‹ La Mongautier: roman des temps révolutionnairesChapitre 5 sur 10 · UN COUP DE MAIN · texte numérisé non relu

UN COUP DE MAIN

Bien que la guerre entre la France et l'Espagne durât depuis plus d'un mois, on continuait, au château de Saint-Marsans, à ne pas s'en alarmer et à nourrir l'espoir de n'en pas souffrir. Elle ne s'était pas encore annoncée par un de ces coups retentissants , une de ces grandes batailles qui avaient signalé d'autres campagnes et notamment celles du Rhin. Le pays qui s'étend autour de Saint- Jean de Luz conservait plus de tranquillité que ne l'espéraient ses habitants au début des hostilités. Ce n'est pas sur ce point, en effet, que devait se porter l'effort le plus décisif des Espagnols. C'est à l'autre extrémité des Pyrénées, dans le Roussillon, qu'ils comptaient agir avec énergie, et tenter de franchir la frontière pour envahir le sol français. Du côté de rOcéan, ils semblaient vouloir se contenter de défendre le passage de la Bidassoa«

Aussi, la Convention, qui, depuis longtemps, en prévision de la guerre, entretenait là une petite armée, dite l'armée des Pyrénées occidentales, s'était-elle bornée à en renforcer légèrement l'effectif et à l'élever à huit mille hommes. Ces troupes étaient divisées en trois camps, dont le plus important, celui d'Hendaye, abrité sous le fort de cette ville, couvrait la route de Béhobie, principale voie de communication avec l'Espagne, et protégeait toute la contrée comprise entre la frontière et Saint-Jean de Luz parallèlement à la mer. Aucune opération militaire n'avait encore eu lieu.

car on ne pouvait décorer de ce nom quelques escarmouches sans conséquences, ni les coups de fusil plus ou moins meurtriers que les belligérants, renonçant à s'aborder déplus près, échangeaient, du matin au soir, d'une rive à l'autre de la Bidassoa. On ne s'inquiétait donc pas, à Saint-Marsans, et quoique, avec son ordinaire prudence, Dominique Haristéguy se tînt prêt à emmener à la ville, en cas d'alerte, les femmes dont il avait la garde, il ne se croyait pas exposé à recourir à ces mesures de salut.

Promptes d'abord à s'effrayer du bruit des fusillades et du voisinage des hostilités, Angélique et Charlotte avaient fini par s'aguerrir, donnant ainsi à Mme Dominique et à Manette l'exemple du courage et du sang-froid. Elles s'étaient si bien aguerries, qu'il leur arrivait souvent de quitter le château, et, à l'aide d'un mulet qui les portait tour à tour, de gagner par d'étroits sentiers, tracés à travers les collines, le sommet de la plus élevée, d'où elles pouvaient suivre les mouvements des troupes, sur les bords de la rivière, de Béhobie à Hendaye, et assister à des combats d'avant-garde.

D'autres fois, elles accompagnaient Haristéguy jusqu'au camp où les gens du château étaient tenus pour patriotes. Elles y distribuaient, pour les blessés qu'on y rapportait, des secours en nature ou en assignats, la monnaie courante d'alors, et la charpie qu'elles avaient préparée durant leurs longs loisirs. Elles rentraient ensuite à Saint-Marsans, heureuses du bien qu'elles venaient d'accomplir et prêtes à recommencer.

Depuis un mois, les événements se déroulaient avec cette physionomie uniforme, sans laisser prévoir des incidents plus émouvants, lorsqu'un matin — c'était le

23 avril — au lever du jour, Angélique, encore couchée et endormie, fut brusquement réveillée par un bruit de détonations plus violent et plus nourri que tous ceux qu'elle avait entendus déjà. Elle se jeta hors de son lit et, vêtue en un tour de main, elle courut à la croisée. Ce lugubre vacarme venait du côté d'Hendaye. Il déchirait l'espace de ses coups précipités, et sur le fond sombre du ciel d'où les dernières ombres de la nuit n'avaient pas encore entièrement disparu, il allumait des reflets d'incendie qui se succédaient aussi rapides que des éclairs. Cette fois, ce n'était plus une simple fusillade, c'était le canon.

Comme Angélique achevait de s'en convaincre, la porte de sa chambre s'ouvrit et Charlotte I entra. Tirée, elle aussi, de son sommeil, elle se réfugiait effrayée auprès de son amie.

— Que se passe-t-il, Angélique ?demanda-t-elle.

— Je suppose qu'une bataille vient de s'engager.

— Prions Dieu pour qu'il nous protège.

— Et pour qu'il donne la victoire à nos armes, reprit Angélique.

Charlotte ne répondit pas. Peut-être au fond de son cœur, faisait-elle des vœux pour les armées royalistes de l'Espagne qui représentaient à ses yeux le bon droit tandis que les armées républicaines défendaient un gouvernement usurpateur et régicide. Mais, à l'exemple d'Angélique, elle s'agenouilla et, durant quelques minutes, elles s'unirent dans une prière commune. Puis, s'étant relevées, elles allaient sortir, quand apparurent Manette et Mme Dominique.

Manette tremblait de tous ses membres, croyant son dernier jour arrivé, sursautant à chaque coup de pÊ{^

ce canon maudit dont le tapage, loin de s'apaiser, ne

faisait que grandir. Quant à Mme Dominique, elle se désolait. Justement, une heure avant, son mari était parti en carriole pour Saint-Jean de Luz où l'appelaient quelques affaires, et, en son absence, elle ne savait à quel saint se vouer. Les domestiques du château qui se montrèrent à leur tour, ne témoignaient pas de plus de sang-froid, si bien que ce ne fut pas trop de la fermeté d'Angélique et de Charlotte, pour rassurer ces vieilles gens que terrifiait la perspective d'un sanglant combat qui peut-être allait venir se dérouler sous les murs du château. Mme Dominique ne parlait de rien moins que d'aller chercher un asile à Saint-Jean de Luz. Manette ne retrouvait un peu d'énergie que pour encourager cette proposition. Si on les eût écoutées l'une et l'autre, on eût attelé une charrette et, après l'avoir chargée des objets les plus précieux, on serait parti en abandonnant Saint-Marsans aux horreurs de la guerre.

— Avant tout, il faut savoir ce qui se passe, déclara Angélique, résolue à ne pas s'enfuir, à moins que Haristéguy, quand il reviendrait, n'en décidât autrement.

— Savoir ce qui se passe I gémit Manette. Pour le savoir, il faudrait aller au-devant des coups.

— S'exposer à la mort, ajouta Mme Dominique.

Angélique expliqua alors que, sans s'exposer, elle

pouvait se rapprocher du théâtre du combat, comme elle l'avait fait souvent avec Charlotte. Les deux vieilles se récrièrent. Mais Angélique insistait, et son langage, exprimant une résolution définitive, leur ferma la bouche.

— J'irai avec vous, chère amie, dit Charlotte à qui tout son courage était revenu.

Cinq minutes plus tard, elles s'éloignaient par les chemins détournés qu'en tant d'autres circonstances, elles avaient parcourus ensemble. En moins d'une heure, elles atteignirent, en évitant la grande route, les hauteurs qui se dressent au-dessus de la Bidassoa et d'où l'on découvre un immense horizon. Elles purent alors embrasser du regard un terrifiant spectacle, et comprendre d'où venait le terrible bruit qui les avait éveillées.

