‹ La monarchie de 1830Chapitre 6 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La monarcliie sorlie de juillet avait-elle besoin d'une sanction populaire?

On a écrit, on écrit tous les jours encore , que la monarchie de Louis-Philippe manque de sanction popula|re.^-— a Vous êtes établie , lui dit-on , sur le principe de la souveraineté populaire ; subissez donc votre principe, faîtes -vous sanctionner par le peuple; car , jusqu'ici , vous n'êtes fondée que sur un acte émané de deux cents députés, de cent et tant de pairs , et du prince lui-môme qui est devenu roi en sanctionnJ^' t cet acte, c'est-à-

( 3(3) dire en se sanctionnant lui-même?.... Quelques députés cassés , quelques pairs désavoués, un prince qui n'était pas roi, peuvent-ils avoir remplacé la nation dans la consécration d'un acte aussi solennel qu'une charte , qui renverse un trône , en élève un , et fixe la constitution du pays? »

Ces sopbisrnes, partis de différentes extrémités politiques, répétés par les démagogues de i83o et par les publicistes de la restauration, sont de si peu de valeur qu'ils ne devraient pas arréterdes esprits sérieux et solides. Cependant nous sommes dans un temps où il no faut mépriser aucune erreur , et où il faut les combattre toutes.

Quand un pays est gouverné en sens contraire de ses intérêts, dc^es besoias , de ses vœux véritables, il a le droit de briser le gouvernement qui le dirige de Ja sorte. Quand il en est arrive à ce point , il ne conspire pas, il éclate spontanément, il renverse d'un mouvement unanime le gouvernement sous lequel il se sentait op[)rimé. Apres avoir détruit , il remplace -, il remplace aussi vite qu'il a détruit, caj,un j3ays ne peut cxidlti-

un seul jour sans lois, et sans autorité. Son droit de faire ce qu'il a fait , la sanction de ce qu'il a fait, tout cela est dans l'unanimité même qui l'a porté à agir.

Paris a fait la révojutimi jde^jujllet ; Paris, c'est-à-dire toutes les classes de la capitale , chacune en ce qui la concernait. Des ccri- Tains , des députés ont protesté, et ont résisté à l'exécution des ordonnances au risque de leurs tètes ; le peuple , les débris de la garde nationale ont combattu au prix de leur sang. Paris , ainsi défini , Paris a renversé, le trône restauré de 181 4- Paris n'a pas consulté la France , et la France l'en a parfaitement dispensé, parce que Parisjet la France ne faisaient qu'un dans le moment. Paris, c'est-à-dire encore les mêmes individus qui avaient détruit, ont remplacé ce qu'ils avaient détruit. Les députés sont allés, les uns à l'Hôtel -de -Ville pour administrer temporairement, les autres au palais de la chambre pour y délibérer; les pairs en ont fait autant de leur côté ; la [)resse les a secondés ; tous ensemble ont proclamé un roi ; le peuple l'a salué de ses acclama-

lions. C'est Paris encore , qui a terminé en deux jouriJiixévalution qu'il avait commencée, et la France ne lui en a pas davantage demandé compte. La France a voté des fonds pour les blessés qui avaient fait une révolution sans la consulter, et des distinctions pour ceux qui, à tous les titres , y avaient contribué.

La légitimité de cette révolution est dans le besoin qui l'a produite, sa beauté dans sa promptitude. On ne pouvait plus tojérer un gouvernement qui violait les lois. Gloire à ceux qui l'ont renversé et remplacé si bien , si vite , si à propos î

« Soit, dira-t-on ; mais, cela fait, il fallait consulter la Franco pour savoir si elle approuvait ce qu'on avait fait. » Ici commence , dans le raisonnement , ou le ridicule ou la perfidie.

