COURS ANNUELS MOYENS DE L'ARGENT
ont cessé de le monnayer, w Cependant n'exagérons rien. On s'exprime incorrectement quand on parle de la démonétisation de l'argent, car, en dehors de PAllemagne, il y a eu peu de refontes effectives ^ ; et le lecteur verra plus loin (chap. xii) que, sous forme de monnaies divisionnaires ou auxiliaires, le monnayage du métal blanc n'a jamais été plus actif que de nos jours. Le débouché monétaire ne s'est donc ni fermé, ni même réduit, comme quantités de métal employées. Mais les lingots destinés à cet usage sont maintenant payés ce qu'ils valent, au lieu d'être tarifés par la loi. C'est un grand changement.
En dehors des réformes monétaires qui Pont pour ainsi dire dégradé, il y a eu à la baisse de l'argent des causes profondes et durables, alternativement aggravées ou tempérées par les circonstances.
Les causes profondes ont été, au lendemain de la guerre franco-allemande, le brusque accroissement de la production de l'argent, surtout dans l'Amérique du Nord (voir chap. xi) ; le perfectionnement des procédés d'extraction, qui devenaient de plus en plus économiques; et, d'autre part, l'espèce de défaveur qui commençait à s'attacher à une monnaie trop lourde pour les pays riches. Ji'écu, considéré isolément, ne déplaît à personne ; et, dans certaines provinces, notamment en Bretagne, il est encore très demandé. Mais le monde des affaires n'en veut plus, et cela se conçoit, puisque 1.000 francs, sous cette forme, pèsent 5 kilogrammes 2. Les petites
1. L*Allemagne, à la suite de sa réforme monétaire (1871-73), a vendu environ 1 million de Icilogrammes d'argent. Les ventes des États Scandinaves n'ont pas dépassé 225.000 itilogrammes.
2. A Paris, un ministre inexpérimenté s'était fait fort de débar> rasser la Banque de France d'une partie de son encaisse-argent en payant avec des écus. boa gré mal gré, les créanciers de TÉtat, rentiers et autres. Il leur fallait acheter des sacs, prendre des voitures, et tous protestaient. L'auteur de cette malencontreuse innovation
LA VALEUR COMPARATIVE DE l'oR ET DE l'aRGENT. 47
bourses elles-mêmes s'ouvrent maintenant plus volontiers à une pièce de 20 francs qu'à quatre gros écus.
Dans ces conditions, il était hors de doute pour les esprits clairvoyants qu'une nouvelle évolution s'imposerait bientôt et que l'étalon d'or avait pour lui l'avenir.
On voyait, pour l'argent, l'offre se développer, la demande se ralentir. Elle se ralentissait même du côté de l'Orient, où l'argent a toujours été l'objet d'un culte fort exclusif. Léon Say opposait plaisamment le goût de la race jaune pour le métal blanc au goût de la race blanche pour le métal jaune. En tout temps, il y a des lingots en route pour Calcutta ou Hong-Kong ; mais l'intensité de ce courant est fort inégale selon les époques et précisément elle tendait à son minimum vers 1870. Pendant la guerre de Sécession (1860-1865), l'Inde anglaise avait fourni à l'Europe beaucoup de coton et, en échange, elle recevait beaucoup d'argent. L'Angleterre lui en prêtait aussi beaucoup pour hâter l'achèvement des grandes voies ferrées de la péninsule. Mais, ensuite, il fallut que l'Inde servît à la Métropole l'intérêt des capitaux mis à son service et ses importations métalliques se réduisirent d'autant (importation nette d'argent dans l'Inde : 135 millions de roupies, en moyenne, pendant la guerre de Sécession; 23 millions seulement après 1872). Tout alors conspirait contre l'argent et la crise ne pouvait pas ne pas éclater.
De nos jours, suivant les circonstances, l'Asie attire encore à elle, avec plus ou moins de force, la production argentifère. La guerre qui récemment ensanglantait la Mandchourie a créé là-bas de grands
renonça à son idée lorsque la statistique lui eut démontré qu'au bout de huit jours le Trésor voyait revenir par d'autres guichets tous les écus dODt il avait chargé ses clients.
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besoins de monnaie blanche et les cours en ont été favorablement impressionnés (plus de 32 pence en octobre 1906).
Mais, d'une manière générale, les mines livrent maintenant tant d'argent et l'obtiennent à si bon compte qu'on ne saurait s'étonner de le voir vendre moitié moins cher qu'il y a quarante ans.
On pourrait, il est vrai, objecter que l'or aussi, que l'or surtout sort plus abondamment et plus facilement que jamais de la croûte terrestre. Cela est vrai. Mais l'or... c'est l'or; c'est le métal mobile, c'est le métal riche, c'est le métal monétaire par excellence, et vingt États se le disputent. De là la fortune contraire des deux métaux. L'heure de la surabondance a presque sonné pour l'un et elle ne s'annonce pas encore pour l'autre. Qui vivra verra. Ce qu'on peut dire avec vraisemblance, c'est que si, tôt ou tard, le rapport entre l'or et l'argent venait à se rapprocher de l'ancien taux, du taux légal, cette apparente résurrection du passé ne résulterait pas de la réhabilitation de l'argent : il faudrait que l'or, trop vulgarisé à son tour, ait eu à subir, lui aussi, une énorme dépréciation.