Des batteries espagnoles établies de l'autre côté de la rivière, sur le point le plus élevé de Fontarabie, s'étaient donné pour but la destruction du fort d'Hendaye. Depuis le matin, elles couvraient la ville de fer et de feu. Les Français avaient essayé de répondre en tirant sur cette citadelle dévastatrice. Mais, en peu d'instants, elle avait éteint le feu de leurs canons qu'elle dominait. Le fort éventré, abandonné par ses défenseurs, semblait prêt à tomber en ruine.

Tout autour, montait dans le ciel l'épaisse etrougeâtre fumée des incendies qu'avaient allumés dans Hendaye les obus espagnols. Chassés de leur demeure, les habitants fuyaient. On les voyait se disperser de tous côtés, entraînant dans leur panique les soldats eux-mêmes qui, surpris en pleine quiétude, abandonnaient leur camp, démoralisés et affolés par cette attaque imprévue.

De la place où elles se trouvaient, Angélique et Charlotte suivaient des yeux ces fuyards que quelques officiers tentaient en vain de rassurer et d'arrêter.

— Oh! les lâches f les lâches ! murmurait Angélique; ils désertent !

On apercevait déjà une colonne d'infanterie espagnole qui marchait vers le pont de Béhobie, avec sans

88 LA M0N6AUTIER.

doute le dessein de le traverser et d'entrer en France. Ce qui allait se passer, l'occupation d'Hendaye livrée sans résistance^ et les Français chassés des divers points qu'ils avaient occupés jusqu'à ce jour, s'annonçait si clairement dans les mouvemen.ts de l'ennemi, que les deux jeunes filles se serrèrent Tune contre l'autre, Tâme étreinte par l'angoisse.

— Il faut retourner en hâte au château, observa Charlotte. .

Angélique partagea cet avis, et elles s'empressèrent de revenir sur leurs pas. Quand elles arrivèrent à Saint- Marsans, Haristéguy y était rentré, rappelé par le bruit du canon qu'on entendait de Saint-Jean de Luz, comme aussi parles rumeurs qui proclamaient la victoire des Espagnols.

Inquiet sur le sort d'Angélique et de Charlotte, blâmant leur imprudence, il se préparait à aller à leur rencontre. Rassuré en les voyant, il voulait les conduire à la ville avec sa femme et Manette. Quand il les y aurait mises à l'abri, il reviendrait à Saint- Marsans.

— Puisque vous devez y revenir, demanda Charlotte, pourquoi nous en éloignez-vous?

— Parce que tout me porte à croire que les Espagnols, trouvant la route libre devant eux, vont se présenter ici, et que je ne veux pas vous laisser exposées aux dangers d'une occupation,

— Vous croyez donc que les Français ne conjureront pas ces dangers? reprit Angélique.

— Les Français ont lâché pied. Ils se portent sur Saint-Jean de Luz. La route est couverte de leurs bandes désorganisées.

C'était la vérité. Les troupes républicaines, compQ-

sées en partie de gardes nationaux et de jeunes conscrits non encore accoutumés au feu, n'avaient pu tenir devant un ennemi numériquement plus fort et mieux discipliné. Dans ces circonstances difficiles, les chefs, cédant aux nécessités créées par cette défection, avaient décidé de lever le camp d'Hendaye et de se porter en arrière, sur la route de Saint- Jean de Luz. Ce mouvement qui s'exécutait sans précision, sans ordre, avec toutes les apparences d'une débandade, livrait aux Espagnols un territoire assez vaste de ce côté de la frontière, et avec ce territoire, le domaine de Saint-Marsans, qui en occupait une partie. C'est la ce dont s'effrayait Haristéguy.

— Ce soir, ou demain, disait-il, les Français voudront reprendre possession de leur sol. L'ennemi ne se laissera pas chasser sans résistance. Des combats s'engageront autour du château, peut-être même dans son enceinte. C'est pour cette cause que vous n'y pouvez rester.

— Vous avez bien raison, citoyen Haristéguy, répétait Manette; partons, partons.

Mais personne ne lui faisait écho, pas même Mme Dominique.

— Je partirai sî tu pars, notre homme, déclarat-elle. Si tu restes, je reste. Ma place est là où tu es.

— Restons tous, s'écria Angélique.

Charlotte appuyait résolument.

— Les Espagnols ne sont pas des bandits, dit-elle; ils ont le respect des femmes, et s'ils occupent le château, nous serons en sûreté sous leur garde tout autant que sous celle des Français.

— Mais si l'on se bat! bégayait Manette.

— Si l'on se bat, ma bonne, reprit Angélique, tu iras

te cacher dans les caves. Quant à nous, nous soignerons les blessés.

Haristéguy eut bientôt compris qu'il n'aurait pas raison de la révolte suscitée contre son projet.

— Qu'il soit donc fait selon votre volonté, dit-il.

Il ne fut plus question de partir. Dans l'ignorance où l'on était des événements, Haristéguy, pressé d'en connaître l'issu, s'éloigna de nouveau pour se rendre à Urrugne où il serait plus à portée de recueillir des nouvelles. Son absence se prolongea durant plusieurs heures. Sa femme, Angélique, Charlotte attendirent avec impatience son retour. L'effroi de Manette continuait à se traduire par des gémissements. Cependant, le canon avait cessé de gronder. Mais on entendait toujours la fusillade qui tantôt s'éloignait et tantôt se rapprochait. Bientôt elFe s'apaisa, et il fut évident que les Français avaient définitivement renoncé à disputer la route aux Espagnol» et à les déloger de leurs positions.

Une partie de la journée s'écoula dans ces alternatives. Vers cinq heures de l'après-midi, Haristéguy revint.

— Les Espagnols tiennent tout le pays jusqu'à Urrugne, dit-il. Nous n'éviterons pas leur visite. Elle ne saurait tarder. Nous serons contraints delà subir, puisqu'on nous a laissés sans défense.

Et comme il voyait Manette pâlir, il l'engagea à rentrer chez elle. Angélique se joignit à lui pour presser sa nourrice de céder à ce conseil.

— Puis-je donc te quitter? s'écria celle-ci. J'ai peur, c'est vrai. Mais cela ne m'empêche pas de rester près de toi, dussé-jey mourir.

— Ehl personne n'en veut à vos jours, la vieille, répliqua Haristéguy, en levant les épaules.

Manette se le tînt pour dit et, peu àpeu, elle parvint à maîtriser ses terreurs. Maintenant presque honteuse de les avoir trahies, elle s'excusait, répétant à tout propos que, bien qu'elle ne fût pas faite pour les aventures guerrières, elle saurait tout de même remplir son devoir.

Soudain, un domestique qu'Haristéguy avait placé en vedette à l'entrée du parc remonta précipitamment vers le château, au moment où Angélique et Charlotte allaient se mettre à table pour souper.

— Voilà les Espagnols, dit-il effaré au régisseur; ils sont plus de mille.

