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CHAPITRE VII

Conduite de la nouvelle monarchie envers les partis.

Après avoir constate dans la monarchie de i83o le principe qui la constitue, l'esprit nouveau résultant de ce principe , il faut exposer sa conduite tant au dedans qu'au dehors, tant à l'égard des partis qu'à l'égard des étrangers.

Sa conduite à l'égard des partis peut se rendre en deux mots : clémence et légalité.

11 y a des gens à qui ces mots paraissent ou \ides de sens ou contradictoires avec l'idée d'une révolution. C'est toujours la révolution de l'jSc) qu'ils voient partout, ou celle de 181 5 : l'une qui a renversé pnr le fer et le feu une ancienne société, l'autre qui a fait effort pour la rétablir autant que possible ; l'une qui a eu la passion de la destruction , l'autre celle de la réaction. Mais toute révolution n'est pas faite pour détruire ou pour réagir. Celle surtout qui n'est venue que pour tout conclure, tout achever, tout rapprocher, ne saurait avoir ni le caractère ni les moyens de celles qui l'ont précédée.

Quand une révolution a tout à renouveler, il faut qu'elle attaque tout; et quand on attaque tout, tout se défend. La révolution de 1789, en voulant, avec raison, renouveler la France complètement, la mettait non-seulelement avec elle-même, mais avec l'Europe, dans une telle dissemblance , qu'un combat était inévitable au dedans comme au dehors , et que la guerre civile devait se compliquer d'une épouvantalc guerre étrangère. Tour ù

(7X ) tour républicaine et dictatoriale sous la convention, militaire et monarchique sous reriipire , notre première révolution n'a été , depuis la prise de la Bastille jusqu'à Waterloo, qu'une lutte longue et violente contre l'ancien régime, poursuivie sous toutes les formes et en totis lieux. A partir de i8i5 , l'ancien régime a réagi d'abord avec un esprit de vengeance ; puis, quand il a été un peu calmé, avec un esprit d'avidité, et jusqu'en juillet i83o, avec un entêtement criminel. Larevolution de i83o vient, après toutes ces luttes, ces réactions, opérer la conciliation entre tous les régimes, tous les partis. Elle n'avait rien à détruire, sauf la dynastie , sauf certaines restrictions apportées, mal à propos, à rexèrcice de nos droits politiques ; elle n'avait qu*à rétablir le mouvement naturel de nos institutions, contrarié, paralysé par la dynastie déchue; elle n'avait, dans l'administration, qu'à continuer l'esprit de perfectionnement déjà introduit chez elle , grâce à la publicité, mais introduit avec quelque timidité et une sorte de ménagemens pour certains abus.

Avec une telle vocation , la révoluîiQa de

(7=") iSSon'a pu rencootrer ni Jes mêmes ressentimens ni les mêmes hostilités. Un jour de combatj'a débarrassée de la d3'naslie; mais cela fait, elle n'avait plus personne ni à désarmer ni à dépouiller. Sans doute, le clergé qui se voyait privé d'une famille s'appuyant volontiers sur lui, les royalistes du Midi et de l'Ouest qui avaient pour cette dynastie des affections anciennes , enfin une masse considérable d'hommes que les révolutions effraient toujours , ont vu , les uns avec dépit, les autres avec douleur , les derniers avec inquiétude , la révolution qui s'accomplissait. Mais, du dépit, de la douleur , de l'inquiétude , il y a loin à ces ressentimens véhémens qu'inspirent les spoliations que la première révolution avait été obligée d'exercer. En i83o, on ne prenait pas au clergé ses biens, on n'enlevait pas à ces hobereaux du Midi ou de la Vendée leurs terres , leurs droits féodaux , leur franchise d'impôt , leurs titres , etc. ; on n'allait pas traiter de suspects ceux qui avaient peur, les exiler et confisquer leurs biens. Rien de comparable à ce qui s'est fait en 1789 n'était a exécuter. Au lieu de

(73) haincL iatércssée , au lieu de désespoir, la révolution de i83o devait exciter sans doute de grands déplaisirs , blesser des affections anciennes , exciter des alarmes ; mais elle ne pouvait provoquer ces soulèvemens qu'on inspire quand on ruine , q^iiand on dépouille. Pour ramener ce clergé , pour consoler ces royalistes, pour traniiuilliserceseffroyés, auxquels on n'avait rien de personnel à arracher, il fallait du temps , des égards , de la sécurité. Si , en présence d'un tel état de choses , la révolution de juillet avait voulu considérer des mécontcntemens comme des révoltes imminentes , prêtes à éclater , et dès lors prendre l'initiative , commencer par être dure , sévère , effrayante , elle aurait commis une étrange méprise , elle aurait manqué à sa mission , et se serait rejetée dans la carrière des réactions , qu'elle avait pour but de fermer; car la rigueur , comme on sait , engendre la rigueur, et les révolutions vivent sous l'inexorable loi du talion.

