MONNAIES. SUPPRESSIONS. MONÉTAIRES
Paris « A
Rouen 1857 B
Strasbourg i87i BB
Lyon 1858 D
La Rochelle i837 H
Limoges i837 i
Bordeaux i879 K
Bayonne 1837 L
Toulouse 1837 M
Marseille ia'>7 MA
Perpignan 1837 Q
Nantes 1837 T
Lille 1837 W
Avant 1880, la fabrication des monnaies se faisait chez nous « à l'entreprise » , sous l'étroite surveillance de l'Etat. Ce modus çiçendi s'est continué jusqu'à nos jours à Bruxelles. Mais dans tous les grands pays maintenant, et dans beaucoup de petits, le gouvernement s'interdit de déléguer à qui que ce soit une prérogative essentiellement gouvernementale. Ce principe est devenu le nôtre aux termes de la loi du 31 juillet 1879, mise en vigueur le 1" janvier 1880. La perfection du travail moné-
1. Sous Napoléon I«', la Monnaie impériale de Gênes marquait ses produits des lettres CL, celle de Genève d'un G, celle de Rome d'un R couronné, celle de Turin d'un u, celle d'Utrecht d'un mût avec une flamme.
taire n'en est que mieux assurée ^ Chaque année, d'ailleurs, l'irréprochable qualité des espèces mises en circulation est minutieusement vérifiée et solennellement affirmée par une Commission de contrôle où se trouvent représentés le Sénat, la Chambre des députés, le Conseil d'Etat, la Cour des comptes, la Banque de^ France, l'Académie des sciences et la Chambre de commerce de Paris ^,
La fermeture de la dernière Monnaie provinciale — c'était celle de Bordeaux — ayant coïncidé avec l'inauguration du système de la Régie, la Monnaie de Paris, depuis 1880, est restée seule chargée de pourvoir à l'approvisionnement monétaire du pays, à l'entretien de son numéraire, etc. C'est elle aussi qui travaille pour celles de nos colonies dont le régime monétaire diffère du nôtre, en tout ou en partie : elle fabrique des monnaies pour l'Indo-Chine, la grande Comorre, la Tunisie, Monaco; des bons de caisse métalliques pour l'Ile de la Réunion, pour la Martinique et la Guadeloupe. Enfin la réputation acquise par la Monnaie de Paris lui vaut de nombreuses commandes de monnaies étrangères : monnaies russes, monnaies suisses, monnaies grecques, monnaies Cretoises, monnaies bulgares, monnaies marocaines et éthiopiennes, monnaies chiliennes, boliviennes, vénézuéliennes, brésiliennes, haïtiennes, dominicaines, guatémaliennes... En 1897 — ce fut son maximum de production — il est sorti de la Monnaie de Paris pour 344 millions et demi d'espèces françaises, coloniales ou étrangères (111 millions de pièces, pesant 905.000 kilogrammes).
i. Jadis on reprochait aux entrepreneurs de spéculer sor les tolérances, de « chatouiller les remèdes », comme on disait alors.
â. La traditionnelle Angleterre conGe encore la vérification annuelle de ses fabrications monétaires à la Corporation des orfèvres, laquelle procède, avec un cérémonial séculaire, à ce qu'on appelle the trial of the pyx.
La Monnaie de Paris n'occupe son emplacement actuel que depuis la fin du règne de Louis XV ; mais nos rois avaient toujours tenu à l'avoir près d'eux. Au XIV® siècle, le siège principal des fabrications était sur la rive droite de la Seine, à proximité du Louvre : il y a encore là, aujourd'hui, une rue de la Monnaie, En 1550, une installation provisoire avait été faite, pour la frappe des douzains et des six-hlancs, dans l'hôtel de Nesles, rive gauche, à l'endroit où s'élève maintenant la Bibliothèque Mazarine (palais de l'Institut). A ce moment, une révolution s'annonçait dans l'industrie monétaire... C'étaient, venant d'Allemagne, le balancier, le laminoir ou moulin, le banc-à-tirer, le découpoir... Henri II se rendit acquéreur de ces procédés nouveaux et la Monnaie de Nesles fut remplacée par la Monnaie des Étuves ou Monnaie du Moulin, située à la pointe Ouest de la Cité.