Haristéguy courut sur la terrasse, suivi de sa femme, des deux jeunes filles et de Manette. Aux dernières lueurs du jour déclinant, ils virent les Espagnols envahir le parc non pas au nombre de mille, comme Pavait dit le domestique, mais au nombre d'une quarantaine, appartenant au corps des grenadiers de la garde royale. Haristéguy les reconnut à leur uniforme bleu àparements clairs. A la tête de la troupe marchait un officier jeune et de belle mine, un capitaine dont la figure ouverte et bienveillante s'éclaira d'un sourire lorsqu'il eut constaté qu'au lieu de l'ennemi qu'il s'attendait peut-être à combattre en entrant dans le château, il n'avait devant soi que quelques femmes et un honvme sans armes.

— Rassurez-vous, braves gens, leur cria-t-il [de loin en un français très pur, dépourvu d'accent étranger, et en les saluant de Tépée, nous venons en amis, nous ne faisons la guerre qu'aux tyrans qui vous oppriment.

Ces paroles tombées dans le silence restèrent sans réponse. Haristéguy brûlait de l'envie de répliquer qu'en présence de l'étranger, il n'y avait en France ni

oppresseurs ni opprimés. Mais il se contînt, jugeant imprudent de provoquer par une bravade un adversaire contre lequel il ne pouvait rien et qui se présentait d'ailleurs avec des intentions pacifiques.

Sur l'ordre de l'officier, les soldats faisaient halte, mettaient l'arme au pied tandis que lui-même se por« tait en quelques pas au-devant d'Haristéguy qui s'était décidé à venir à sa rencontre.

— Qui êtes-vous? lui demanda-t-il en l'abordant.

— Le régisseur de ce domaine, répondit Haristéguy,

— N'appartient-il pas au comte de Saint-Marsans?

— Le comte de Saint-Marsans est mort.

— Mais il avait une fille?

— Elle est hors de France.

— Émigréeî Alors, cette terre a dû être confisquée par l'État.

. — Elle appartient maintenant au citoyen Dolissalde, membre de la Convention nationale, qui l'a rachetée.

A peine eut-il fait cet aveu qu'Haristéguy le regretta. La figure de l'officier avait pris une expression ironique et méchante. Il ricanait :

— Le citoyen Dolissalde! un scélérat qui osa condamner son roi.

— Il a voté le sursis, rectifia Haristéguy.

— Ceux qui votèrent le sursis avaient déjà voté la mort. Ils ont commis un crime abomitiable. Si j'avais eu l'honneur d'être ici chez le comte de Saint-Marsans, poursuivit l'officier, j'aurais eu pour sa propriété les mêmes égards que pour ceux qui l'habitent. Mais, du moment qu'elle appartient à un régicide...

Sans achever d'exprimer sa pensée, il se tournait vers ses soldats comme pour leur donner des ordres dont l'irritation, qui passait dans sa voix, permettait de de-

viner le caractère. Haristéguy comprit. Il vit le château dévasté, mis au pillage dans un coup de représailles et de vengeance.

— Ne vous hâtez pas de juger le citoyen Dolissalde et de le punir, capitaine, fit-il vivement à demi-voix, comme s'il craignait d'être entendu. En achetant ce château, il s'est fait le complice d'une bonne action. Il ne l'a acheté que pour le restituer un jour à Mlle de Saînt-Marsans.

Cette révélation parut surprendre l'officier. Cependant, il n'eut pas l'air d'en mettre en doute la sincérité :

— Ceci, reprit-il, n'absout pas le forfait qu'a commis le sieur Dolissalde en condamnant son roi, mais suffit cependant pour me décider à me conduire en ce château ainsi que dans une maison amie. Je le considère comme appartenant toujours à Mlle de Saint- Marsans. J'ai reçu l'ordre de l'occuper et de m'y maintenir, coûte que coûte, contre les Français s'ils essayaient de s'en emparer. J'entends donc y être maître. Je n'exigerai rien de vous, cependant, que ce qui me sera nécessaire pour l'accomplissement de la mission qui m'a été confiée.

— Ordonnez, capitaine; on vous obéira, dit Haristéguy heureux d'en être quitte à si bon compte.

— Qu'on loge mes hommes; il ne leur faut qu'un hangar et quelques bottes de paille. Vous aurez à les nourrir durant leur séjour. Mais leur dépense vous sera remboursée en bons de réquisition. Pour moi, je demande une chambre et mes repas en payant aussi, bien entendu. Qui sont ces jeunes dames? ajouta-i-ilen désignant sur le perron Angélique et Charlotte qui suivaient de loin, avec inquiétude, ce lomo^ colloque.

— Celle qui porte des vêteiments noirs est ma nièce, l'autre est une amie du citoyen Dolissalde, réfugiée ici pour fuir la capitale et ses dangers.

— Une Parisienne, fit galamment Tofflcier. Cela se devine rien qu'à la voir.

— Il y a encore sa nourrice, ma femme et nos servantes.

L'offîcier, satisfait de ses explications, réitéra ses ordres à Haristéguy concernant ses soldats, puis l'ayant congédié et s'adressant à ceux-ci, il leur donna ses instructions pour la garde du château. Il ne prévoyait pas un retour offensif des Français avant quelques jours. Mais il fallait se garder contre une surprise. Quelques instants après, des sentinelles étaient postées sur divers points du parc et le long du défilé qui conduisait de la grande route au château. Le reste de la troupe s'installa dans les communs. Alors, seulement, l'ofiicier se décida à gagner sa chambre. Haristéguy qui avait veillé à ce que rien ne manquât à ces nouveaux venus auxquels, maintenant, il tenait à plaire, s'offrit pour vf y conduire.

— Je serai à merveille ici, observa d'un accent de bonne humeur l'officier après avoir visité l'appartement qu'on finissait de préparer pour lui au premier étage.

— Désirez-vous qu'on vous y serve à souper, capitaine ?

— Serai-jedonc obligé de manger seul? s'écria-t-il désappointé. En traversant les pièces du rez-de-chaussée, j'ai vu dans l'une d'elles deux couverts. Je pense qu'ils sont pour votre nièce et pour l'amie du citoyen Dolissalde. Ne voudraient-elles pas m'autoriser à souper avec elles?

Dès son entrée au château, il avait remarqué qu'elles

étaient jolies l'une et l'autre, et, bien qu'elles lui fussent inconnues, leur société lui paraissait plus agréable que la solitude.

—'Vous autoriser à souper avec elles? dit Haristéguy. Venez le leur demander vous-même.

Il invita d'un geste l'officier à le suivre et le guida jus* que dans la salle à manger où Angélique et Charlotte recommençaient leur repas interrompu par l'arrivée des Espagnols. En voyant entrer le jeune chef, elles se levèrent sans savoir encore pour quelles causes il se présentait à elles, mais déjà prévenues en sa faveur par ses allures courtoises, sa grâce, charmante et ses procédés dont Haristéguy avait eu le temps de leur faire part. Leur accueil, quoique plein de réserve, révélait si clairement des dispositions favorables qu'il ne s'y méprit pas. Convaincu qu'elles ne demandaient qu'à exaucer son désir, il n'hésita pas à Texprimer. I le fit en ces termes :

— Mesdemoiselles, je suis le marquis Gaétan de Rosnière, bon Français quoique émigré et capitaine dans la garde de Sa Majesté le roi d'Espagne. Voulez-vous me permettre de m'asseoir à votre table?