Quand on entreprend une révolution, on serait insensé ou coupable, ce qui revient au même , de l'entreprendre sans savoir si le pays la désire; mais quand tout ce qui est à votre portée vous seconde assez pour vous donner le courage d'agir.c'estqu'encffetlepaysladésirc.LaF-rij^nce souhajlait-Ja révolution de juillet, car le trcs-^

( 39) saillegient de Paris sjti reproduisit dans toutes Içj grandes villes du royaume; ear, sans avoir encore de nouvelles, on prévit, on espéra, on devina que Paris avait fait une révolution. Avant que les nouvelles eussent pu arriver par les malles-postes, par le télégraphe coupé, les imaginations , plus promptes que les courriers ou les signaux , disaient : Paris a renversé les Bourbons !... C'est ainsi qu'en 1800, la veille même du jour de l'arrivée de Bonaparte , avant de savoir s'il avait quitté l'Egypte , ou disait qu'il était arrivé en France. On le devinait parce qu'on en avait besoin. Il y a des jours où tout un peuple étendu sur des millions de lieues carrées, n'a qu'une pensée, un vœu , un cri ; il sait , il voit , il fait presque ce qui se sait, se voit, se fait à trois cents lieues. Le Carrousel , l'Hôtel-de- Ville, la place Vendôme étaient, en juillet, toute la France. A Lyon, Marseille, Bordeaux, JNantes, Ilouen , on s'organisait , on fermait les boutiques , on marchait sur les hôtels des préfectures, comme les Parisiens sur l'Hôtel- de-Ville et les Tuileries.

Toute la France voulait et était prête ù faire

ce qui s était fait à Pnris ciijjnljet. Comme ;i Paris, on avaiX43ensé auj)rinccjcy^^^ l'opposition pour élire un roi; dans toutes les provinces on y pensait de même. En beaucoup d'endroits , avant d'en avoir la nouvelle, on disait que le duc d'Orléans était devenu lieutenant général ou roi ; et, après la nouvelle, on criait vive le duc iV Orléans , de Dun- Jcerque à Perpignan, de Baronne à Strasbourg. Voilà le premier mouvement. Yeut-on la preuve d'une ratification expresse ? elle n'a pas cessédepuis quinze mois. On a écrit des adresses , on a envoyé de s dé4nitalioû&-de toutes les parties de la France; il n'y a pas si petite commune qui n'ait envoyé son maire , son capitaine ou son colonel de garde nationale. Il a été fait quelque cliose de plus significatif que des adresses et des députations : des milliers de gardes nationaux se sont levés, organisés, équipés à leurs frais, pour défendre, chacun chez eux, le gouvernement de Louis- Philippe. Quatre -vingt mille hommes, dans Paris et la banlieue, se sont relevés pendant tout un hiver pour garder le roi citoyen. Ils n'ont cessé de courir sur les perturbateurs au

cri àerivc le vol! Toute la France a supporté sans seplnindie des impôts écrasans; quatre cent mille, hommes ont répondu à l'appel du gouvernement pour se rendre sous les armes ; enfin quatre cent cinquante-neuf députés ont été élus ou réélus, sans qu'aucun eût mission de protester.

Au mou veinen t^ontau^dmTj3^juçcédé une lente, persévérante et laborieuse ratification.

Que véut-on de plus? Du papier timbré , c'est-à-dire des délibérations d'assemblées primaires , ou des registres ouverts chez les notaires? En vérité de telles jongleries ne sont plus de notre temps! A voir le bon sens et le positif de notre époque, il semblait qu'elles ne seraient plus proposées. Quand un pays en effet s'est levé par un mouvement unanime , quand il a ratifié un gouvernement par des millions de signatures apposées au bas de ses adresses ; quand il a fait voyager, pour venir le saluer, des milliers de députés; quand il s'est résigné aux plus courageux sacrifices pour le maintenir; quand il a participé à son action en s'assemblant pour des élections continuelles; quand enlui on sait qu'il le veut, comme on

sait tous les faits d'opinion publique , par ses yeux , ses oreilles , son esprit : vouloir le réunir en assemblées primaires ou le faire passer chez des notaires, pour compter une à une des voix qui se sont prononcées par acclamation , c'est en vérité une chose ridicule et puérile.

Cela ne s'explique que par une intention perfide. On désirerait des assemblées primaires pour mettre en action les populaces de l'Ouest et du Midi , pour mettre en présence les démagogues et les carlistes de certaines provinces , pour avoir enûn quelque occasion de guerre civile. Ou bien, si le procédé des registres chez les notaires était préféré, on aurait plaisir à compter quelques non au milieu des OUI qu'ils contiendraient. On voudrait les voir écrits.

On sait bien du reste que le gouvernement ne cédera pas à ces provocations puérilesj^ mais alors on en profite, et c'est un argument , tout préparé pour les sc^^histes qui lui répètent : Vi)us êtes uae monarchie pft-t pulajre non conlirmcc par la souveraineté p(>|iulaire.

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