LIVRE m, CHAPITRE IX
et, pendant la première année de son existence, elle ne sortit guère du cercle dans lequel se meuvent habituellement les grandes maisons de haute banque, qui comprend rémission des titres des compagnies existantes, le jeu sur les différences et les reports. Mais les bénéfices étaient brillants ; ils s'élevaient, au 31 décembre 1853, à 7,582,722 fr., dont 1,300,848 fr. avaient été produits par les reports, 2,303,050 fr. par les émissions d'obligations, et 3,618,555 fr. par les intérêts et bénéfices. Les différences proprement dites avaient donné plus de 2 millions, et l'on concluait que le capital avait dû être engagé sept fois et réalisé six fois.
En 1854, le Crédit mobilier créa trois entreprises nouvelles, savoir : la Société des immeubles de la rue de Eivoli, au capital de 24 millions ; la Société maritime, au capital de 30 millions, et la Société des chemins de fer autrichiens, au capital de 200 millions. Les bénéfices dépassaient 10 millions, et l'on ne pouvait guère évaluer les différences à moins de 4 ou 5 millions.
En 1855, le crédit et l'activité de la Société du crédit mobilier étaient à leur apogée. Cependant elle se bornait à émettre des actions ou obligations de compagnies existantes ou fondait à l'étranger des sociétés semblables à elle. Mais les bénéfices étaient superbes : ils s'élevaientà 31,870,776 fr., dans lesquels 1,336,794 fr. appartenaient aux reports, 1,427,478 fr. aux commissions et intérêts d'avances, et 26,066,889 fr. aux différences presque exclusivement.
Ces résultats, qui furent sans doute très-agréables aux actionnaires, suggèrent bien des réflexions ! Qu'on imagine Fagitation qu'il avait fallu imprimer au marché, et ce qu'avaient dû coûter plus de 20 millions de différences réalisées pendant un an en présence de la baisse générale des titres causée par l'élévation du taux de l'intérêt ! Il faut bien remarquer, en effet, que cette somtne avait été perdue par quelqu'un, que ce quelqu'un avait en outre supporté la plus grande partie de la différence résultant de la baisse des titres, et la somme considérable payée aux agents de change pour leurs courtages. Que d'agitations! Quels bouleversements dans les existences ! Que de familles ruinées !
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La Société du crédit mobilier avait déployé en même temps cet esprit de monopole qui est le trait distinctif des entreprises de haute banque; elle avait centralisé, comme on dit, les mines de la Loire, les entreprises d'omnibus de Paris, les sociétés d'éclairage et préparé la centralisation des salines de l'Est. Le compte rendu du 30 avril 1855 ne laissait, du reste, aucun doute sur les doctrines de la Société à cet égard : « En général, » y est-il dît, « quand nous touchons à une branche « d'industrie, nous désirons surtout obtenir son développe- (( ment, non par voie de concurrence^ mais par voie cC association « et de fusion. » Quelles que fussent les réserves faites ensuite sur cette doctrine, les faits venaient présenter un commentaire sans équivoque.
La Société du crédit mobilier a pris part aux emprunts considérables contractés par le gouvernement pendant cette période ; elle a fait aussi, malgré ses statuts, une opération sur les grains dont les détails sont inconnus, mais qui avait pour but assez probablement d'abaisser le prix du pain pendant les années de disette, puisqu'elle a laissé au bilan une perte présumée de 500,000 fr. En général, si la lecture des comptes rendus de la Société de ce temps ne satisfait pas toujours la curiosité, elle laisse l'impression d'une puissance qui dépasse les bornes d'une entreprise commerciale ordinaire, et qui fait intervenir dans ses décisions des considérations tout antres que les considérations commerciales, réglant presque à volonté ses dividendes, et pouvant à son gré donner aux capitaux mobiles du marché européen telle ou telle direction.
Les directeurs du Crédit mobilier avaient voulu étendre à la fois et consolider cette puissance par l'émission de 240,000 obligations réservées aux actionnaires de l'entreprise, sur lesquelles 200 fr. auraient été immédiatement verses. Cette mesure aurait fourni à la Société 48 millions à long terme qui seraient venus s'ajouter à son capital de 60 millions. L'annonce de cette opération, à laquelle un bénéfice réalisé de plus de 30 millions donnait une base solide, provoqua une hausse énorme, soudaine et facile à comprendre sur les actions. Le compte rendu nous apprend que cette hausse
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