Quoiqu'il eût l'air de s'adresser en même temps à Charlotte et à Angélique, en réalité, c'est à celle-ci qu'allait sa requête comme si elle eût été seule en position d'y faire droit. Il est vrai qu'elle occupait à la table où il souhaitait d'être admis la place d'honneur; que sa toilette d'une rare élégance en sa simplicité révélait une Parisienne, et qu'elle semblait être d'un rang social plus élevé que sa compagne, dont la beauté, quoique très pénétrante aussi, n'avait pas le même éclat, éteinte qu'elle était dans un deuil d'orpheline et dans une attitude voulue de modestie et d'effacement.

96 LÀ M0N6ÂUTIER.

— Vous êtes le maître, monsieur, répondît Angélique.

— Oh! les mauvaises paroles! remarqua-t-il. Est-ce en maître que j'ai parlé? Est-ce ainsi qu'on répond à une prière ?

Angélique ne s'excusa pas. Mais déjà, sur un signe d'elle, Manette apportait un couvert et Haristéguy poussait une chaise devant la table.

— Alors, vous voulez bien? reprit l'officier, restant encore debout comme s'il attendait l'autorisation qu'il avait sollicitée.

Cette fois, ce fut Charlotte qui parla.

— Un gentilhomme français est à sa place partout, dit-elle.

Elle s'asseyait, donnant l'exemple. Angélique et le marquis de Rosnière l'imitèrent. Comme la nuit venait, Haristéguy mit sur la table un candélabre après en avoir allumé les bougies. Puis il s'éloigna, laissant seuls les convives et Manette pour les servir.

Ils gardèrent d'abord le silence, Angélique et Charlotte un peu intimidées par la présence de cet étranger et lui ne songeant maintenant qu'à réparer la fatigue de cette journée en mangeant et en buvant. Une fois rassasié, il se redressa, et alors, comme rendu à luimême, il parut examiner avec plus d'attention les deux belles personnes à qui les circonstances venaient de le réunir.

Avec son instinct de femme, Angélique eut vite compris que c'était d'elle qu'il était surtout occupé. Son regard, après s'être à peine arrêté sur Charlotte, se reposait de préférence sur elle et la poursuivait avec une obstination qui la gênait. Lorsqu'à deux ou trois reprises, leurs yeux s'étaient rencontrés, elle avait dé-

couvert dans les siens une expression d'étonnement et de satisfaction qu'elle ne s'expliquait pas. Peut-être même s'en fût-elle intérieurement offensée si la conduite qu'il tenait depuis son arrivée ne l'eût disposée à le juger avec bienveillance. Nulle femme n'est insensible aux sentiments qu'éveille sa beauté chez un bomme séduisant, quand il s'applique à leur conserver des formes déférentes. Elle ne pouvait donc considérer comme une injure cette attention soutenue, encore qu'elle en fût troublée comme si elle y eût vu la preuve de quelque foudroyante impression produite par elle sur ce brillant officier et le symptôme d'une de ces sympathies soudaines qui, la jeunesse aidant, mènent droit à l'amour.

Cependant, ce silence, en se prolongeant, ajoutait à l'embarras commun. Le marquis de Rosnière parut le comprendre. A l'improviste, il reprit la parole :

— La vie a de singuliers hasards. Je ne me doutais guère ce matin que ce soir, je souperais en France, dans le château d'un homme qui fut mon ami, un ami vénéré et regretté.

Charlotte, à ces mots, leva les yeux sur lui et, très émue, interrogea :

— Vous avez connu le comte de Saint-Marsans? •

— Oui, mademoiselle, en 1791, sur les bords du Rhin. J'ai servi sous ses ordres à l'armée de Condé. Plus tard, nous dûmes nous séparer. Le prince me confia une mission en Espagne où, après l'avoir remplie, je me décidai à rester. Sa Majesté le roi Charles IV m'ayant accordé une compagnie de sa garde. En quittant M. de Saint-Marsans, je me flattais de l'espoir de le retrouver un jour. C'est avec la plus vive douleur que, tout à l'heure, j'ai appris sa mort.

98 LA M0N6ÂUTIER.

— Puisque vous l'avez connu, il a dû vous parler de sa fille, reprit Charlotte.

— Il m'en a parlé souvent. Il gémissait de la savoir loin de lui. Il se proposait de la rappeler bientôt. Il la chérissait... Sait-on s'il aéu le bonheur de la revoiravant de mourir ?

Charlotte se faisait violence pour retenir ses larmes. Angélique, qui redoutait qu'elle laissât son émotion la trahir, répondit pour elle :

— Nous avons lieu de croire que ce bonheur lui a été refusé.

^ Mais où se trouve actuellement Mlle de Saint- Marsans ?

— On l'ignore, répliqua Charlotte; elle a disparu.

— Et pendant ce temps, les brigands l'ont dépouillée, fit avec véhémence M. de Rosnière.

— Si jamais elle revient en France, ses biens lui seront restitués, répondit Angélique.

— C'est donc vrai, ce que m'a dit tout à l'heure le régisseur? Mais, au fait, vous devez le savoir, vous, mademoiselle, continua le marquis. N'êtes-vous pas l'amie du citoyen Dolissalde?

— Je suis son amie ; ses intentions me sont connues; il est trop généreux et trop loyal pour s'approprier le bien d'autrui.

— Il est fâcheux qu'il se soit donné l'air d'être de connivence avec les spoliateurs.

— Valait-il mieux qu'il laissât un autre que lui devenir propriétaire de ce château? Sait-on en quelles mains serait tombé le patrimoine de Mlle de Saint- Marsans et si jamais elle l'eût recouvré? Tout le monde n'a pas la noblesse d'âme du citoyen Dolissalde.

— Sa noblesse d'âme, parlons-en I s'écria ironique-

ment le marquis. Est-ce en envoyant son roi à Téchafaud qu'il l'a manifestée?

— Le roi pactisait avec l'étranger, reprit Angélique piquée au vif et tout étonnée de l'ardeur qu'elle mettait à parler en faveur de Dolissalde.

— Il défendait sa couronne outragée, sa noblesse proscrite, ses sujets opprimés.

— Malheur à ceux qui portent les armes contre leur patrie !

— Angélique ! de grâce ! supplia Charlotte effrayée par le ton de cet entretien.

— Laissez, laissez, fît dédaigneusement le marquis. Mademoiselle est dans son rôle en plaidant la cause du citoyen Dolissalde et de ses pareils. Puisse-t-elle déployer la même éloquence quand viendra pour eux l'heure de la justice et pour les fidèles sujets du roi l'heure de la vengeance I

De nouveau, les bouches devenaient muettes, fermées par la crainte de prolonger ce débat inutile et de l'envenimer. Alors, Angélique eut le regret d'en avoir trop dit. Elle craignait d'avoir blessé ce gentilhomme d'une courtoisie si parfaite, et de s'être abandonnée à son emportement, sans avoirl'excuse d'une de ces convictions ardentes quijustifient la violence des paroles et des actes. Dans le fond de son cœur, elle n'éprouvait que pitié pour les victimes et haine contre les bourreaux, et c'est ceux-ci qu'elle venait de défendre dans la personne de Dolissalde. Pourquoi avait-elle pris son parti puisqu'elle n'approuvait pas sa conduite et puisqu'elle ne l'aimait pas? Sous l'empire de ce regret, elle n'hésita pas à revenir la première.

