‹ La monadologie, avec introduction, anȧlyse développéeChapitre 25 sur 28 · Traduction littérale du grec èvTEX^x^ia · texte numérisé non relu

Traduction littérale du grec èvTEX^x^ia

5. Hermolaùs Barbarus ou Ermolao Barbaro, savant commentateur d'Aristote, né à Venise en 1454, mort à Rome en 1493.

6. On a vu plus haut (§§ 7 et 11) que les monades n'agissent pas les unes sur les autres; c'est Dieu seul qui agit sur chacune d'elle ; mais comme il accommode les mouvements des unes à celui des autres (§§ 51 et 52), il s'ensuit que les mouvements de Tune (par exemple de la monade A), sont la raison (Têtre des mouvements qui ont lieu dans l'autre (dans la monade B). En ce sens A agit idéalement sur B (§ 51), puisque c'est l'état de A qui rend raison des modifications accomplies

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50. Et une créature est plus parfaite qu*une autre, en ce qu'on trouve en elle ce qui sert à rendre raison a priori de ce qui se passe dans Tautre, et c'est par là qu'on dit qu'elle agit sur l'autre.

51. Mais dans les substances simples ce n'est qu'une influence idéale d'une monade sur l'autre, qui ne peut avoir son effet que par l'intervention de Dieu, en tant que dans les idées de Dieu une monade 'demande avec raison que Dieu, en réglant les autres dès le commencement des choses, ait égard à elle*. Car puisqu'une monade créée ne saurait avoir une influence physique sur l'intérieur de l'autre, ce n'est que par ce moyen que l'une peut avoir de la dépendance de l'autre.

52. Et c'est par là qu'entre les créatures les actions et passions sont mutuelles. Car Dieu, comparant deux substances simples, trouve en chacune des raisons qui l'obligent à y accommoder l'autre, et par conséquent ce qui est actif à certains égards, est passif suivant un autre point de considération : actif en tant que ce qu'on connaît distinctement en lui, sert à rendre raison de ce qui se

en B. Or, celle des deux monades à laquelle Dieu accommode l'état de Tautre doit être la plus parfaite des deux : (car Dieu ne régie évidemment pas l'état de la plus parfaite sur celui de la moins parfaite, mais celui de la monade inférieure sur celui de la monade supérieure ; il ne régie pas les volontés de mon âme sur l'état de mon corps, mais l'état de mon corps sur les volontés de mon âme). Il s'ensuit que c'est le plus par fait qui est appelé actif et le moins parfait qui est appelé passif Or une monade est plus parfaite quand elle a des perceptions distinctes que quand elle a des perceptions confuses : d'où cette nouvelle conséquence que « Von attribuée Vaction à la monade a en tant qu'elle a des perceptions distinctes, et la passion a en tant qu'elle en a de confuses. »

I. D'après Leibniz, Dieu est tenu de produire en toute chose le meilleur possible. Dieu voit dans ses idées (c'est-à-dire parmi les possibles), que telle monade A est plus parfaite qu'une autre B; il est donc tenu à régler l'état de la seconde sur celui de la première ; c'est ce que Leibniz exprime en disant que la plus parfaite « demande avec raison, » a le droit d'exiger « qtte « Dieu ait égard à elle » et lui subordonne les moins paj:faites.

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passe dans on autre, et passif en tant que la raison de ce qui se passe en Ini , se trouve dans ce qui se connaît distinctement dans un autre '.

53. Or, comme il y a une infinité des univers possibles dans les idées de Dieu , et qu'il n'en peut exister qu'un seul, il faut qu'il y ait une raison suffisante du choix de Dieu, qui le détermine à l'un plutôt qu'à l'autre.

54. Et cette raison ne peut se trouver que dans la convenance, dans les degrés de perfection que ces mondes contiennent, chaque possible ayant droit de prétendre à l'existence à mesure de la perfection qu'il enveloppe.

55. Et c'est ce qui est la cause de l'existence du meilleur, que la sagesse fait connaître à Dieu, que sa bonté le fait choisir, et que sa puissance le fait produire.

• 56. Or cette liaison ou cet accommodement de toutes les choses créées à chacune, et de chacune à toutes les autres, fait que tshaque substance simple a des rapports qui expriment toutes les autres, et qu'elle est par conséquent un miroir vivant perpétuel de l'univers «.

