LIVRE III, CHAPITRE H
tels que 1,000, 2,000, 3.000 fr., parce qu'il est rare qu'une facture ou une balance de compte fournissent des nombres ronds.
Lorsque le papier de complaisance ou le tirage en l'air sont employés systématiquement, il existe cependant un signe général auquel on peut les soupçonner, sinon les reconnaitfe : le mouvement du compte courant est ascendant. En effet, il taut du temps pour développer une émission de titres factices et pour la dissimuler dans un certain mouvement d'affaires réelles : d'ailleurs, on le comprend, des emprunts contractés à des conditions pareilles, chargés, outre Tintérêt, de commissions de banque et de frais de transports effectifs d'espèces, sont presque toujours ruineux. Le commerçant qui y a recours n'emploie guère de tels moyens que pour dissimuler le mauvais état de ses affaires, espérant qu'il comblera l'abîme au moment même où il l'agrandit ; ou bien il essaye, en désespéré, de prolonger le plus qu'il peut une aisance qui lui échappe. C'est pourquoi les crédits de ce genre impriment au compte courant un mouvement ascendant, et presque en tout semblable à celui d'une maison activement conduite et en pleine prospérité.
Il y a cependant deux symptômes auxquels le banquier ne peut guère se tromper. Lorsque la comptabilité d'une maison indique d'une manière certaine la négligence ou le désordre; lorsque les dépenses personnelles y deviennent considérables et surtout déréglées ; lorsque les habitudes personnelles de l'ayant compte se dérèglent aussi, il n'y a plus de doute, la maison marche à sa ruine. Ajoutons qu'il est extrêmement rare que les mauvaises affaires ne produisent pas sur l'entrepreneur de commerce ou d'industrie les effets moraux que nous venons d'indiquer; et s'il est vrai que l'inconduite, quelque forme qu^elle ait, soit une cause de détresse commerciale, il est constant que la détresse commerciale n'est pas moins souvent la cause première de l'inconduite, de l'irrégularité des habitudes. Quelque soin que l'ayant compte mette à dissimuler ces symptômes, il a de la peine à y parvenir sous les yeux d'un bancjuier vigilant et sensé* Mais quelques soins, quelques précautions que prenne Un
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banquier, quels que soient son esprit et sa vigilance, il est exposé à éprouver des pertes, et il doit, tout en faisant effort pour les éviter, s'y tenir préparé. Non-seulement, en effet, les papiers de complaisance et les tirages en Tair sont pratiqués par des maisons de commerce, mais on a vu des banquiers eux-mêmes s'y livrer. Ainsi, vers Tannée 1845, une maison de banque de premier ordre établie sur une des principales places de France, succombait en même temps qu'une maison de Londres et une maison d'Amsterdam avec lesquelles elle avait échangé des acceptations de complaisance. Vers la même époque, une maison de banque de centre de la France avait affermé par un intermédiaire une forge et un haut fourneau qui lui servaient moins à faire de la fonte et du fer qu'à fabriquer des lettres de change en Tair. Le maître de forges remettait des traites importantes sur divers marchands de fer des villes voisines : la maison de banque les passait en compte courant à ses correspondants et faisait les fonds à réchéance. Tel marchand de fer qui n'avait aucune affaire avec la forge ou qui avait peut-être pris une facture de 10 ou 15,0000 fr., payait deux, trois ou quatre cent mille francs de traites par an, et cela pendant plusieurs années. Les usages n'admettant, de banquier à banquier, que des effets à courte échéance, il fallait renouveler souvent les traites, acheter à un prix exorbitant le crédit obtenu par ce moyen. Pas n est besoin de dire que la maison de banque et la forge ont bientôt fait faillite en même temps.
Le papier de complaisance et le tirage en l'air sont ordinairement tres-ditficiles à reconnaître, surtout à Torigine, et c'est à l'origine qu'il importerait de les saisir. En effet, au bout de quelque temps, il est quelquefois bien tard ; le banquier a fait des avances considérables : s'il ferme brusquement le compte et exige un remboursement immédiat, il peut déterminer une faillite et perdre la plus grande partie ou même la totalité de ce qu'il a avancé : s'il continue le crédit et le régularise, il peut fort bien avoir le sort du joueur qui, pour se racquitter, court de nouvelles chances et ajoute à ses pertes. S'il peut obtenir des garanties hypothécaires ou autres, il ne doit pas manquer de les exiger. Quelquefois, comme
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