ANNÉES IMPORTATION. EXPORTATION
4881 iOO 100 400 400
4887 81 (min.) 81 (mio.) 88 (min.) 80 (min.)
4890 88 (max.) 85 (max.) 92 (max.) 85 (max.)
4896 74 (min.) 67 83 72 (min.)
1897 75 66 (min.) 81 73
4898 78.5 67.6 84 (min.) 75
4900 89 (max.) 77 (max.) 87 (max.) 88 (max.)
C'est encore la hausse qui prévaut à la fin de 1906.
Les quatre courbes du diagramme ci-contre frappent moins par leurs écarts que par leurs ressemblances. Dans les quatre cas, la baisse est rapide et continue de 1881 à 1887. Puis un certain relèvement se produit (1888-1890). Mais ensuite on voit
les prix fléchir de nouveau et, de 1894 à 1898, ils restent exceptionnellement bas. Après quoi, c'est le renchérissement qui s'affirme, sur toute la ligne, et qui reprendra encore après deux ou trois années d'hésitation.
Ces mouvements parallèles révèlent bien l'existence du courant commun qui sollicite tous les prix à la fois, sans ôter à chacun sa liberté d'allures, et l'usage des index-numbers à l'anglaise trouve là une suffisante justification. Ces « prétiomètres de poche », comme on les a appelés, ne sont certes pas des instruments de précision. Prompts à répondre aux questions qu'on leur pose, ils n'y répondent pas trop mal au début; mais peu à peu ils se dérangent; ils se mettent à avancer ou à retarder, comme les montres à bon marché, et finiraient par devenir tout à fait décevants, si de plus scientifiques enquêtes ne venaient, au moment voulu, remettre les choses au point.
Index historiques. — Les curiosités de l'économiste ne se limitent pas, comme celles des spéculateurs, aux faits d'aujourd'hui, d'hier et de demain; et, s'il veut savoir comment a varié d'âge en âge le pouvoir de l'argent ou le coût de la vie, il ne suffît pas qu'il suive pour cela les prix de gros de 30 ou 40 matières premières ou articles manufacturés. Car, dans la vie réelle, ce ne sont pas seulement des grains et des tissus, des huiles et des sucres, de la viande et de la houille que les hommes paient avec la monnaie; ils s'en servent aussi, journellement, pour acheter ou louer de la terre et des maisons, pour rémunérer des transports, pour rétribuer le travail et le talent d'autrui... Et la baisse de certains produits agricoles ou industriels peut se trouver contrebalancée dans nos budgets par le rehaussement
des salaires, par la cherté des loyers.... Si l'on écarte ces éléments compensateurs, on fera tôt ou tard fausse route.
Une autre omission d'où peut naître l'erreur est celle des prix de détail. Ils ne font pas double emploi avec les autres, car ils se montrent toujours moins sensibles aux pressions ambiantes; et, par cela même, l'observateur qui ne voit que les prix de gros s'exagère souvent la portée pratique des mouvements dont il a pris note.
Lorsqu'on a pour obj ectif le coût de la vie, la vraie méthode à appliquer est « la méthode budgétaire ». Elle consiste à classer, par nature et par quotité, les consommations, dans le sens le plus large du mot, d'une famille moyenne, d'une famille type, et à rechercher dans quelle mesure la dépense totale correspondant à ce train de vie, à ce standard of life^ se trouve accrue ou réduite par la substitution des prix d'une époque à ceux d'une autre époque, antérieure ou postérieure. Que ce soit là une entreprise à la fois délicate et laborieuse, j'ai de bonnes raisons pour ne pas l'ignorer; mais je sais aussi qu'un tel programme n'est point irréalisable puisque, pour toute une moitié du xix^ siècle, j'ai pu moi-même le remplir ^ C'était bien après avoir consulté méthodiquement tous les prix que j'en fixais la hausse moyenne, de 1820-25 à 1870-75, à un tiers (33 p. 100), soit, sur le pouvoir du numéraire, une réduction d'?m quart (25 p. 100).
La méthode budgétaire a fait aussi ses preuves dans d'autres pays. Elle a été pratiquée en grand, aux États-Unis, lors de la grande enquête sur les prix de gros et de détail que le Sénat avait ordonnée en 1893 et qui fut menée à bien par les soins du
1. Mémoire sur les variations des prix au XIX** siècle, couronné par rAcadémie des Sciences morales et politiques.
sénateur Aldrich et du professeur Falkner. Au moyen de 2.561 budgets de familles, analysés à cet effet par les soins du Commissaire général du travail, M. Falkner avait chiffré la part revenant à chaque denrée dans les dépenses du peuple américain et ses coefficients furent réglés en conséquence. C'est sur un procédé de calcul analogue qu'est basé le Dun's in" dex, que reproduisent périodiquement les statistiques officielles du département du Trésor. Le point de départ est janvier 1888. En dix ans, on voit la cote annuelle tomber de 100 à 75 ; mais le relèvement est plus rapide encore, puisque, dès 1902, on est remonté à 101.
Pour la France, les calculs de TOffice du travail tendaient surtout à comparer les variations du coût de la vie à celles du salaire. Cette comparaison a figuré, en 1900, à l'Exposition d'économie sociale de Paris et, en 1905, à celle de Liège.
Voici, d'après cette source autorisée, quelle aurait été la progression des salaires depuis cent ans, ceux de l'année 1806 étant représentés par 100 :