1. Leibniz explique cette même pensée dans le passage suivant : a Autant que Tâme a de la perfection et des pensées disa tinctes, Dieu a accommodé le corps à l'âme, et a fait par a avance que le corps est poussé à exécuter ses ordres. Et en a tant que l'âme est imparfaite et que ses perceptions sont con-

. a fuses, Dieu a accommodé l'âme au corps, en sorte que l'âme a se laisse incliner par les passions qui naissent des reprèsen- « tations corporelles.» {Théodicée, § 66.)

En d'autres termes, Dieu a réglé les mouvements du corps sur nos volontés conscientes, et au contraire a réglé les instincts inconscients de Tâme sur les mouvements du corps. Ainsi l'âme et le corps peuvent être dits agir â certains égards ei pâtir k certains autres a suivant le point de vue de consia dération. »

2. Chaque monade, suivant Leibniz, est un microcosme, un petit monde. En effet l'état de la monade A est lié à celui de la monade B, et en éprouve conmie le contre-coup ; par conséquent l'état de B se peint en A ; mais B â son tour représente l'état de C; la monade C représente la monade D, et ainsi à l'infini. Donc chaque monade est comme un miroir qui réfléchit d'autres miroirs â l'infini, et qui par conséquent reproduit tous les objets de l'univers.

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57. Et comme une même ville regardée de différents côtés paraît tout autre et est comme multipliée perspectivement, il arrive de même que par la multitude infinie des substances simples il y a conmie autant de différents univers, qui ne sont pourtant que les perspectives d'un seul selon les différents points de vue de chaque monade •.

58. Et c'est le moyen d'obtenir autant de variété qu'il est possible, mais avec le plus grand ordre qui se puisse, c'est-à-dire, c'est le moyen d'obtenir autant de perfection qu'il se peut.

59. Aussi n'est-ce que cette hypothèse (que j'ose dire démontrée) * qui relève, comme il Êiut, la grandeur de Dieu; c'est ce que M. Bayle reconnut, lorsque, dans son dictionnaire {article Rorarius), il y fit des objections, où même il fut tenté de croire que je donnais trop à Dieu, et plus qu'il n'est possible. Mais il ne put alléguer aucune raison pourquoi cette harmonie universelle, qui fait que toute substance exprime exactement toutes les autres par les rapports qu'elle y a, fat impossible 3.

60. On voit d'ailleurs, dans ce que je viens de rapporter, les raisons a priori pourquoi les choses ne sauraient aller autrement : parce que Dieu en réglant le tout a un égard à chaque partie, et particulièrement à chaque monade, dont la nature étant représentative-', rien ne la saurait borner à ne représenter qu'une partie des choses ; quoiqu'il soit vrai que cette représentation n'est que confuse

1. Le même univers, perçu par une infinité de monades, est perçu différemment par chacune ; de sorte qu'il y a autant de représentations diverses que de sujets, bien qu'il n'y ait qu'un seul et même oljet. Il y a donc variété infinie combinée avec l'unité et l'harmonie de l'univers.

2. Assertion bien hardie. L'hypothèse est fort belle, mais les représentations des monades vont-elles réellement à l'infini? Est-il bien certain que toutes les monades représentent l'univers? Il y a là trop d'obscurité pour qu'il soit possible de dire que l'hypothèse est démontrée.

3. Il n'y a rien d'impossible sans doute ; mais ce n'est qu'une hypothèse.

4. Dont la nature est représentative : c'est là précisément ce qui peut être contesté.

dans le détail de tout Tunivers et ne petit être distincte que dans une petite partie des choses, c'est-à-dire dans celles qui sont ou les plus prochaines ou les plus grandes par rapport à chacune des monades ' ; autrement chaque monade serait une divinité. Ce n'est pas dans Tobjet, mais dans la modification de la connaissance de Tpbjet, que les monades sont bornées. Elles vont toutes confusément à rinfini, au tout, mais elles sont limitées et distinguées par les degrés des perceptions distinctes ^,

61. Et les composés symbolisent en cela avec les simples*. Car comme tout est plein -•, ce qui rend toute la matière liée ; et comme dans le plein tout mouvement fait quelque effet sur les corps distants à mesure de la distance, de sorte que chaque corps est affecté non seule-

1. C'est ainsi que mon âme perçoit distinctement les objets les plus grands ; ses perceptions deviennent confuses en raison de Tèloignement ou de la petitesse.