— Pardonnez-moi, monsieur, dit-elle, je flétris comme vous les crimes révolutionnaires. Mais j'aime mon pays

IdO LA MONGÂUTIER.

et je ne saurais m'enrôler sous le drapeau des émigrés qui le combattent.

— Si, comme eux, vous aviez tout perdu, répondit M. de Rosnière* avec douceur, si vous aviez subi les horreurs de la fuite, les amertumes de l'exil; si vos parents étaient captifs, menacés de mort, peut-être raisonneriez-vous autrement.

Elle baissa la tête sans protester, tandis que le marquis, le souper étant uni, quittait la table, s'approchait de la croisée, et, appuyant aux vitres son front brûlant, essuyait furtivement du bout des doigts quelques larmes qui roulaient sur ses joues.

COMMENT VIENT l'aMOUR.

L'émotion de Gaëtan de Rosnière n'eut que la durée de quelques minutes. Lorsqu'elle se fut dissipée, il se retourna pour rejoindre les accueillantes personnes avec lesquelles il venait de souper et qu'il se reprochait d'avoir abandonnées. Mais il ne vit plus que l'une d'elles, celle qui lui avait tenu tête. L'autre avait disparu, et de même la vieille nourrice. Restée seule et toujours assise devant la table, Angélique s'y tenait accoudée, le front dans la main, et là semblait attendre qu'il convînt à l'officier de reprendre l'entretien interrompu. La lumière des bougies tombait droit sur son visage, en éclairait la pure beauté et se reflétait dans ses yeux.

— Décidément, c'est bien elle, murmura M. de Ros-

LA MONGAUTIER. lOi

nière. Ces mots arrivèrent à l'oreille d'Angélique. Mais, ne les comprenant pas, elle crut avoir mal entendu. — Votre compagne nous a quittés? interrogea le marquis. Est-ce notre discussion qui l'a mise en fuite ?

— Elle ^ tombait de fatigue après cette émouvante journée, et elle s'est retirée, répondit Angélique.

— Oh! je ne m'en plains pas, s'écria-t-il joyeusement, en s'asseyant près d'elle d'un air entreprenant et familier, bien au contraire, puisque le tête-à-tête qu'on nous a ménagé me permet de payer aux charmes delà divine ,Mongautier le tribut de mes hommages et me fait espérer qu'elle ne me sera pas cruelle.

Ces mots, l'accent dont ils furent prononcés, le regard impertinent de M. de Rosnière, le geste de ses bras tendus comme prêts à enlacer la fine taille de la chanteuse, tout enfin la choquait. Elle s'écarta, et stupéfaite d'entendre son nom dans la bouche de cet inconnu, comme d'un changement d'attitude auquel elle n'était pas préparée :

— Que signifie ce langage , monsieur ? demandât-elle avec hauteur. En quoi l'ai-je provoqué?

— Me suis-je donc trompé? N'êtes-vous pas mademoiselle Mongautier, de l'Opéra?

— Que vous importe? Je ne vous connais pas.

— Mais, moi, je vous reconnais. Il y a moins de deux ans que. je vous ai applaudie. J'habitais encore Paris; j'étais très assidu à vos représentations; je vous admirais, et, vous ayant vue, je ne pouvais plus vous oublier. Aussi, lorsque tout à l'heure, en soupant, je vous ai reconnue, ai-jebénile hasard qui nous rassemblait.

— Est-ce une raison pour me manquer de respect ?

— Exprimer son admiration à une jolie femme, se

rappeler qu'on brûla pour elle des feux les plus ardents, et que, si elle l'ignora, c'est que l'amour qu'elle avait inspiré était timide et discret, constater en la retrouvant qu'elle est plus belle aujourd'hui qu'elle ne l'était autrefois, oser le lui dire dans l'emportement d'un désir inassouvi et soudainement ranimé, est-ce là ce que vous appelez manquer de respect?

Il débitait ce petit discours, debout, penché sur Angélique, avec, dans les yeux, une flamme de passion juvénile qui venait de s'y allumer et qui ne semblait pas près de s'éteindre. Troublée, sous ce regard audacieux, Angélique restait sur la défensive. Cependant, son visage exprimait plus d'appréhension que de colère et, peut-être aussi, plus de surprise que d'appréhension.

— Je ne mets pas en doute la sincérité de vos paroles, dit-elle. Il se peut que vous m'ayez connue et admirée; mais je n'en sus jamais rien.

— J'étais perdu dans la foule de vos adorateurs.

— Je n'ai donné le droit à aucun d'eux de me parler comme vous venez de le faire, et ceux qui se sont permis de me tenir de tels propos n'ont encouru que mon mépris.

Au lieu de céder à la prière que contenait ce langage, le marquis souriait ironiquement, et ses allures, non moins significatives que son regard, révélaient la résolution de ne pas désarmer.

— Les nymphes de l'Opéra ne nous ont point accoutumés à la résistance, dit-il. Nous les avons toujours trouvées moins dédaigneuses que vous, belle inhumaine, et moins promptes à s'offenser pour quelques grains d'encens allumés sur leur autel. Il est même vrai que sous le tyran Capet, comme disent leurs amants d'aujourd'hui, il ne serait venu à aucune d'elles

LA M0N6AUTIER. 103

la pensée de repousser les hommages d'un gentilhomme. Allons, ma divine, laissez là ce courroux qui vous défigure, et faites à mes lèvres avides l'aumône d'un baiser. Nous sommes seuls. Personne ne 'saura que vous vous êtes laissé fléchir.

Son geste dessinait une prise de possession. Mais ses bras n'étreignirent que le vide. D'un mouvement en arrière, Angélique les avait évités.

— Un gentilhomme n'est pas digne de l'être quand il insulte une femme, dit-elle adossée au mur, révoltée contre les amoureuses entreprises de M. de Rosnière.

Mais il redoublait de raillerie.

— Eh, fi ! une jolie personne comme vous, peut-elle s'enlaidir à ce point? Vousmontreriez-vous si farouche si, au lieu de n'être qu'un pauvre émigré, un proscrit, j'étais un de ces puissants du jour qui essayent d'imiter leurs anciens maîtres dont ils ont pris la place, le citoyen Dolissalde, par exemple, dont vous vous glorifiez d'être l'amie, et qui peut-être est déjà votre amant? Elle feignait de ne vouloir pas l'entendre, et conservait une attitude résolument hostile; alors, il s'échauffa. Ses joues s'empourprèrent, son regard s'assombrit, et grave, un tremblement dans la voix, il poursuivit : — Il ne faudrait pas abuser de ma patience, ni oublier que je suis ici par le droit du plus fort. Je vous ai demandé un baiser; ne me le refusez pas, car je le veux, et je l'aurai. Je pourrai même exiger davantage.

Éperdue, elle voulut s'enfuir. Par malheur, le marquis la serrant toujours de plus près se dressait entre elle et la porte. Elle avait la ressource de crier, d'appeler. Mais elle eut peur de mettre aux prises le brave Haristéguy qui serait venu à son secours et ce gentil-

homme qui se conduisait comme un soudard, et que, maintenant, elle supposait capable de toutes les violences.

