‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 159 sur 343 · LIVRE III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII

sur le marché les quantités qu'il lui convient de réaliser, de manière à dominer toujours les prix. Le détenteur unique des titres d'un emprunt ou des actions d'une compagnie industrielle jouit d'un véritable monopole, et c'est pourquoi ces titres sont recherchés par le grand capitaliste, qui peut à' son choix les conserver quelque temps ou les vendre.

On a vu dQS maisons de haute banque rechercher le monopole des marchandises de première nécessité, d'un débit assuré, telles que les blés en temps de disette, les savons, les esprits, les cotons en laine, les sucres, etc. On en a vu acquérir pour quelque temps de hauts fourneaux bien situés,. à la veille d'une hausse de fer prévue et préparée par des opérations antérieures, et jusqu'à des vignobles auxquels la qualité supérieure de leurs produits assurait un monopole.

La Banque des Etats-Unis fit une affaire de ce genre, en 1838, lorsqu'elle entreprit d'acheter, pendant deux ans de suite, toute la récolte de coton en Amérique et de faire la loi aux manufactures de l'Europe. Elle échoua, parce que son capital et son crédit, qui dépassaient 170 millions de francs, ne purent suffire à une telle entreprise.' Quelques maisons anglaises, qui avaient opéré sur les blés en 1845 et en 1847, eurent le même sort : d'autres furent plus heureuses ou plus fortes.

Le succès de ces opérations n'est pas fondé sur les mêmes bases que celui des opérations du commerce ordinaire. Il ne s*agit pour la haute banque ni de s'ouvrir des débouchés, ni de se tenir jour par jour au courant des variations des prix, ni d'apporter de la simplicité et de l'économie dans son administration ; il lui suffit de s'être .assurée qu'aucun autre vendeur ne pourra, pendant le temps que durera l'opération, se présenter sur le marché.

Nous n'avons pas besoin de nous étendre davantage sur cette espèce de banque : elle est à la portée d'un petit nombre, et ses habitudes sortent entièrement des règles de la banque ordinaire et môme de celles du commerce. Les spéculations auxquelles elle se livre sont ordinairement trèslucratives; mais elles ne sont pas sans danger. Elles peuvent ^tre contrariées par des événements irrésistibles, tels que

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l'effet des saisons sur une récolte, une révolution, une grande crise commerciale, etc. Tant que les fonds de ces grands capitalistes sont au repos, dans les opérations de banque proprement dites, tous ces événements ne les mettent point en péril; mais s'il leur arrive d'être surpris en cours d'opération, ils courent des dangers éminents qu'il est difficile de conjurer par les moyens réguliers.

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