2. Limitées et distinguées ; ce qui limite les monades, c'est l'impossibilité où elles sont de percevoir toutes choses distinctement, clairement; ce qui les distingtce les unes des autres, c'est que la perception claire s'étend plus loin chez les unes que chez les autres, bien que chez aucune elle ne s'étende à l'infini.

3. Les composés, ce sont les corps, les masses étendues que nos sens perçoivent ; les simples sont les m^onades. Les corps symbolisent avec les monades, c'est^-dire que les lois de leurs mouvements présentent une parfaite analogie avec les lois qui règlent les représentations des monades. Chaque monade représente l'état de toutes les autres; chaque corps éprouve le contre-coup de tous les mouvem,ents qui s'accompUssent dans l'univers. Et, de même que les perceptions des monades sont plus confuses à la raison de la distance, de même aussi les corps éprouvent des contre-coups plus faibles par l'effet des mouvements à distance.

4. Il est difficile, dans l'état actuel de la science, d'admettre que tout soit plein : (V. au sujet du plein et du vide V Introduction, page XXX.) Mais, tout en repoussant l'hypothèse du plein, ou peut très bien admettre avec Leibniz que toute la matière est liée, et que chaque corps éprouve le contre-coup de tous les mouvements de l'univers ; il suffit pour cela qu'il y ait entre tous les corps des attractions et des répulsions mutuelles.

ment par ceux qui le touchent, et se ressent en quelque façon de tout ce qui leur arrive, mais aussi par leur moyen se ressent de ceux qui touchent les premiers dont il est touché immédiatement : il s'ensuit que cette communication va à quelque distance que ce soit. Et par conséquent tout corps se ressent de tout ce qui se fait dans Tunivers, tellement que celui qui voit tout pourrait lire dans chacun ce qui se fait partout et même ce qui s'est fait ou se fera, en remarquant dans le présent ce qui est éloigné tant selon les temps que selon les lieux : « SOjiTrvoia wàvTtt », disait Hippocrate. Mais une âme ne peut lire en elle-même que ce qui y est représenté distinctement; elle ne saurait développer tout d'un coup ses règles, car elles vont à l'infinie

62. Ainsi quoique chaque monade créée représente tout l'univers, elle représente plus distinctement le corps qui lui est affecté particulièrement, et dont elle ûiit Tentéléchie « : et comme ce corps exprime tout l'univers par la connexion de toute la matière dans le plein, l'âme représente aussi tout l'univers en représentant ce corps, qui lui appartient d'une manière particulière*

63. Le corps appartenant à une monade, qui en est l'entéléchie ou l'âme, constitue avec l'entéléchie ce qu'on peut appeler un vivant, et avec l'âme ce qu'on appelle un animal. Or, ce corps d'un vivant ou d'un animal est toiyours organique S car toute monade étant un miroir de

1 . Développer ses règles, c'est-à-dire eocpliguer, concevoir nettement et dans leur détail ses rapports avec le reste de la nature.

2. Comme on le voit par ce texte, ce n'est pas seulement l'âme humaine ni Tâme des bêtes, mais toute monade qui est unie à un corps, à une masse étendue dont elle est Ventéléchie (le principe moteur). Cette doctrine se trouve exprimée encore plus explicitement dans le passage suivant: a Chaque sub- « stance simple ou monade, qui fait le centre d'ime substance oc composée, et qui est k principe de son unicité, est environ- <£ née d'une masse composée par une infinité d'autres monades, a qui constituent le corps propre de cette monade centrale. » {Principes de la Nature et de la Grâce, § 3.)

3. C'est'àrdire que chaque partie est constituée et comme calculée en vue du tout, en vue de l'harmonie générale.

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Tunivers à sa mode, et runivers étant réglé dans un ordre parfait, il faut qu'il y ait aussi un ordre dans le représentant, c'est-à-dire dans les perceptions de Tâme et par conséquent dans le corps, suivant lequel Tunivers y est représenté.