Aujourd'hui, sans but, sans raison, sans un danger réel , nous armer des rigueurs de 1793, eut été aussi barb£\rc qu'insensé. La

74 ) révolution de 1789 avait pour elle le motif, l'excuse , la gloire d'une vaste régénération , d'ioïmenses et inévitables hostilités avec le monde; mais nous qui héritons d'une régénération toute consommée, nous qui n'a- AsCl vons qu'une transaction à conclure, un établissement à compléter, qui avons des préventions à vaincre plus que des intérêts i\ immoler, et plus de dépit que de haine à braver; nous qui ne courons aucun danger sérieux ; nous, sans avoir les Vendéens à Nantes et à Saumur, les Autrichiens à Lille , nous deviendrions proscripteurs, uniquement pour être révolutionnaires d'une manière plus grande!... Plagiaires ineptes , nous copierions les fautes, les malheurs d'autrui , sans nous donner leur grandeur , car nous n'aurions pas les mêmes causes pour grandir nos passions et notre génie! Non , cela n'est pas possible ; non; ce sont des inepties qui peuvent occuper quelques cerveaux mal faits, mais qui ne peuvent égarer l'esprit d'un grand peuple. Auwi, notre révolution , malgré quelques folles et impuissantes excitations, est restée douce, clémeote et légale.

( 75 ) Et qu'on me permette de le dire : en soutenant tout cela je suis parfaitement conséquent avec ce que j'ai dit, écrit et pensé de la révolution française. Lorsque sous la restauration elle était baffouée par les libéraux eux-mêmes; lorsque M. Benjamin Constant , du haut de la tribune , jetait des paroles si dures contre de malheureux conventionnels proscrits ; j'ai invoqué l'impartialité de mon siècle en faveur des hommes qui , au prix de tant d'efforts et de douleurs poiJr eux-mêmes , avaient rég<> néré la France. J'ai montré à quels résultats l'entramement des passions politiques conduit quelquefois des têtes fermes et des âmes qui ne sont pas cruelles. J'ai montré la faiblesse de l'homme dans l'immense tourbillon des révolutions ; et sur tant de malheurs j'ai fait planer un mérite pour les couvrir, cehti de la France régénérée et sauvée du fer étranger. J'étais vrai , sincère , et peut-être courageux ; mais je ne croyais pas faire pacte avec le comité de saJut public , avec ses actes , avec ses fureurs. Je ne croyais pas m 'interdire de coiî^eiller la modération e^ la raison à mon

pays , quand on voudrait l'égarer ! Bien au contraire ; c'est dans l'étude de ces terribles faits que j'ai puisé la conviction qu'il faut se garder des entraînenjens politiques , que j'ai puisé cette conviction que la révolution actuelle ne ressemble , ne doit ressembler en rien à celle qu'on a faite il y a quarante ans ; que son but , ses moyens , son esprit , tout doit être différent : car elle n'aurait plus , dans les mêmes circonstances et les mêmes, résultats, ses excuses et ses dédommagemens.

Heureusement, du reste, le pays tout entier a compris cela aujourd'hui. Grâce à ses chefs généreux, à son roi, à son peuple, notre révolution n'a pas versé une goutte de-^ang. Silencieuse et sévère , elle a reconduit avec égards , avec respect, ces hôtes infortunés que la fortune des révolutions avait une dernière fois jetés sur nos bords , et qui n'ont pas su s'y acclimater et y vivre , quand tout les y invitait. Elle les a regardés monter sur la nef de l'exil, sans les outrager, sans les maudire, sans leur souhaiter le malheur. Elle ne leur a

(77 ) souhaité que l'oubli de nous et d'eux-mêmes. Elle leur a promis qu'ils ne seraient jamais indigeus , parce qu'ils avaient régné sur la France. Cependant, si elle avait voulu les regarder avec l'œil des partis , elle aurait pu voir du sang sur leurs mains. Elle ne s'est pas bornée à cette clémence : ces ministres qui avaient violé les lois , répandu le sang des citoyens, elle les a épargnés. Roi , ministres, gardes nationaux, se sont jetés entre le peuple et eux pour défendre leur tête. Oh! sans doute il en a coûté de terribles momens J Louis-Philippe a vu son palais troublé au milieu des nuits; il a vu ces furieux qui n'avaient pu avoir la tête des coupables, venir la lui demander avec outrage et menace. Roi , ministres, soldats, ont résisté! gloire leur en soit rendue!... Eh bien 1 qu'il se lève aujourd'hui, celui qui oserait dire ce que tant de bouches répétaient alors , qui oserait dire que la vengeance du peuple a été frustrée!... Je l'en défie, quel

qu'il soit! Le gouvernement a donc

eu raison de résister aux passions du moment !

