de la bête)^ reste identique et permanente; mais la matière, le troupeau qu'elle gouverne, se renouvelle peu à peu et par degrés. Toutefois l'âme n'est et ne sera jamais sans quelque organisme. Dieu seul est absolument sans corps; un esprit fini est nécessairement attaché à quelque force matérielle, â quelque monade dont il est le principe moteur. Le germe qui deviendra le corps de l'animal était donc imi à une
xznr nrntoDucnoN.
force vitale, à une âme inoonsciente, même ar&nt la naîssanoe; et à la mort, Tâme, tout en dèponillant la plus grande partie de son corps, en perdant son corps visible, reste attachée à nn organisme invisible; ainsi, non seulement Ydme, mais Yanimal est immortel. (71-82.)
14* Lois des esprits; règne de la ffrdce, — Tont ce qui a ètè dit jnsqn'id de Ydme, de la fbrce vitale, et de ses rapports avec le corps, s'applique également à Tàme humaine, à celle des animaux, et même à chacune de ces entéléchies qui animent toutes les parties des organes. Mais ce qu'il y a de spécial pour Tâme humaine, ce qui Félève comme infiniment au-dessus des autres monades, c'est que les autres monodtf» représentent seulement Tuni vers, tandis que les esprits raisonnables représentent le Créateur lui-même, sont capables de comprendre son œuvre, cai>ables d'adorer et d'aimer Dieu. Capables d'entrer en société avec Dieu, les esprits forment c la cité de Dieu, » c'est-à-dire c le plus € parfait état possible sous le plus parfidt des monarques. » n 7 a donc deux mondes, celui de la nature et celui de la grâce; le monde de la nature se compose des représentations et des appétîtions (ou, si on aime mieux; des mouvements) qui se manifestent dans les monades inconscientes; tout s'y peut expliquer mécaniquement, x^r la loi des causes efficientes. Le monde de la grâce se compose des esprits, de leurs appétîtions vers le bien connu et voulu avec conscience; tout s'explique ici par les causes finales. Mais Dieu a préétabli une telle harmonie entre le régne des causes efficientes et celui des causes finales, que Tordre du monde sert à l'accomplissement de ses desseins sur les esprits, (par exemple à la récompense du bien ou à la punition du mal). Ainsi c Dieu architecte contente en tout € Dieu législateur. » Sous xm si parfkit gouvernement, le bonheur appartiendra nécessairement aux bons, c c'est-à- € dire à ceux qui se fient à la Providence, après avoir € fkit leur devoir, qui aiment et imitent comme il faut € l'auteur de tout bien, se plaisant dans la considération € de ses perfections, suivant la loi du pur amour véri- € table, qui ûdt prendre plaisir à la félicité de ce qu'on « aime. > (83-90.)