— C'est infâme, ce que vous faites là, lui dit-elle, en le repoussant.

— Infâme est un bien gros mot. Votre présence m'a rappelé des émotions anciennes et profondes; elle a ranimé des feux mal éteints; peut-être est-ce l'amour qui renaît, car je vous ai aimée, quoique vous ne l'ayez jamais su, et vous ririezde moi, si, lorsque je vous tiens, je n'essayais de vous communiquer l'ardeur qui me consume. Cédez de bonne grâce à cette ardeur, charmante Angélique, car, vrai Dieu, j'aurai raison de votre résistance.

Elle commençait à comprendre qu'elle n'échapperait pas à l'outrage, si elle ne tentait un suprême effort pour s'y dérober. Elle s'était rapprochée de la table non encore desservie. Un couteau se trouvait à la portée de sa main. Elle s'en empara et déjà menaçait lorsque Rosnière lui saisit le poignet, lui fit lâcher d'une étreinte brutale cette arme fragile et, la prenant par les épaules, il l'attira vers lui avec tant de force, que leurs visages se trouvèrent rapprochés. Elle sentit passer sur le sien l'haleine de son vainqueur.

— Misérable! murmura-t-elle défaillante, misérable! Mais deux lèvres brûlantes s'imprimaient sur sa

bouche et la lui fermèrent. Alors, se produisit en elle un singulier phénomène. Au lieu de bondir sous le contact que, vainement, elle avait voulu fuir, et qui lui faisait horreur avant qu'elle l'eût subi, elle tressaillit, déjà soumise comme s'il lui eût enlevé soudain la force de réagir et de se révolter. Dans le trouble où elle était jetée, il lui sembla que cette caresse d'un amant en

délire versait en ses veines un poison délicieux qui la paralysait tout entière. Elle tressaillit, à demi pâmée, surprise à peine de n'être pas indignée, de n'être plus que la chose et le bien de cet homme, et de n'avoir plus la volonté de le haïr. Et comme il l'étreignait fiévreusement, affirmant ainsi sa victoire, elle s'abandonna, sa tête appuyée contre la robuste poitrine où elle entendait les battements précipités d'un cœur vers lequel le sien se sentait maintenant attiré. En même temps, un flot de larmes s'échappa de ses yeux, sous l'empire d'un émoi doux et profond à la faveur duquel elle pardonnait l'outrage.

Ces larmes le trompèrent. Tout naturellement-, il s'imaginait qu'Angélique se lamentait sur sa défaite et, à son tour, il fut bouleversé. L'indignité de sa conduite lui apparut; le repentir s'éveillait en lui, entrait dans sa conscience et subitement lui dictait des mots de regret. Il tomba à genoux, tenant dans ses mains celles d'Angélique, et, courbé, il murmura :

— Pardonnez-moi. J'étais fou.

Elle dégagea ses mains^ les posa sur les joues de Gaëtan, et de haut, le tenant immobile, longuement, elle le contempla comme si elle eût voulu fixer, dans ses propres regards, la vision de ces traits si mâles et si purs, qui s'étaient adoucis et détendus, et qui exprimaient non la joie d'un trop facile triomphe, mais une contrition sincère.

Puis, elle soupira :

— Je ne vous pardonnerai jamais si vous ne m'aimez pas. Je vous pardonne si vous m'aimez. Vous êtes le premier homme dont les lèvres aient touché les miennes. Vous serez le dernier, voilà tout.

Elle voulait s'éloigner. Mais il la retenait, enivré

106 LA M0N6AUTIER.

par le tendre aveu que dissimulaient si mal les paroles qu'elle venait de prononcer.

— Oh f ne me quittez pas si vite, supplia-t-il. Accordez-moi quelques instants encore, puisque vous m'avez pardonné.

Il attendait qu'elle lui répondit. Mais, à la prière qu'il venait de lui adresser, firent écho tout à coup des clameurs retentissantes venues du dehors et le bruit d'une fusillade.

Surpris, éperdus, ils s'écartèrent l'un de l'autre.

— On se bat dans le parc, dit Angélique terrifiée. Le marquis poussa un juron véhément.

— Mes soldats se seront laissé surprendre. Ahl les brutes I II tirait son épée, ne fit qu'un saut jusqu'à la porte et sortit en criant : — A moi I Aux armes 1

Angélique s'élança vers la fenêtre, l'ouvrit et regarda au dehors. A la clarté de la lune, qui tombait du ciel en rayons d'argent sur la terrasse déserte, elle vit déboucher d'une avenue une forte troupe de soldats français. Ils chassaient devant eux les sentinelles espagnoles dont ils avaient trompé la surveillance. Les sentinelles fuyaient en déchargeant au hasard leurs fusils sur les assaillants qui ripostaient. Au bruit des détonations, les grenadiers espagnols logés dans les communs, tirés de leur sommeil par ce vacarme, apparaissaient, ahuris, effarés; ils cherchaient à se rallier et n'y parvenaient pas. Leur infériorité numérique, leur éparpillement, leur visible désarroi, tout annonçait qu'ils ne pourraient tenir devant la marche résolue des Français. A ce spectacle, Angélique sentit son sang se glacer. 'Elle songeait à M. de Rosnière; elle tremblait pour lui. Elle l'aperçut bientôt. Debout sur le perron, il brandissait son épée en appelant ses soldats, en les

LA M0N6AUTIER. 101

apostrophant, furieux de leur épouvante qui les livrait à l'ennemi et de voir le cercle formé par les Français se resserrer sur eux, peu à peu, en les mettant dans l'impossibilité d'échapper. Il parut alors, à Angélique, beau comme un archange et si chevaleresque, si vaillant, qu'elle l'aima plus en cette minute qu'elle ne l'avait aimé tout à l'heure quand elle avait goûté le miel de ses baisers.

— Mon Dieuf sauvez-le! supplia-t-elle d'une voix mourante.

— Pour qui priez-vous, Angélique? demanda-t-on à côté d'elle.

Elle se retourna. C'était Charlotte qui s'était mise à sa recherche et la rejoignait. Elle répondit affolée :

— Je prie pour ce jeune officier.

— Je m'unis à vous, ma chérie. Que le ciel le protège!

Elles demeuraient toutes les deux clouées à la même place, suivant, angoissées, les péripéties d'une lutte que tout prédisait devoir être fatale aux Espagnols.

A rimproviste, un nouveau venu sortit du château derrière l'officier.

— Haristéguy, murmura Angélique qui le reconnut. — Victoire 1 Victoire! criait-il, ce sont les Français.

Vive la République! Sus à l'étranger!

Et comme, à ses cris, le marquis faisait volte-face, Haristéguy, écartant l'épée dont la pointe s'abaissait vers sa poitrine, sauta sur lui. Surpris par la soudaineté de cette attaque, M. de Rosnière tenta de se dégager. Mais Haristéguy Tétreignait vigoureusement en appelant à l'aide.

— Que fait-il? s'écria Charlotte.

— Hélas! répondit Angélique, il se conduit en

108 LA M0N6AUTIER.

patriote. Il défend son pays. Qui pourrait l'en blâmer?