64. Ainsi chaque corps organique d'un vivant est une espèce de machine divine, ou d'un automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. Parce qu une machine, faite par Tart de Thomme, n'est pas machine dans chacune de ses parties ; par exemple, la dent d'une roue de laiton a des parties ou fragments qui ne nous sont plus quelque chose d'artificiel*, et n'ont plus rien qui marque de la machine par rapport à l'usage où la roue était destinée. Mais les machines de la nature, c'est-à-dire les corps vivants, sont encore machines dans leurs moindres parties jusqu'à l'infini. C'est ce qui fait la différence entre la nature et l'art, c'est-à-dire entre l'art divin et le nôtre.

65. Et l'auteur de la nature a pu pratiquer cet artifice divin et infiniment merveilleux, parce que chaque portion de la matière n'est pas seulement divisible à l'infini 2, comme les anciens ont reconnu, mais encore sous-divisée actuellement sans fin, chaque partie en parties, dont chacune a quelque mouvement propre : autrement il seserait impossible que chaque portion de la matière pût exprimer l'univers.

66. Par où l'on voit qu'il y a un monde de créatures, de vivants, d'animaux, d'entéléchies, d'âmes dans la moindre partie de la matière ^.

1. Artificiel, c'est-à-dire que chacune de ses pièces, considérée séparément, n'est plus à nos yeux une œuvre cPart ; Tharmonie n'est que dans l'ensemble, et ne nous apparaît pas dans chaque partie.

2. La matière n'est pas divisible à IHnfini, car elle ne peut avoir un nombre infini de parties ; mais sa division va bien au delà des limites que notre imagination peut concevoir.

3. Il n'y 9. donc pas, à proprement parler, de matière inanimée. Chaque portion de la matière est animée par une monade centrale qui retient en quelque sorte autour d'elle tout le sys-

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67. Chaque portion de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes, et comme un ètmg plein de x>oissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de Tanimal, chaque goutte de ses humeurs est encore un tel jardin ou un tel étang *.

tème des monades composant la masse. Si nous subdivisons cette masse, chaque subdivision est encore composée d'une cntèlèchie (d'une force centrale), qui est une sorte âme, et d'une masse qui en est le corps ; et cela, suivant Leibniz, va à l'infini. Cette dualité qui se retrouve dans toute partie de la matière justifie la distinction scholastique de la matière première et de la matière seconde .* a La matière seconde, » dit Leibniz, a est une substance complète, mais non purement passive » (c'est la monade centrale); a la matière première y* (la masse) u est une substance purement passive, mais non complète, et a par conséquent il doit s'y ajouter une âme, ou une forme a analogue à l'âme, une entèlèchie. » {De la Nature en ellemême,) V. V Appendice â la fin du volume.

Cette distinction entre la force qui meut chaque molécule et la molécule inerte qui est mue , est absolument conforme aux idées actuellement admises dans la science. « La science a moderne, » dit Tabbé Moigno, « est unanime à admettre avec oc M. Dumas cette proposition générale : on peut envisager tous oc les phénomènes physiques et chimiques conmie étant dus à <t l'action de certaines forces appliquées à mouvoir des moléoc cules de matière inerte par elle-même. » (Moigno, Splendeurs de la foi, page 531.)

Reste à expliquer une contradiction apparente. Cette matière première^ cette masse étendue, qui est inerte, est composée cependant de monades actives; comment donc est-elle inerte ? Peut-être la solution de cette difficulté est-elle dans un fait sur lequel Leibniz a beaucoup insisté ; c'est que l'activité des monades, dont se compose la matière, se manifeste par une résistance au mouvement. (V. la lettre sur VEssence des corps, citée dans VAppendice.) Toute masse étendue sera donc une somme de résistances; pour vaincre ces forces résistantes, qui composent la matière première, il faut qu'à chaque portion de masse étendue soit unie comme une âme, un principe moteur central; cette monade centrale entretient dans la masse résistante une suite de mouvements internes (par exemple des attractions et des répulsions qui maintiennent l'équilibre et la composition des corps.)

1. Si chaque partie, chaque cellule du corps d'un animal est elle-même un être vivant, cette théorie donne raison jusqu'à

68. Et quoique la terre et Tair interceptés entre les plantes du jardin, ou Teau interceptée entre les poissons de rétang, ne soient point plante, ni poisson , ils en contiennent pourtant encore le plus souvent d'une subtilité à nous imperceptible.

