LIVRE III, CHAPITRE V
une partie des actions émises, et réduisit ainsi ce capital à 67,900,000 fr.
Les trois dernières années de Fempire furent très-difficiles, même à Paris : cependant le crédit de la Banque était bien établi. « En aucun temps, dit le compte rendu de 1813, la circulation de la Banque ne s'était autant élevée : » elle avait atteint 130 millions : mais les affaires manquaient et le commerce n'apportait plus de papier à l'escompte. Au commencement de 1812, la Banque avait en caisse 114 millions espèces et 117 millions de billets en circulation : le portefeuille était réduit à 15 millions : il descendit dans le courant delà même année jusqu'à 10 millions, et si le Trésor n'avait pas apporté des valeurs à l'escompte, il eût été impossible de compléter le dividende*. Au commencement de 1813, le portefeuille commercial était monté à 45 millions : néanmoins l'encaisse métallique était descendu à 26 millions et demi, et la circulation à 85 millions. Le commerce pressentait la chute de l'empire, et la Banque s'acheminait vers une liquidation.
En effet, le 18 janvier 1814, la situation de cet établissement se résumait par les chiffres suivants :
fÀSStr OOUMERCIAL. j ACTIF COMMERCIAL.
Hillets 38,3i6,600fr. Espèces 14,334,000 fr.
DépôU 6,374,000 Portefenme 3i,33l,000
44,700,500 fr. ' 45,685,000 fr.
Le lendemain, 19 janvier, la Banque changeait contre espèces quatre millions et demi de ses billets* Quelques jours plusta,rd, l'encaisse était à 5 millions/la circulation à 10 millions, et les dépôts ou comptes courants à 1,300,000 francs.
Aussitôt que la crise politique fut passée, les affaires reprirent leur cours.
Pendant les premières années de la Restauration, Torganisation de la Banque fut souvent attaquée, non-seulement devant Topinion, mais devant l'assemblée même des action -
' Rapport des censeurs à T Assemblée générale des actionnaires de 1814. — Ces cMffres ne concordent pas avec ceux qui ont été depuis fournis par la Banque et publiés par le ministre du commerce en 1835. Il est probable que la différence provient de ce que le papier des fournisseurs des armées est conî^^ *^^ ^® papier du commerce proprement dit dans le tableau publié en |m5, tandis que les censeurs de 1814 avaient distingué l'une de l'autre dans mn calculs, les deux sortes de papier.
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naires, en janvier 1815, et devant les Chambres. Des propositions furent faites au pouvoir législatif pour supprimer le gouverneur et les sous-gouverneurs, pour rendre, comme on disait alors, à la Banque son indépendance, c'est-à-dire pour j en faire un simple comptoir commercial. On proposait sage- ' ment de lui interdire d'établir des comptoirs dans les départements, de restreindre par une loi ses opérations à Paris : le trésor lui remboursa le prêt fixe qu'elle lui avait fait, et elle n'eut, pendant quatre ans environ, qu'un gouverneur provisoire, choisi en quelque sorte par elle-même, dans la catastrophe de 1814, M. Laffitte.
Sous ce régine elle eut à subir la grande crise de 1818, causée par les excès du commerce de spéculation et du commerce de marchandises. L'encaisse, qui, au mois de juillet, était de 117 millions, descendait le 8 octobre à 59, le 2 novembre à 37, quelques jours plus tard à 34 millions. Le crédit particulier de la Banque ne fut cependant pas ébranlé, et le conseil général réduisit encore une fois, à tort pQut-être, à 45 jours le terme des effets admis à l'escompte.
Bientôt tous les projets de changement dans l'organisation de la Banque furent abandonnés : elle resta banque d'État et eut un gouverneur nommé par le roi, M. Gandin. Cependant les idées tournaient à la liberté : Ilouen avait obtenu une banque de circulation le 17 mai 1817, Nantes eut la sienne le 1 1 mars 1818, Bordeaux, le 23 novembre 1818. Après la Révolution de 1830, dont le crédit particulier de la Banque ne souffrit aucune atteinte, on autorisa successivement la fondation des banques suivantes : de Lyon, le 19 juin 1835; de Marseille, le 29 septembre de la même année ; de Lille, le 29 juin 1836; du Havre, le 25 août 1837; de Toulouse, le 1 1 juin 1838. De son côté, la Banque, voyant le succès qu'obtenaient les banques départementales, tenta de nouveau de fonder des comptoirs. Elle en établit d'abord un à Reims, le 6 mai 1836; un à Saint- Etienne, le 17 juin, même année; nn à Saint-Quentin, le 16 octobre 1837; un à Montpellier, le 19 janvier 1838 ; un à Grenoble, le 31 mars 1840, et un à Angoulême, le 24 avril de la même année, Ces comptoir tiraient de leurs relations avec la Banque un grand avantage : ils pou-
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