Au commencement du xvii® siècle, la Monnaie du Moulin, transférée au Louvre même, n'était plus que « la Monnaie des médailles », et les frappes monétaires s'exécutaient de nouveau dans les ateliers de la rive droite. Cet état de choses persista longtemps. Sous Louis XV, l'exiguïté de ces ateliers et l'état de vétusté des bâtiments obligèrent le gouvernement à aviser. Divers projets furent tour à tour suggérés et reçurent même quelques commencements d'exécution. Enfin il fut décidé, en 1767, que la ville de Paris céderait au roi, à titre d'échange, les deux hôtels de Conti qu'elle venait d'acheter 1.600.000 livres. La démolition en fut commencée aussitôt et le futur monument fut mis au concours. Les plans qui ont été réalisés (1771-1775) étaient ceux de l'architecte J.-D. Antoine et ont fait sa réputation.
Extérieurement rien n'a été changé à l'édifice. Sa
majestueuse et paisible façade n'annonce pas la présence d'une usine où la vapeur et rélectricité prodiguent le mouvement. Il a fallu s'ingénier, à plusieurs reprises, pour concilier les exigences d'une grande industrie mécanique avec l'élégante harmonie d'un palais Louis XV.
Donnons un coup d'œil aux jolis détails de la triple porte qui s'ouvre sur le quai Conti, et entrons.
A droite, sous la voûte, un des beaux escaliers de Paris conduit soit à la Direction, soit au Musée. Puisque c'est ici la technique et non Tart monétaire que nous avons d'abord à interroger, restons au rezde-chaussée et pénétrons dans le Bureau du change.
Là commence l'évolution qui, d'étape en étape, doit transformer le métal brut en brillante monnaie d'or ou d'argent, de bronze ou de nickel.
Le premier acte, c'est la réception des lingots. Tantôt la Monnaie les a achetés elle-même, sur l'ordre du Ministre des finances et par voie d'adjudication ; tantôt, si c'est de l'or, l'apport en est fait, librement, par la Banque de France ou par tout autre client extérieur. En fait, le métal précieux arrive presque toujours de Londres. L'or australien, l'or américain, l'or africain se donnent ici rendezvous : la forme des barres en révèle l'origine géographique, et les multiples insculpations dont elles sont revêtues disent le titre que leur ont attribué, chemin faisant, les essayeurs du commerce. Arrivées au bureau du change, on les numérote, on les pèse ^ et de chacune on détache un petit fragment, appelé peuille.
Changement de décor : suivons les peuilles au Laboratoire^ où les essayeurs officiels les attendent.
1. Le poids ordinaire des lingots est de 6 ou 12 kilogrammes pour Ver, de 30 à 35 kilogrammes pour l'argent.
Les noms des savants chimistes qui ont dirigé ce service, d'Arcet, Pelouze, Péligot, Cahours, Alfred Riche, disent assez l'autorité de leurs expertises. Aussi bien il est presque sans exemple que le titre donné par le laboratoire delà Monnaie soit discuté par les vendeurs, même quand il reste un peu audessous du titre déclaré par eux ^ . Les méthodes applicables à l'essai des métaux monétaires ont singulièrement progressé depuis cent ans. Gay-Lussac y a beaucoup contribué ; le laboratoire de la Monnaie y a beaucoup contribué aussi. A un dix-millième près, la chimie peut dire, maintenant, ce que contient d'or ou d'argent fin un lingot jaune ou blanc. Notons d'ailleurs que, la Monnaie de Paris ne pratiquant pas l'affinage, ses règlements lui permettent d'exiger un minimum de pureté. Elle n'accepte ordinairement que les barres titrant au moins 994 millièmes ou celles qui, provenant de monnaies refondues, sont très voisines du titre monétaire (900 millièmes). La richesse des matières une fois établie, le bureau du change délivre à l'ayant droit un bon de monnaie dont la quotité correspond à la valeur monétaire du métal présenté, déduction faite des frais de fabrication. Pour l'or qui seul, maintenant, conserve le bénéfice de la libre frappe, le kilogramme de fin, dont la valeur monétaire est de 3.444 fr. 44, se paie, au bureau du change, 3.437 francs. Les bons, négociables par voie d'endossement, sont payables à dix jours. A l'échéance, ils seraient acquittés valablement en écus ou en billets de banque ; et dix jours, en effet, ne sauraient suffire pour amener le métal brut à l'état d'espèces sonnantes et trébuchantes. Si cependant le désir du déposant est de recevoir, non du papier ou de l'argent, mais des pièces de