‹ La Mongautier: roman des temps révolutionnairesChapitre 4 sur 10 · UN COUP DE MAIN · texte numérisé non relu

UN COUP DE MAIN

Bien que la guerre entre la France et l'Espagne durât depuis plus d'un mois, on continuait, au château de Saint-Marsans, à ne pas s'en alarmer et à nourrir l'espoir de n'en pas souffrir. Elle ne s'était pas encore annoncée par un de ces coups retentissants, une de ces grandes batailles qui avaient signalé d'autres campagnes et notamment celles du Rhin. Le pays qui s'étend autour de Saint-Jean de Luz conservait plus de tranquillité que ne l'espéraient ses habitants au début des hostilités. Ce n'est pas sur ce point, en effet, que devait se porter l'effort le plus décisif des Espagnols. C'est à l'autre extrémité des Pyrénées, dans le Roussillon, qu'ils comptaient agir avec énergie, et tenter de franchir la frontière pour envahir le sol français. Du côté de l'Océan, ils semblaient vouloir se contenter de défendre le passage de la Bidassoa.

Aussi, la Convention, qui, depuis longtemps, en prévision de la guerre, entretenait là une petite armée, dite l'armée des Pyrénées occidentales, s'était-elle bornée à en renforcer légèrement l'effectif et à l'élever à huit mille hommes. Ces troupes étaient divi&ées en trois camps, dont le plus important, celui d'Hendaye, abrité sous le fort de cette ville, couvrait la route de Béhobie, principale voie de communication avec l'Espagne, et protégeait toute la contrée comprise entre la frontière et Saint-Jean de Luz parallèlement à la mer. Aucune opération militaire n'avait encore eu lieu.

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d'Angélique, "n'attendait qu'un mot d'elle pour l'épouser. Il voyait dans un avenir prochain ce mariage accompli 5 et comme conséquence Mlle de Saint-Marsans remise en possession de son patrimoine. C'était assez pour faire d'Angélique, à ses yeux, une créature d'élite dont il convenait de ne pas pénétrer le passé, puisque, quel qu'il eût été, elle le rachetait par sa conduite actuelle. Il lui témoignait, par un dévouement qui ne se marchandait jamais, l'opinion qu'il s'était formée d'elle et la sincère vénération qu'il lui avait vouée.

Ses procédés, ceux de Charlotte, ne touchaient pas moins le cœur d'Angélique. Son aventureuse existence ne l'avait guère accoutumée à recevoir de tels hommages. Ceux qu'on lui prodiguait jadis ne s'adressaient qu'à sa beauté. Intéressés de la part des courtisans qui brûlaient leur encens à ses pieds, ils avaient sa déchéance pour but, et si toujours elle les repoussait, c'est qu'ils la blessaient dans sa pudeur. Ceux qu'elle recevait maintenant l'emplissaient, au contraire, de reconnaissance et d'orgueil. Pour s'en montrer digne et les payer, elle eût volontiers versé son sang. A plus forte raison y répondait-elle en entourant Charlotte d'une tendre et ingénieuse sollicitude, qui berçait et endormait la douleur de celle-ci.

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