‹ La monadologie, avec introduction, anȧlyse développéeChapitre 14 sur 28 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

Examen de la Honadologie.

Disenter les îdoctrmes exposées dans la Monadologie, c'est discuter tout le système de Leibniz, dont cet opuscule présente le sommaire, sous la forme d'une déduction rigoureuse. Jamais système n'a poussé plus loin l'explication de la nature, et n'a mis en lumière d'une façon plus étonnante la combinaison merveilleuse de l'unité et de la variété, qui fôit l'ordre et la beauté de la création. La variété est comme infinie, puisque les monades, les substances créées, sont en nombre incalculable, et qu'il n'en existe pas deux qui soient parfaitement semblables ; mais l'unité s'y trouve également, puisque chacune d'elles représente l'univers entier. Par la variété infinie, parla diversité et Yinégalité des substances qui la composent, la nature proclame qu'elle est distincte de son Dieu; par l'unité, par l'harmonie qui fait concourir toutes ces activités diverses à un même but (l'accord de l'ordre physique et de l'ordre moral), la nature manifeste l'activité unique, là pensée et la sagesse qui la dirigent. Telle est l'idée dominante de la philosophie de Leibniz : elle est incontestablement vraie, puisque l'expérience nous montre la variété partout, et que la raison ne saurait concevoir la variété sans l'unité.

Cette loi de la raison, qui Voblige à chercher la cause de la variété dans l'unité, est identique à celle que Leibniz appelle principe de la raison suffisante. C'est ce principe, nous dit-il, qui doit guider notre intelligence daios toute recherche sur la nature; aucun phénomène n'existe sans raison suffisante, c'est-à-<iire sans une cause efficiente qui le produise, et sans un but, une cause finale qui justifie l'apparition de ce phénomène. De ce principe découlent toutes les propositions de la Monadologie. Si toutes les substances sont des pyrces, c'est que l'action d'une £orce

La Àfonadoloçfie, Z

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XXVI lWTRODÛCTtt)TÎ.

est la seule raison suffisante, la seule cause possible des phénomènes; si ces forces sout simples, c'est que Tunité est la raison, la condition nécessaire de la composition (car toute addition se compose d'unités). Si ces forces simples produisent par leair accord Tharmoûie de Tunivers, la raison suffisante de cet ordre ne peut exister que dans une intelligence qui conçoit Tordre, et dans une volonté qui tend à produire te meilleur possible. Or, si nous analysons ce principe de la raison suffisante, nous verrons qu'il se ramène à cette affirmation, différente dans les termes, identique au fond : € It est contradictoire de € concevoir ta variété sans l'unité, » les phénomènes successif^, et par conséquent variables, sans la cause immuable et absolument une.

« Tout phénomène a une cause ; tout phénomène a un but. » Telle est la. formute ordinaire de ce principe. N'est-ce là qu'une îoî subjective de là raison humaine, comme le soutiendrait fêcolé de Kant„ ou n'est-ce pas une afârmation identique, dont te contraire impliquerait une véritable contradiction ? Qu*èst-ce que tes phénomènes ? Des états variables, qpx apparaissent, disparaisseAt et se; succèdent. Donc ils u*ont pas toujours existé ; feur existence n'est qu'un accident. L'existence ne leur est pas essentielle, ptrisqTr'îte passent du non-être à Tètre, et réciproquement; ert (fatrtres termes, ils n'eanstent pcm par eux-^mémes. Cependant ifs eanstent; pour concilier ces deux propositions, i^ftrat dire qu'tfo eanstent, mais non par etix-^mémes , en . d*a:utreS' tCTmes^, qjt-Us eosistent par quelque chose d'étranger, qu't75 naissent d*Une réalité distincte d^eux: telle est ht vraie formule du principe de causalité ; elle n'est, au fend* qu'tBie^ conséquence, tirée de plusieurs propositions id^uitiques; Mais où est cette cause du phésomèltie ?^ Dans te phéû^ftène- précédent, répondra: l^êcote empirique. Or; eette repense- iiftptique; contradietiom Quoi' î te phénomène' suivemt aftta sar cause dan* te phénomène précédfmt^MBÔlA \h précédent n'est pltts quand" te- ^wioanf vient à- se- maailteatfep^ r ce serait donc une cause anéantie- qui pfod^aiirttt un eflbfr?' Êe phénomène k, qui n'est phis, ppeéumît le pbèaomèBeB'! L'effet naîtrait après- ht dis-

