‹ La monadologie, avec introduction, anȧlyse développéeChapitre 18 sur 28 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

que Leibniz a été trop souvent porté à méconnaître, comme on "peut le voir par sa doctrine de Vharmonie préétablie,

3* Rapport des substances avec Dieu, {Harmonie préétablie.) — Si tout est lié dans la nature, si chaque état d'une monade s'accorde parfaitement avec Tétat de toutes les autres, ce n'est pas, selon Leibniz, qu'elles "agissent les unes sur les autres. Les monades n'ont point de fenêtres; elles n'agissent pas à l'extérieur. Si un corps A pousse le corps B, c'est que Dieu a prédéterminé les mouvements de l'un et de l'autre avec une parfaite exactitude ; il a réglé que le corps B entrerait en mouyemeni juste à Vinstant où il serait choqué par le corps A. Les choses se passent donc comme si A était la cause du mouvement de B, et on peut dire, en se servant du langage commun, que le corps A a mû le corps B. A cette doctrine, un contemporain de Leibniz, Foucher, fait les objections suivantes : « A quoi 'peut « servir tout ce grand artifice dans les substances, sinon € à faire croire que les unes agissent sur les autres, quoi- « qu'il n'en soit rien?...» Les Cartésiens niaient l'activité des substances; il est naturel qu'ils eussent recours à Dieu pour expliquer leurs actions apparentes. « Mais « vous, > continue Foucher, « vous concevez que les êtres « sont capables d'efforts et de mouvements; il s'ensuit « tout naturellement [que le plus grand effort doit sur- « monter le plus faible, » et par conséquent, que les substances agissent les unes sur les autres.

Ces objections nous paraissent bien fondées: conmient concevoir, en effet, une activité qui n'agirait sur rien? Mais le défaut le plus grave de l'hypothèse de Leibniz, c'est qu'elle compromet la liberté. Il en est de l'action apparente de l'âme sur le corps conmie des actions d'un corps sur un autre. L'âme ne meut pas le corps ; mais Dieu a réglé tout, de telle façon qu'à un moment donné l'âme veut un acte, et que le corps l'exécute. Ainsi, Dieu a prédéterminé nos volontés comme nos mouvements. En quoi donc peut consister ma liberté? Dans un tel système. Dieu n'agit plus sur nos âmes conmie législateur, mais comme architecte. Dès lors, comment distinguer les deux

iNTRODirCTlON. XXXVII

règnes, dont Leibniz parle cependant si admirablement, le règne de la nature et celui de la grâce? Si mes volontés sont prédéterminées comme les phénomènes physiques, je ne vois plus que le règne de la nature, celui des causes efficientes du mécanisme.

D'ailleurs, si Tâme n'agit pas sur le corps, ces deux substances ne sauraient fonner un tout, un composé. Deux horloges peuvent former un tout, si Tune fait mouvoir Tautre au moyen d'une pièce qui les joint ; mais si elles n'ont d'autre rapport que de marquer la même heure et d'avoir été montées par le même horloger, loin de former un tout, elles seront absolument étrangères l'une à l'autre. Le corps sera donc étranger à l'âme dans le système de Leibniz. Et cependant Leibniz est bien loin d'admettre cette conséquence ; il regarde l'âme comme Ventéléchie, le principe vital du corps formant avec le corps un tout, qui est le vivant. Il y a plus : il admet que la vie est partout, qu'il y a des âmes unies à chaque portion de la matière, que ces âmes ne sont jamais séparées d'un corps ; que notre âme, en particulier, ne cesse jamais d'être unie à un organisme ; qu'après la mort elle continue à former un tout, un composé avec un corps subtil, invisible (ce qui n'est pas impossible, puisque tout corps, n'étant qu'un assemblage de forces simples, peut être réduit, sans cesser d'exister, à une étendue imperceptible). Ainsi l'union des corps et des âmes est intime, indissoluble. Comment donc ces deux inséparables peuvent-ils être aussi étrangers l'un à l'autre que deux horloges le sont entre elles ?

49 De la nature de Dieu, et de l'optimisme, — C'est à regret que nons avons été obligés de critiquer certains points de la doctrine de Leibniz ; mais ces critiques ne portent, après tout, que sur des points secondaires. La doctrine des monades, qui est le fond même du système, ne sera pas affidblie parce que l'on rétablira leur action mutuelle ; elle en sera plutôt fbrtiâée : car on conçoit beaucoup mieux les monades agissant à l'extérieur que renfermées dans leur solitude, dans leur prison < sans fenêtres, > et pour ainsi dire concentrées dans leur ègoïsme. D'ailleurs, si elles n'agissent sur rien d'extérieur, comment les substances

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