Il est bien vrai que le parti ingrat auquel

(7» ) QB a fait grâce da»8 la personne de ses chefs est sans reconnaissance et sans justice ; je sais bien que ce parti, assassin de Ney , de Brune , de Labédoyère et de tant de victimes, que ce parti offense notre révolution , Botreroi, ses ministres qui résistèrent, et les appelle prescripteurs. Eh! qu'importent les offenses de quelques ingrats? Est-ce pour «ux , est-ce pour avoir un éloge de leur bouche, que la révolution de 1 85o a été généreuse ? Non ; c'est pour elle-même , pour la France , pour la vérité. Et elle en a eu la récompense! Lorsqu'en effet les puissances ii>quiètes et effrayées hésitaient entre la paix et h guerre, ce grand acte a plus fait pour décider la paix que toutes les négociations les plus habiles.

La révolution de i83o a été clémente; elle a dû, surtout, rester légale envers tous les partis. Rester légale, cela veut dire qu'à Paris, comme dans les provinces, elle permettrait à tout le monde de profiter du bénéfice des lois; de parler, d'écrire, de célébrer les cérémonies du culte, d'aller, de venir, de s'enfermer dans des chiiteaux. Cela voulait

(79) dire qu'à Paris, comme à Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes ou Rennes, c'est-à-dire dans toute la Fiance, elle souffrirait que des journaux de toute espèce l'accablassent des plus violentes injures, répandissent de fausses nouvelles et de fausses doctrines ; que les écrivains carlistes l'accusassent de proscrire, d'outre-passerles lois, tandis que les écrivains patriotes l'accusaient de ne pas les exécuter: cela voulait dire que cette révolution permettrait que les curés dans leurs chaires , les évoques dans leurs mandemens, se dissent arrivés aux-jours de la persécution , et empruntassent à l'Écriture les plus sinistres allusions; qu'elle permettrait à un clergé hostile de continuer ses processions, de conserver sur la voie publique ces croix gigantesques , élevées par un dernier effort du fanatisme des missionnaires; qu'elle laisserait des mécontens , rêvant Henri Y, s'enfermer dans leurs terres pour y mal penser, y mal parler, y mal inspirer leurs fermiers et leurs paysans.

Tout cela était la conséquence inévitable de l'ordre légal : car, encore une fois, Tordre légal, c'est se laisser critiquer, calomnier.

(8o) braver, détester, maudire; c'est souffrir que chacun pratique sa foi , même une foi hostile, et prie le ciel contre votre existence et votre prospérité.

Un nutre désagrément fort grand de cet ordre légal , c'était d'exposer la monarchie nouvelle à la colère du parti patriote , lequel , exalté par la vue des carlistes, leur rendrait excès pour excès ; à une presse carliste opposerait une presse démagogique ; aux reproches de tyrannie , d'arbitraire, allégués par les carhstes, opposerait le reproche de mollesse, de complicité , de trahison même; à des croix restées sur des grandes routes opposerait des arbres de liberté ; contrarierait , persécuterait les fonctionnaires publics, et fmirait en un mot par s'associer de langage , d'efforts aux carlistes, pour combattre cette autorité incommode venant froidement , la loi à la main, s'interposer entre tous les partis.

Tout cela^étajûnéiùtabk, il fallait le subir; ce qui n'empêchait pas toutefois qu'en ne voulant ni excéder les lois ni en créer d'exceptionnelles, on fit néanmoins exécuter les lois existantes , qu'on intentât des procès

aux journaux , de toutes les opinions qui dépassaient la limite des lois , qu'on observât et saisît les individus qui, dans le fond de leurs terres , passaient du mécontentement à des actes coupables , à des intrigues conspiratrices ou à des crimes sur les grandes routes; qu'on réprimât le clergé qui , abusant du respect accordé au culte , devenait ou provocateur ou factieux. Mais il fallait s'en tenir là , c'est-à-dire à l'application impartiale et régulière des lois existâmes. Si, au contraire, aux premières injures de la presse, aux premiers ombrages qu'auraient donnés quelques intrigans;si, aux premiers réfractaires qui auraient quitté leurs foyers ,1e gouvernement avait pris feu, et qu'il eùtdemandé des lois contre la presse ou contre la liberté individuelle, il manquait le but, il sortait du système légal, il n'était pas digne de faire prévaloir et triompher ce beau système: car pour être digne de le supporter et de le pratiquer, il faut savoir subir ses ennuis, ses désagrémens , ses disgrâces.

