LIVRE IIÏ, CHAPITRE II
affaires du client commencent à décliner ou à s'embarrasser^ ou dès qu'il veut, à tout prix, obtenir plus de crédit que le banquier n'en veut accorder, les difficultés commencent.
Un compte peut décliner de deux manières : par des retours subits et considérables ou par des remises lourdes et lentes. Les retours fréquents attestent, ou que les opérations de l ayant compte sont faites légèrement et mal liées, ou qu'il travaille avec des gens d'une foideuteuse : dans les deux cas, le compte réclame une attention vigilante de la part du banquier, qui ne peut plus se reposer sur la balance apparente. Quelques maisons de banque, dit-on, aiment les retours, parce qu'ils donnent lieu à une commission double ou triple et à (les bénéfices de correspondance; mais plus d'une fois, probablement, ces commissions et ces bénéfices ont été chèrement achetés.
La lenteur des remises, la présentation de papier à plus longue échéance, attestent généralement, ou la négligence, ou le déclin des aflFaires du négociant. Au commencement, par exemple, son compte était habituellement créditeur, puis il se balance à peu près exactement, ensuite le négociant qui remettait du papier à 10,15,30 jours au plus, remet des effets à deux mois, à trois mois ou même à plus long terme ; enfin, il laisse son compte débiteur et augmente ses demandes. Lorsque ce mouvement de décadence est continu, lorsqu'il se prolonge longtemps, c'est un signe infaillible auquel le banquier ne peut être trompé : mais il aurait tort de prendre l'alarme au premier changement ; des achats, des approvisionnements extraordinaires, des ventes qui se réalisent lentement, peuvent altérer l'aspect d'un compte, sans qu'on puisse en conclure que les affaires du négociant sont mauvaises. Si l'embarras n'est que temporaire, le compte ne tarde pas à se rétablir. Quelquefois aussi le compte présente un aspect inquiétant par l'effet de la négligence d'un négociant qui n'a pas les habitudes commerciales; en ce cas, un avertissement, répété au besoin, doit suffire pour ramener les remises à l'état normal.
Quand l'état des affaires dû négociant se manifeste ainsi par ^^s signes matériels et bien visibles, les difficultés sont mé-
diocres. Le banquier n a qu'à prendre parti sur une situation qu'il connaît, parce que son client est de bonne foi, à restreindre ou à fermer le compte. Le danger est bien autrement grand, lorsque le banquier a été abusé par du papier de complaisance et des tirages en Tair. Alors, en effet, Taspect du compte courant ne fournit aucun moyen de pressentir la vérité ; le chiffre des affaires s'élève, les remises sont plus abondantes, et de temps en temps seulement à une échéance un peu éloignée. Mais c'est ainsi que se modifie le compte des maisons dans lesquelles l'activité du travail multiplie les affaires jusqu'à excéder quelque peu la puissance du capital. Or, les maisons placées dans ces conditions sont justement celles qui donnent au banquier les plus beaux bénéfices: commissions multipliées, recouvrements faciles, compte d'hitérêts favorables; ce sont celles auxquelles le banquier s'atta ■ che le plus et qu'il traite avec le plus de faveur. Quelle déception n'est pas la sienne, sll apprend tout à coup que telle maison, dont le compte donnait de bons produits et était très -régulièrement tenu, le laisse à découvert pour une somme considérable, bien supérieure au crédit accordé, lorsqu'il supposait les affaires de cette maison prospères; s'il apprend que ce crédit a été obtenu par la remise en compte j de papier de complaisance ou de lettres tirées en Tair ! Voici de quelle manière sont créés l'un et Tautre : i
Le papier de complaisance ne peut être fait que par la complicité de deux ou de plusieurs personnes. Jean, de Nantes, qui n'a fait avec Jacques, de Paris, aucune affaire commerciale, tire sur lui, soit pour 1,000 fr., à un, deux ou trois mois; Jacques accepte la traite, et, afin de se payer de sa complaisance, tire sur Jean pour une somme égale, à peu près à la même échéance que la traite de celui-ci, qui donne son acceptation. Jean et Jacques se procurent chacun, parce moyen, un effet de 1,000 fr., très-régulier en la forme, et par l'escompte duquel ils obtiennent un crédit d'égale somme chacun chez son banquier. Viennent les échéances : si l'emprunt avait été fait pour peu de temps, si les fonds obtenus avaient reçu un bon emploi, ils pourraient servir à l'acquit des traites, et les deux banquiers se trouveraient rem-
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