‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 134 sur 343 · LIVRE m, CILVPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE m, CILVPITRE V

que la diminution de l'encaisse métallique avait la même cause que les années précédentes ; mais au bout de deux mois elle prit d'eflrayantes proportions. Les réserves métalliques furent réduites :

EnjuiUetl846, de 17,538,000 fr.

En août, de 2,904,000

En septembre, de 27,211,000

En octobre, de 53,164,000

En novembre, de 43,235,000

En décembre, de - . . 18,191,000

Dui«aul4janvierl857,de .... 10,004,000

Total. . . . 172.847,000 fr.

Au 10 janvier 1847, les sorties d'espèces s'arrêtèrent. Elles avaient été successives, tant que la demande pour l'exportation avait coïncidé avec la demande intérieure annuelle; elles avaient décru dès que l'époque de la rentrée annuelle était arrivée. L'encaisse, qui, dans les six premiers mois de Tannée, s'était élevé de 208 à 252 millions, était descendu pendant les six derniers mois à 80 millions * .

La Banque eut recours aux moyens extraordinaires; elle fit venir des départements, à grands frais, 2 millions d'espèces et acheta au dehors, avec ses rentes, 45 millions environ de lingots. Ces mesures, excellentes en elles-mêmes, furent inutiles. La cession de rentes 5 p. 100 et 3 p. 100 pour une somme d'environ 50 millions, payables en Russie, fut consentie au gouvernement russe lorsque le danger était entièrement passé, lorsque les encaisses étaient remontés à 110 millions : cette cession, qui eut pour eflfet de modifier le cours naturel des changes, fut plus utile au commerce des grains qu'à la Banque elle-même.

L'élévation du taux de l'escompte à 5 p. 100, décidée le 14 janvier 1847, au moment même où les encaisses commençaient à remonter, n'était justifiée par aucune nécessité. On invoqua à ce sujet l'exemple de l'Angleterre, qui en a donné quelquefois de bons et souvent aussi de mauvais. Les augmentations du taux de l'escompte, le rapprochement du terme obligatoire d'échéance des effets escomptés et les rejets

'Compte rendu de 1848.

arbitraires de bordereaux^ conviennent peu à une banque privilégiée, surtout lorsque ces mesures sont tardives et ont pour effet, non de prévenir la crise, mais de Taggraver. Lorsque §on crédit est entier, et celui de la Banque de France en 1847 n'avait point souffert, elle ne doit jamais réduire ses émissions, de manière à exposer la place ou le pays à un déficit de la monnaie de papier en même temps qu'il souffire du déficit de la monnaie métallique. La Banque de France, qui, depuis le l"*" juin 1820, avait tenu invariablement ses escomptes à 4 p. 100, eut beau les porter à 5 p. 100, les présentations ne diminuèrent pas, et jamais le portefeuille ne fut mieux garni que pendant Tannée 1847. On sortait^de la crise monétaire, et Ton allait entrer dans la crise des capitaux.

Les importations de grains troublent la circulation des monnaies; mais le déficit que ces importations viennent combler a des conséquences plus graves : il diminue de toute la somme qu'il représente la masse des disponibles. De là vient que les importations de grains sont presque toujours suivies de près par les crises commerciales. En 1847, il y avait une autre cause de contraction du crédit dans les spéculations désordonnées qui avaient eu lieu depuis deux ans. Mais la Banque de France est administrée de telle façon qu'elle sent peu le choc de ces crises, lorsqu'elles ne sont compliquées ni par une panique, ni par une exportation de numéraire. Les effets de commerce, repoussés par les exigences statutaires de la Banque ou par le taux élevé de l'escompte, vont souvent, dans les temps ordinaires, chez les escompteurs : en temps de crise, ils viennent à la Banque de France, réserve dernière des banquiers de Paris. Les escomptes ne diminuèrent donc pas, à la Banque, en 1847; en décembre, elle en ramena le taux à 4 p. 100, et remplaça par des achats sur place les rentes qu'elle avait vendues à la Eussie. Cette dernière mesure tendit à soutenir les cours et à faciliter la réalisation des réserves particulières. La Banque, du reste, n'engagea pas toutes ses ressources, puisque son encaisse atteignit 180 millions, et se trouvait, à la fin de l'année, au plus fort des escomptes, à 107 millions.

Le tableau suivant de la situation des principaux comptes

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