Les moyens extraordinaires qu'on aurait pu demander n'auraient du reste pas atteint

le but qu'on avait en vue. On voulait sans doute faire cesser le mal plus tôt; eh bien ! on l'aurait prolongé. C'est chose facile à prouver.

En gëùéral d'abord , les moyens ext^aorj:^ dinaires servent peu , même en temps de crise. Faites une loi contre les journaux : si Vous employez une pénalité trop forte , ils la bravent; si vous employez la censure , ils se changent en brochures, ils n'en sont que plus véhémens;et la censure supprimée , ils sont d'une violence dévastatrice. Faites une loi sur la liberté individuelle : les conspirateurs, s'il yen a, vous échappent; mais , comme le mal n'est pas dans les conspirateurs,'car jamais conspirateurs n'ont renversé le gouvernement qu'ils attaquaient ; comme le mal est dans l'agitation des âmes , il faut , pour faire quelque chose , emprisonner cent mille supects, et chacun sait ce qui en résulte. En administration, les moyens extraordinaires peuvent servir un peu d'avantage , mais en ruinant. Les réquisitions épuisent et gaspillent dix fois plus de ressources qu'elles n'en produisent ; les assi-

gnàts servent à vivre quelques Jours, au prix de la banqueroute dans quelques mois. Toutefois, je conçois que, dans un moment de péril imminent, quand on a les Vendéens à Saumur, les Autrichiens à Lille , on veuille , pendant un mois ou deux , pendant une cam pagne enfin, faire taire des Journaux, contenir des agitateurs, trouver des vivres, créer nn papier qui vous fasse exister quelques jours. Je conçois cela, bien qu'il y ait fort à dire. Mais après qu'arrive -t -il? Tous ces moyens sont des contraintes insupportables , qui laissent une irritation profonde ; et il faut des années pour calmer l'exaspération qu'ils ont produite. On a contenu , on a subsisté, mais en irritant; il reste ensuite à calmer, ce qui est lent et difficile.

Mais si, par exemple, on n'est pas dans une crise pressante ; si l'on n'a pas la raison si grande de s'assurer du calme ou des ressources pendant le temps d'une campagne ; si c'est uniquement par impatience , par désir précipité d'en fmir, qu'on veuille employer des mesures exceptionnelles ; alors , qu'on me permette de le dire, le S3'3tème déjà

(84) fort contestable on temps de crise , devient , quand on n'y est pas, aussi absurde que coupable.

Aujourd'hui , par exemple , les passions encore agitées s'expriment dans des journaux, produisent des intrigues dans certaines proviûces, et même quelques scènes de chouannerie. On voudrait faire cesser cet état de chose. Pour le foire cesser, il faut calmer, éteindre ces passions , seule cause de tout le mal. Pour calmer il faut du temps; mais on est trop impatient , et par impatience on irait employer des mesures dont l'effet serait d'irriter davantage, des mesures après lesquelles il faudrait, pour apaiser l'effet qu'elles auraient produit, plusdetempsque nous n'avons voulu en employer aujourd'hui. Ce serait, en vérité, agir d'une étrange façon. C'est du temps qu'il faut , quand on n'a pas recours aux mesures violentes ; mais c'est du temps aussi, et bien plus de temps encore, qu'il faut après les mesures violentes, quand on a commis l'erreur de les employer. C'est à la fois plus de temps et plus de rigueur. 11 nous semble , en vérité, qu'il n'y a pas profit.

II faut donc lout attendre du temps , qui coûte , il est vrai , à l'impatience des hommes, mais qui seul dissout les partis, en leur montrant la vanité de leurs espérances, l'impuissance de leurs menées , les avantages du gouvernement qu'ils méconnaissent; en obligeant les oisifs, qui font le fond des partis, à embrasser une profession, une carrière , à se jeter dans l'ordre de choses existant pour s'y faire une place. Il n'y a point de répugnance que ce temps, si bienfaisant, n'efface. Il calma , comme on sait , en 1801 , les répugnances des émigrés, des Vendéens, des prêtres : car on sait où les trouva tous la légitimité , quand elle vint les surprendre en i8i4 : ils ne conspiraient plus, ne cliouannaient plus , ne prêchaient plus, ou ne prêchaient que pour le fils de la victoirt .