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parition de sa cause ! La réalité présente viendrait d'une réalité disparue! Ëa d'antres termes, Têtre Tiendrait du néant ! U est donc contradictoire de ch^cher la eanse actuelle du variaUe, du changeoa^t, dans un état antérieur des choses, dans un changement précédent; et par conséquent, dans aucun des anneaux qni composent la chaîne des phénomènes on ne peut trouver la réalité capable de transmettre Texistence au phénomène suivanit. De là résulte rigoureusement la nécessité de r^oacntar k une cause immuable, coexistante à tous les phéruoménes possibles, et par conséq^ient éternelle^ une et indivisible ea elle-même. Hors de cette imité suprême, nul changemeal, nulle variété ne saurait trouver sa raison d'être.

(Considérons maintenant cette cause immuable. Que sera son action ? Toute a(Stion tend à modiôer giielque (^ose. La cause immuable nô peut se modifier: donc elle tend à modifier ce qui est en dehors d'elle, c'est-à-dire le néant. Modifier le néant, c'est créer l'être; c'est &ire passer le moiTis àxipkts; et la< cause qui a fait passer le néant à l'être, le moins au plus, voudra nécessairement fiûre passer l'être, une foia créé, à un état m^lkur; sans< (pioi elle le ferait passer du plus au moins, ce qui serait agir contrairement à la tenduioe' q^ Ta portée à créée ; et une telle contradiction est inconciliable avec l'immutabilité. Le bien, le mieux est donc le seul but possible, la seule raison suffisante qui expUqjoe Tactivité créatrice : par codh sèquent cette activité,, sans laquelle rien ne serait, ne produirait rien si elle ne se proposait pas de cause finale; cette cause finale est la production du bien : et sans cette cause finale^ tout serait aussi impossible que sans cause efficiente.

Ainsi, il est rigoureusement vrai que tout phénomène^ toute série de changements, toute variété suppose xme* cause première unique, et une fin dernière à laquelle tout se rapporte : et la raison d'être de la variété, de la succession, ne saurait être que dans le progrès perpétuel qui rapproche le néant, Timparfail, de Têtre" et du parfait. Pour nier la cause première immuable, îl'fkudrait admettre qiœ la réalité Vient du néant, d'un passé qdî n'est plus,

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ce qui est contradictoire ; et la canse première une fois admise, il faut, sous peine de contradiction, que son action soit libre ; si elle est libre, elle procède, non d'une force mécanique dont elle recevrait Timpulsion, mais d'une idée dont elle poursuit librement la réalisation. On peut donc regarder le princii)e de la raison suffisante comme une conséquence rigoureuse du principe de contradiction : et par conséquent on ne saurait le réduire à une simple hypothèse métaphysique; il est la loi nécessaire, non seulement de la pensée humaine, mais même de toute pensée possible, au même titre que le principe de contradiction lui-même. Ainsi, la certitude et VobjecHmté du principe de la raison suffisante sont incontestables; reste à examiner les conséquences que Leibniz en a déduites : \^ quant à la nature des substances; 2° quant à leurs rapports; 3° quant aux rapports du monde avec Dieu; A^ quant à la nature de Dieu.

l^ De la nature des substances. — Toute substance est une force; toute force est simple: telles sont les deux assertions fondamentales de la doctrine de Leibniz. La première ne saurait être contestée ; les sciences sont unanimes à expliquer tous les phénomènes par des forces. Remarquons ici que cette idée de force est une idée métaphysique ; elle est identique à celle de cause, de substance : ainsi, les conceptions métaphysiques, grâce à Leibniz, ont pénétré dans les sciences positives elles-mêmes.

Pour la seconde assertion, la simplicité des forces, elle a été contestée par Euler, par Kant; mais en dépit des difficultés qu'elle présente, elle est plus que jamais en faveur aujourd'hui et chez les philosophes et chez les physiciens. Les ottjections de Kant et d'Euler se fondent sur ce que des zéros d'étendue ne sauraient former une étendue. Mais il y a là xme confusion de l'étendue abstraite, géométrique, avec Vétendue de la matière. Nous connaissons l'étendue géométrique a priori ;mals nous ne connaissons l'étendue de la matière que par les sens. Or, que nous donnent les sens ? La, pluralité des résistances, et rien de plus. On n'a donc pas le droit de mettre dans le concept de corps autre chose qu'une somme de forces résistantes ; ov est-il contradictoire

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qu'une force résistante soit simple et indivisible? Nullement, car mon âme, qui est une force simple, résiste au corps (par exemple quand elle tient mon bras tendu en dépit de la pesanteur). Si donc une force simple peut produire une résistance, une somme finie de forces simples peut produire une somme de résistances, et par conséquent peut constituer la matière. Les monades ne sont pas des zéros qui forment des sur&ces; ce sont des unités de résistance qui, en s'sgoutant les unes aux autres, forment une résistance composée.