Des pleurs de désespoir coulèrent sur ses joues. Elle constatait que le marquis était perdu. A l'appel d'Haristéguy, quelques soldats se précipitèrent, et, vaincu par le nombre, le malheureux jeune homme voyait tomber à ses pieds les débris de son épée, dont sa main captive ne tenait plus que la garde.

Alors, un personnage qu'Angélique n'avait pas encoredistingué parmi les soldats, sortit de leurs rangs et s'avança vers M. de Rosnière. Il portait la redingote à larges revers et le chapeau à cocarde qu'avaient adopté les représentants du peuple. Une écharpe tricolore ceignait sa taille. Les soldats s'écartaient respectueusement sur son passage. Angélique stupéfaite se rejeta en arrière. Elle le reconnaissait. C'était Gilbert Dolissalde.

-^ Toute résistance est désormais inutile, monsieur, dit-il au marquis. Nous sommes les maîtres. Voyez plutôt.

Le marquis regarda. Ses hommes avaient jeté bas leurs armes et s'étaient rendus.

— Sans leur couardise, vous ne me tiendriez pas encore, répondit-il dédaigneusement.

— Ne regrettez rien, reprit Dolissalde. Vous luttiez sans profit. Partout, les Espagnols ont abandonné les positions qu'ils occupaient ce matin. Us ont repassé la Bidassoa.

— C'est bien; faites de moi ce que vous voudrez, répliqua fièrement le marquis.

— Les Français savent honorer le courage, même chez leurs ennemis. Vous êtes prisonnier de guerre ; vous serez traité avec les égards auxquels vous avez droit. Veuillez me faire connaître votre nom.

— Je suis le marquis Gaëtan de Roshièré, capitaine dans la garde royale d'Espagne.

— Rosnière! Ce n'est point là un nom espagnol?-

— Je suis Français et émigré, avoua le prison-i. nier.

— Français et émigré f répéta Dolissalde. Oh! mais, voilà qui change votre situation; vous avez été pris les armes à la main, combattant contre votre patrie. Vous savez sans doute quel sort vous attend. Les lois sont formelles. Elles me commandent de vous faire passer par les armes. .

— Oui, je sais que ces lois, votées par des bandits, ont légalisé l'assassinat.

Dolissalde né releva pas l'injure. Il avait [pitié d'un ennemi désarmé.

— Vous avez toute la nuit pour vous préparer à mourir. Qu'on l'emmène, ordonina-t-il aux soldats, et qu'on le garde à vue. Les autres prisonniers seront conduits à Bayonne.

Les soldats allaient obéir. Mais, d'un geste, le marquis les arrêta.

— Un seul mot, fit-il ironique et agressif, en regardant Dolissalde. Ne m'apprendrez-vous pas à qui je dois d'être envoyé si galamment au trépas? Dolissalde déclina son nom, sa qualité. — Ahî vous êtes le citoyen Dolissalde, continua le marquis en enveloppant d'un regard l'homme qu'il supposait, épris d'Angélique, à qui il croyait l'avoir ravie et à qui sa mort allait la rendre. Enchanté de vous connaître.

Il tourna les talons et se laissa entraîner vers un hangar sous lequel il allait attendre l'exécution de l'arrêt qu'il avait encouru.

Alors, Haristéguy s'approcha de Dolissalde.

110) LA M0N6AUTIER.

— Es-tu décidé à faire périr ce malheureux, citoyen représentant?

— Il faut des exemples, répliqua durement le conventionnel.. Les émigrés nous ont déclaré une guerre sans merci. Ils sont nos pires ennemis. Ne cherche pas à sauver celui-là. Je n'ai pas le droit de l'épargner.

Haristéguy comprit qu'il n'obtiendrait pas la grâce du condamné. Il baissa la tête, attristé et résigné. Puis il continua :

— Quelles circonstances t'ont conduit ici, citoyen représentant? Nous ne t'attendions pas.

~ Je suis venu pour voir la citoyenne Mongautier, répondit Dolissalde. En arrivant ce soir à Sain-Jean de Luz, j'ai appris que les Espagnols avaient franchi la frontière, en l'absence de mon collègue le représentant du peuple à l'armée des Pyrénées occidentales, et qu'ils étaient maîtres de Saint-Marsans. J'ai décidé tout aussitôt de les en déloger, et de les contraindre à repasser la Bidassoa. J'ai rassemblé nos bataillons épars et déjà honteux de leur défaite. Avec l'aide de leurs chefs, j'ai ranimé leur courage, et, les entraînant à ma suite, j'ai marché à l'ennemi. Dès qu'il nous a vus, il a battu en retraite, sur tous les points à la fois, sans essayer de résister, sans tirer même un coup de fusil. Alors, laissant le gros de nos troupes le poursuivre l'épée dans les reins, je suis venu te délivrer, toi et les habitants de cette maison.

Haristéguy lui prit la main et la pressa respectueusement en disant :

— Merci, citoyen représentant; c'est un fait d'armes qui te fait honneur et qui te vaudra les éloges de la Convention.

— La Convention n'en est plus à décerner des éloges

r to

LA M0N6AUTIER. 111

i ses membres, fit avec tristesse Dolissalde. La guerre est dans son sein. Les factions aux prises ne songent plus qu'à s'entre-dévorer. Robespierre, Danton et Marat se sont ligués pour abattre les Girondins. Ils ameutent contre nous le peuple de Paris, Tout est péril là-bas. Chacun de nous joue sa vie. Nul ne sait aujourd'hui s'il sera vivant demain, et c'est parce que j'ai vu la mort sur ma tête, que j'ai voulu faire mes adieux à la citoyenne Mongautier, et à toi, mon brave.

— Reste avec nous, citoyen, supplia Haristéguy. Tu vivras dans les camps; les soldats bientôt te chériront; avec eux, tu marcheras à la conquête de l'Espagne, et,

I si tu étais menacé par le bourreau, ils te feraient un rempart de leur corps.

— Cette destinée glorieuse réaliserait un rêve que j'ai fait bien souvent, mais, qu'il n'est pas en mon pouvoir de réaliser. Naguère encore, je songeais à me faire envoyer en mission à cette armée. Le Comité de sûreté générale était disposé à exaucer mon déjsir, et à m'adjoindre à celui de mes collègues qui s'y trouve déjà.

' Je me serais ainsi rapproché de tout ce qiie j'aime; j'aurais vécu dans mon pays natal, parmi mes amis, sans cesser de servir la France. J'aurais oublié Paris; j'aurais évité les dangers qui me menacent. Mais le devoir en a décidé autrement. J'at entendu sa voix impérieuse. Je ne puis abandonner mes amis. Je suis tenu de rester avec eux, de partager leur sort quel qu'il soit. Je repartirai demain pour les rejoindre.

— Réfléchis cependant, citoyen, pria encore Haristéguy.

Dolissalde lui coupa la parole.

— Ma résolution est irrévocable, afQrma-t-il. Ne i parlons plus de ces choses.

Tout en parlant, il marchait à travers la terrasse i^ maintenant de nouveau solitaire et silencieuse, se dirigeant vers l'entrée du château. Il en vit sortir Angélique et Charlotte. De la croisée où elles venaient d'assister aux scènes qui finissaient, elles avaient entendu la sentence prononcée contre le marquis de Rosnière. Résolument, Angélique accourait à son secours, et Charlotte l'avait suivie.

