MONNAIES D*OR
(Valeur au pair).
millions de francs.
l.OiS
19(yi.....
La part des différentes nations, dans ces résultats d'ensemble, varie trop d'une année à l'autre pour que nous puissions ici les décomposer géographiquement.
Les stocks actuels, d'après la môme source, s'élèveraient pour l'or à 31 milliards et à 16 milliards pour l'argent.
Ces totaux ne semblent pas invraisemblables, surtout si l'on assimile aux espèces monnayées les lingots d'argent ou d'or qui, dans certains pays, concourent à la formation des encaisses des banques. Cet appoint compenserait, au moins en partie, les exagérations résultant, pour l'évaluation de certains stocks nationaux — notamment pour celui des Etats-
Unis eux-mêmes — de ce qu'on y totalise les émis-: sions sans tenir un compte suffisant des pertes.
Sous cette réserve, voici quels seraient, d'après les statisticiens de Washington, les peuples les plus abondamment pourvus de numéraire, or et argent : États-Unis d'Amérique, 10 milliards et demi de francs; France, 7 milliards; Allemagne, 5.700 millions; Russie, 4.600 millions; Angleterre, 3.350 millions.. .
On remarquera, dans ce tableau, la grande inégalité des stocks monétaires de l'Angleterre et de la France. Deux milliards 1/2 d'or et 1/2 milliard d'argent monnayé, voilà ce qu'à quelques nuances près, les spécialistes européens s'accordent à attribuer au Royaume-Uni. Cependant Londres est depuis longtemps le grand marché des métaux précieux et les frappes d'or anglais, y compris celles des Monnaies australiennes (Sydney, Melbourne, Perth), ont, depuis 1816, dépassé 15 milliards de francs* Mais, outre que la Royal Mint a déjà refondu pourprés de 2 milliards d'or léger, les marchands de métaux [bullion-dea' lers] , certains industriels et les Monnaies étrangères elles-mêmes traitent volontiers la circulation britannique comme une mine d'or où chacun, en payant, peut puiser à son gré.
Nos voisins d'outre-Manche professent, d'ailleurs, qu'il ne faut pas, pour bien faire, avoir trop de monnaie. Il est certain qu'avec moitié moins de numéraire que nous, ils font, le papier aidant, beaucoup plus d'affaires que nous et l'économie qu'ils y trouvent n'est pas niable. Nummiis non parit nummos, les écus enfermés dans un coffre-fort ne font pas de petits ; et nos collègues d'Angleterre nous donnent à entendre, non sans quelque raison, que si nous échangions la moitié de notre stock monétaire, or et argent, contre de bonnes valeurs productives d'in-
ou VONT LOR ET L ARGENT. 137
térêt, notre revenu national se trouverait, du coup, accru de plus de 100 millions de francs ^
Certes, 100 ou 150 millions de revenu ne sont pas chose à dédaigner et il serait regrettable de voir la France pousser à l'excès la politique de l'or pour l'or, renouvelée de l'ancien système mercantile. Mais il y a là, comme toujours, ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Certaines économies peuvent devenir ruineuses à un moment donné. L'Angleterre ne laisse pas que d'en avoir fait elle-même l'expérience. Faute de gages suffisants, le crédit y a éprouvé parfois de terribles syncopes : crise de 1832, crise de 1837, crise de 1847, crise de 1857, crise de 1866, crise de 1882, crise de 1890... Faut-il rappeler l'heure où, au lendemain de la grande faillite Bahring, 75 millions d'or, hâtivement expédiés de Paris à Londres, y furent reçus avec une si vive reconnaissance ? L'abondance de nos réserves métalliques a épargné à la France plus d'un « krach ». Il en est d'elles comme du lest dont se chargent les navires. Quand le temps est beau et la mer calme, ils semblent toujours en prendre trop ; mais vienne la tourmente, vienne l'ouragan, et plus d'un équipage devra la vie à ce prétendu poids mort.
1. C'est la thèse qu'Adam Smith défendait déjà, en riUustrant d'une métaphore hardie, mais ingénieuse : « L*or et l'argent qui circulent dans un pays peuvent se comparer aux routes qui servent à conduire au marché les récoltes, mais qui par elles-mêmes ne produisent ni un grain de blé, ni un brin d'herbe. Une banque bien administrée ouvre, pour ainsi dire, un chemin aérien qui permet de convertir en bons pâturages ou en bons champs de blé une partie des routes de terre ; et ainsi se trouve notablement augmenté le rendement annuel du sol et du travail national. >