69. Ainsi il n'y a rien d'inculte, de stérile, de mort dans Tunivers, point de chaos, point de confusion qu'en apparence ; à peu près comme il en paraîtrait dans un étang à une distance dans laquelle on verrait un mouvement confus et grouillement pour ainsi dire de poissons de l'étang, sans discerner les poissons mêmes.

70. On voit par là que chaque corps vivant a une entéléchie dominante qui est l'âme dans l'animal ; mais les membres de ce corps vivant sont pleins d'autres vivants, plantes, animaux, dont chacun a encore son entéléchie ou son âme dominante.

un certain point à Vorganicisme; les propriétés vitales rèsL dent réellement dans la cellule, comme le prétendent les organiciens. Mais, ce fait admis, rien n'empêche de l'expliquer avec Leibniz par l'activité d'une monade centrale, d'un principe vital qui anime la ceUule ; le vitalisme explique donc l'orgar nicisme, loin que ces deux systèmes s'excluent; seulement ce n'est pas un principe vital unique qu'il faut admettre, comme fait le vitalisme ordinaire ; il y a au moins autant de principes vitaux que de ceUules; le corps est une réunion d'animaux plutôt qu'un animal. Mais d'où vient que l'activité vitale de chaque cellule concourt à un but unique? D'où vient « Vidée directrice » à laquelle obéissent tous les organes et toutes les cellules vivantes qui constituent les organes? Évidemment il faut que cette direction soit donnée et maintenue par une force centrale, une âme dominante. L'âme supérieure, celle qui est le moi, est donc bien V entéléchie du corps organigtce, comme dit Aristote ; elle est bien le principe informateur du corps, comme dit saint Thomas, car elle maintient l'unité, la composition, la structure de ce groupe d'êtres vivants que nous appelons notre corps. Ainsi se concilient l'organicisme, le vitalisme et l'animisme; Vorganicism>econ8ia.te les faits, à savoir la vita^ lité des éléments anatomiques; les âmes inférieures du vitalism£ expliquent ces vies multiples des cellules; l'animisme nous fait remonter à l'explication de la vie générale, au principe d'ordre et d'unité; ce principe est le m,oi, à la fois distinct de l'organisme et directeur de l'organisme.

71. Mais il ne faut point s'imaginer avec quelques-uns, qui avaient mal pris ma pensée, que chaque âme a une masse ou portion de la matière propre ou affectée à elle pour toujours, et qu'elle possède par conséquent d'autres vivants inférieurs, destinés toujours à son service. Car tous les corps sont dans un flux perpétuel comme des rivières, et des parties y entrent et en sortent continuellement ^

72. Ainsi Tâme ne change de corps que peu à peu et par degrés, de sorte qu'elle n'est jamais dépouillée tout d'un coup de tous ses organes, et il y a souvent métamorphose dans les animaux; mais jamais métempsycose ni transmigration des âmes ; il n'y a pas non plus des âmes tout à fait séparées, ni de génies sans corps. Dieu seul en est détaché entièrement^.

73. C'est ce qui fait aussi qu'il n'y a jamais ni génération entière, ni mort parfaite, prise à la rigueur, consistant dans la séparation de l'âme. Et ce que nous appelons générations sont des développements et des accroissements, comme ce que nous appelons morts sont des enveloppements et diminutions ^

1. Ce renouyellement graduel, mais complet du corps, est appelé par les physiologistes le tourbillon vital. On sait que toute la matière de notre corps est renouvelée intégralement en moins de sept ans. Nous changeons de corps plusieurs fois en notre vie. C'est une des preuves les plus frappantes de la distinction de l'âme et du corps.

2. On voit par ce passage que Leibniz attribue à notre âme après la mort, un corps subtil, imperceptible à nos sens; il suppose que les anges en ont de semblables.

3. Des enveloppements ou diminutions. C'est-à-dire que l'organisme, tout en dépouillant par la mort la plus grande partie de sa matière, en conserve une partie, enveloppée, concentrée sous une étendue imperceptible à nos sens. Ce n'est là sans doute qu'une hypothèse; mais rien ne prouve qu'elle soit impossible. En effet, la matière n'est qu'une réunion de forces sim,ples; l'étendue ne consiste que dans leur existence à distance. Diminuez la distance: la même somme de forces peut demeurer, tout en occupant une étendue trop petite pour être perceptible à nos sens bornés et imparfaits. On peut même supposer nulle la distance qui séparait les forces constituantes

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