L'autorité d'Ampère et de Cauehy vient ici donner raison à Leibniz. « Suivant Topinion de M. Ampère, » dit Cauehy dans ses Leçons de Physique générale^, « les dimen- « sions des atomes, dans lesquels résident les centres des « actions moléculaires,... sont rigoureusement nulles. Ces « atomes n'ont point d'étendue. » Ce sont donc bien des monades au sens de Leibniz. Et il en doit être ainsi, sgoute Cauehy, car « si dans la division de la matière on n'ar* « rive pas définitivement à des éléments simples et sans « étendue, il faudra admettre dans un morceau de ma- € tière des êtres distincts dont le nombre sera infini. On « serait forcé d'admettre une série d'êtres, actuellement in- « fime, » ce qui est contraire aux principes mathèma- Uques.

On voit que, si Ampère et Cauehy regardent, avec Leibniz, les éléments de la matière comme simples, ils admettent que leur nombre est fini. Il semblerait, au contraire, que Leibniz regardait le nombre de ces monades comme infini. Tout est plein, suivant lui ; si le vide n'existe pas, Yétendtie matérielle se confond avec celle de l'espace, et devient, par conséquent, divisible à Yinfini, tout comme l'étendue abstraite des géomètres. C'est confondre Tordre de^ possibilités avec l'ordre des réalités. L'étendue géométrique ou l'espace est la somme des corps réels et des corps possibles; La matière étendue n'est que la

l. Publiées en 1868, par M. Tabbè Moigno, chez Gauthier- Villars.

XXX INTRODmSriON.

somme des oorps réels, des aiomes réels: eUe a donc moins de pafiifis que l'espace, qui, avee le$ atomes réels, r^o&rme en oidiine tes cAornes possibles. La mmîne des atomes réels oonstibift le plmt» ; la somme des cetomes possibles constitue le viAs. Or, il ûiut bien admettre arec Newton, c(»itre Lsiboiz, qu'il y a du Tide: car la propagaticm d'un monyemeat demande im certain temps, oe qui n'arriverait pas »[ tout était pleki. Quoi de plus rapide que la propagation 4Lek lumière? Et cependant elle ^'est pas instantanée ; il faut très longtemps pour que la lumièpe d'une ètoMe nous parTÎemie ; or, s'il n'gr vni^ pas de Tide dans r^pace, la première molèevte d'étiier, mise «a vibration pav f étoile, cc»iananiquer^t son mouvement à ila seconde, Mdn pas au b&ut d'un temps très court , mÙA instantanément; de même, k mouventent 4e la seecmde se transmettra à la troisième, celui de latroisièisie à la quatrième, et «abosi de tsnite, sans qu'il pût s'èeonier le moindre intervafle det^Eupsc idonc la lumière des èt(Hle3 frapperait ma rètûieâ l'instant méflae où l'étoile la met «a vit^ration, ce qui est contraire ajux faits. Il y a dcme du vide ; les forces ittatérielles, les monades, sont séparées entie elles par des rèpudsions 4ui les tiennent à distaace les unes des antres, et .06 sont ces intervalles qui constituent l'étendue des corps.

Aiii$i, im résuitat$ positi& des ^tmxces modenies nons amèni^t à oomlm^, av^e Leibstix, que k matière est on ei\s^nble dQ fi^rcfi^, qne i^aemxe é» ^as fbrces est simples ; mm, .ot^trairesnent jt l'c^inioa de Leil^jui, nou3 sownes ol^gès d'adn^ettr^ que ces forces sont en nombre fini S et qjl'elles ne remplis$ent pas toute rétend9e d^ l'espar ^.

1. Toutes nos coivsIuBiona sur ces matières sont celles d'un saya^t contempor^n, M. de Saint-VeuaQt (de l'Académie de« sciences), dans une brochure intitulée : J)e la Constitution des atomes.

2. D'ailleurs, il y aurait une véritable contradiction mathématique à supposer que les monades soient en nombre infini : car le nombre infini ne saurait être actuellement réalisé. Toute la série des nombre# possibles se compose de nombres pairs et impairs, de nombres susceptibles d'augmentation et de dimi-

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