A côté du parti auquel le gouvernement a dû appliquer toutes ces manières de raisonner et d'agir, le parti patriote a jeté les hauts cris. Il a crié à la mollesse, à la trahison. Défiant, injuste, exagéré par nature , parce qu'il aie tcmpérammcnt populaire, il devait dire et faire tout ce qu'il a fait. Il s'est mou-

( 80) tré plus audacieux que le parti carliste , parce que , toujours et partout , le parti qui est issu du parti gouvernant ose davantage , comptant sur plus de ménagemens. Il a écrit , injurie, calomnié comme le parti carliste ; il a conspiré dans des clubs j il a fait davantage , il a tenté des séditions. 11 a par conséquent essuyé l'application des lois plus que l'autre ; il a encouru des jugemens , provoqué des charges de cavalerie. Le gouvernement l'a contenu , mais il l'aménagé, et, en lui appliquant la loi , ne la lui a pas toujours appliquée tout entière. Néanmoins on n'a pas manqué de dire que le gouvernement, qui ménageait les carlistes , persécutait en même temps les patriotes , se séparait d'eux, les laissait sans places , ou les égorgeait à petit bruit dans les rues. Comme si le gouvernement , parce qu'il était clément envers les vaincus, parce qu'il restait dans une rigoureuse légalité avec eux , avait dû souffrir néanmoins que des hommes, issus du même parti que lui, essa5'assent impunément de dépaver les rues, de brûler leshôtels des ministres, de faire des barricades, ou d'attenter à la sûreté des personnes !

Ce sont là des reproches qui ne soutiennent pas l'examen.

Le gouvernement a parfaitement fait de prendre la position qu'il a prise. Un gouvernement ne saurait jamais être a l'une des extrémités politiques. Si celui de Charles X. fût resté au centre droit, comme du temps de M. de Martignac, il eût duré. Il s'est perdu , en se plaçant à l'extrême droite avec M. de Polignac. Celui de Louis - Philippe doit être à gauche , mais il périrait à l'extrême gauche. Un gouvernement est dans sa vraie position quand il a derrière lui le parti ennemi , et un peu en avant de lui > :<>'^ son propre parti, ou du moins la portion exagérée de son parti. Un gouvernement est perdu quand il ne sait pas résister à ses amis , et même rompre avec eux , pour n'être d'aucune faction. Les gouvernemens n'ont jamais péri par leurs ennemis, mais par eux-mêmes, par l'exagération de leur principe. La convention a péri par la violence, Napoléon par la conquête , la restauration par le droit divin. Un gouvernement

( 88) est méprisable qui ne sait pas contenir son parti et se laisse mener par lui.

II y a une maxime vieille comme le monde: si vos ennemis souhaitent une chose , c'est le contraire qui est bon pour vous.

Eh bien ! que souhaitent les carlistes ? Lisez leurs journaux, écoutez leurs discours de tribune, recueillez les bruits qu'ils sèment en province. Ils annoncent des lois d'exception , ils dénoncent l'arbitraire là où il n'existe pas; ils laissent leurs croix à l'air, ils font des processions pour les voir outragées; ils supposent, parce qu'ils les désirent, des mesures qui soulèveraient la population de la Vendée; ils affirment chaque jour que l'émeute a triomphé à Paris; ils aiment surtout à répéter que le gouvernement est sans force , et se laisse conduire par une faction révolutionnaire qui le domine malgré lui. Ils prédisent, CD un mot, tout ce qu'ils souhaitent, c'est-àdire, la violence et la persécution. Tel d'entre eux écrit pour avoir des procès.

Eh bien! le gouvernement, qui ne persécute pas, qui applique la loi à tous, et rien que la loi, qui ne crée pas de lois exceptionnelles.

( 89) qui. protoge les processions et les croix, qui n'emploie pas de mesures extraordinaires en Vendée, qui résiste au joug de son parti, qui sait le réprimer tout comme un autre, qui dédaigne certaines attaques , et n'intente pas de procès à ceux qui en\eulcnt; le gouvernement qui agit de la sorte , est dans le vrai. Il a les conditions de la force et de la durée. Quiconque n'emploie que les moyens légaux et réguliers, et compte sur le temps, aie temps pour lui. Le temps protège qui l'invoque.

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