Angélique se jeta au-devant de Dolissalde.

— C'est vous qui avez condamné cet homme! lui ditelle avec arrogance. Est-ce donc pour répandre le sang^ que vous êtes ici?

Il s'attendait à un autre accueil, et cette question, qui tombait d'une bouche irritée, d'abord le déconcerta. Mais il eut bientôt repris possession de lui-mêmer^^t, très doux, il répondit :

— Une bataille suprême va bientôt se livrer dans la Convention. Les Girondins y trouveront la victoire qu la mort. Avant de me jeter dans cette bataille, je suis venu vous saluer une dernière fois, Angélique.

S'il avait espéré l'attendrir, en évoquant l'image des événements redoutables qui se préparaient à Paris, il fut bientôt détrompé. Cette image laissait Angélique insensible. Elle ne songeait qu'à sauver M. de Rosnière.

— Et c'est au moment de vous livrer aux hasards d'une lutte si redoutable, que vous osez ordonner le supplice d« votre prisonnier I s'écria-t-elle. Ne craignezvous pas que ce meurtre vous porte malheur?

— J'obéis aux lois que j'ai votées, déclara -Dolissalde.

s — Elles sont iniques.

— Elles étaient nécessaires au salut de la patrie. Ne

pas les exécuter serait livrer la République à-5es

ennemis.

. — La République ne sera pas perdue parce que vous

aurez usé de clémence envers un adversaire vaincu.

— Un traître, un révolté. Il ne mérite aucune pitié. Cessez de le défendre, Angélique. Le défendre, c'est pactiser avec lui, et, si d'autres que moi vous entendaient...

— Je vous supplie de ne pas le mettre à mort, Dolissalde. Ne souillez pas votre conscience d'un tel .crime.

— De grâce, monsieur, intervint Charlotte.

— Quoil vous aussi, mademoiselle.

— Nous sommes deux à vouloir vous arracher sa grâce, reprit Angélique. Quant àmoi, dussé-je meplacer «ntre lui et les soldats chargés de le tuer, je ne laisserai pas ce forfait s'accomplir.

- Elle s'exprimait avec véhémence. A la faveur des clartés .rayonnantes de cette nuit de printemps, Dolissalde voyait, sa figure convulsée par l'énergie de ses supplications, et, dans ses yeux, l'affirmation d'une indomptable volonté. Il tressaillit, saisi soudain d'un soupçon qui troublait son cœur.

« — A la chaleur avec laquelle vous plaidez sa cause, x)n dirait vraiment que vous l'aimez, observa-t-il, et .que c'est pour cela que vous ne voulez pas qu'il périsse.

— Eh bien, oui, je l'aime et je veux qu'il vive.

A cette révélation qu'Angélique n'avait pu retenir, june pâleur livide couvrit le visage de Dolissalde. Il chancela, porta la main à sa poitrine, tandis qu'Angélique le poursuivait de son regard, à la fois dur et suppliant.

114 LÀ MONGAUTI£R.

— Si VOUS l'aimez, c'est donc que vous ne m'aimerez jamais? murmura-t-il.

— J'ai voulu vous aimer; je n'ai pu. On ne commande pas à son cœur.

— Savez-vous qu'en me bravant» vous aurez hâté la fin de votre protégé ?

La menace que proférait Dolissalde dans un coup de brusque colère, terrifia Angélique. Elle vit M,- de Rosnière irrévocablement frappé.

— Oh ! Dolissalde, une telle vengeance serait indigne de vous, gémit-elle. Oubliez lesmotsquej'aiprononcés. Sauvez ce jeune homme. Je vous jure de ne le revoir jamais, d'effacer son souvenir de ma mémoire et d'être votre femme.

Il souriait d'un sourire rempli d'amertume.

— Comme il faut que vous l'aimiez, pour me parler ainsi! fit-il, un reproche dans la voix. Et moi qui venais à vous, l'âme gonflée d'espérance!... Mais rassurez-vous, je ne vous obligerai pas à m'épouser.

— Que décidez-vous? reprit Angélique.

Il resta silencieux, livré aux suggestions les plus contraires, tenté d'écraser de sa magnanimité la femme qui l'abandonnait, de se montrer généreux afin de lui infliger le regret de l'avoir méconnu, et presque aussitôt poussé à se venger d'elle en faisant disparaître l'homme qu'il accusait de la lui avoir enlevée. Son silence, révélateur du combat qui se livrait en lui, devenait terriblement significatif. Il épouvantait Angélique. Elle s'attendait à entendre cette bouche muette confirmer tout à coup l'ordre de mort. Dans sa détresse, elle se tourna vers Charlotte, et celle-ci devina que son amie sollicitait son appui.

Elle parut prendre un grand parti, s'avança vers Do-

LA M0N6AUTIER. rilS

lissalde, et, d'une voix douce et assurée, elle supplia:

— Laissez-vous émouvoir, monsieur. Peut-être ai-je acquis le droit de ne pas implorer en vain votre pitié.

— Le droit? Comment? fit-il étonné.

— Cette antique demeure qui vous appartient aujourd'hui et que vous voulez ensanglanter, fut celle de tnes ancêtres. Elle constituait le patrimoine dont vous m'avez dépouillée.

— Vous êtes Mlle de Saint-Marsans ?

— Haristéguy vous a trompé en me présentant à vous comme sa nièce. Je suis l'héritière des maîtres légitimes de ce domaine. Peut-être ai-je tort de vous le révéler. Mais c'est à ce titre que je vous demande la grâce de l'infortuné gentilhomme dont vous vous êtes emparé. Vous pouvez, en me l'accordant, réparer tout le mal que vous m'avez fait. Soyez humain, et moi que mon malheur n'a que trop disposée à vous haïr, je vous bénirai.

Cette douce voix s'ouvrait un chemin dans le cœur de Dolissalde. Il se disait qu'en effet, peut-être devait-il un dédommagement à l'héritière des Saint-Marsans. A force de se le dire, il en fut convaincu.

— Je dois oublier ce que je viens d'entendre, repritil. Si j'en gardais le souvenir, je serais obligé de vous livrer, vous aussi, à la rigueur des lois, et avec vous, ceux qui, en cachant votre nom, ont abusé de ma confiance. Mais je ne sais rien, je ne veux rien savoir. J'accorde la vie du coupable à la citoyenne Charlotte Béral et non à Mlle de Saint-Marsans, qui reste une inconnue pour moi.

Des sanglots lui répondirent. C'était Angélique dont les angoisses se dissipaient dans une explosion de gratitude et de larmes. En même temps, Dolissalde vit

:%iS LA MONGAUTIER.

que Charlotte s'approchait, lui prenait les mains, et il «entit sur sa chair brûlante une timide caresse. Charlotte lui adressait ainsi ses remerciements. Il en fut troublé dans tout son être, troublé profondément, mais non moins consolé et réconforté, comme si dans ce baiser si chaste et si doux il eût puisé un espoir inattendu, succédant à celui dont il s'était si longtemps. leurré et que venaient de détruire les cruelles paroles d'Angélique.

Page 1