LIVRE m, CHAPITRE IX
fut commentée par quelques personnes dans un sens peu favorable aux directeurs. « Ce que nous ne pouvions prévoir, dit-il, ce sont les calomnies dont ces mouvements dans le cours de nos actions ont été le signal et le prétexte. Qu'est-il besoin de le déclarer? Aucune des personnes qui ont Thonneur de diriger vos affaires ne s'est livrée, dans ces circonstances, à des opérations de hausse ou de baisse sur nos valeurs. »
L'émission de 240,000 obligations fut empêchée par le gouvernement, qui, trouvant le marché surchargé de titres, ne voulait pas qu'on vînt faire encore de nouvelles émissions.
A dater de 1855, les comptes rendus de la société du Crédit mobilier sont devenus moins détaillés et plus obscurs. On n y voit plus la part des bénéfices qui appartient au jeu sur les différences et celle qui appartient aux opérations nouvelles. Celles-ci consistent surtout à opérer des fusions entre des compagnies existantes, c'est-à-dire à créer des monopoles, comme lorsqu'on a réuni les diverses compagnies d'omnibus, obtenu un privilège pour la compagnie des Petites-Voitures, réuni les compagnies de gaz, etc. On y remarque aussi un certain nombre de transformations, comme celle de la société des Immeubles de Rivoli en société Immobilière, celle de la compagnie Maritime en compagnie de Paquebots transatlantiques, etc. On y remarque également la recherche des concessions, subventions et privilèges de gouvernement, et l'absence des affaires dans lesquelles l'industrie ne relève que d'ellemême.
On peut supposer que, dès 1855, époque où fut demandée l'autorisation d'émettre les obligations, la société du Crédit mobilier éprouvait quelque gêne. Plus tard, lors de la réunion de la Savoie à la France, ses directeurs firent avec la banque de Savoie, en leur nom personnel, des traités au moyen desquels ils pouvaient espérer d'établir une seconde banque d'émission privilégiée en concurrence avec la Banque de France. Us entreprirent contre celle-ci, dans le monde des affaires et dans la presse, une campagne sérieuse, qui, favorisée par la hausse de l'escompte, aboutit à l'enquête de 1865,
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sans autre résultat. Dans cette guerre, dont le gouvernement était au fond le seul juge, la Banque de France l'emporta. Dès lors il fallut obtenir des fonds par un autre moyen : on proposa et Ton obtint le doublement du capital de la société du Crédit mobilier, qui fut porté à 120 millions en 1866.
Cependant les embarras financiers de la société étaient tels, que cette somme ne lui permit pas de reprendre sur le marché des titres la position dominante qu'elle y avait occupée. U fallut avouer que l'exercice de 1866 avait laissé une perte de 7,933,136 fr., et, dans le courant de 1867, les embarras devinrent tels, que les fondateurs de la société, qui l'avaient administrée jusque-là dictatorialement, se retirèrent. Dans l'assemblée des actionnaires du 30 novembre 1867, leurs successeurs avouèrent que les pertes s'élevaient, à cette date, à 47,542,000 fr.
A dater de ce jour, la société du Crédit mobilier avait cessé de vivre ; elle ne pouvait plus prétendre qu'à une liquidation plus ou moins difficile, et après avoir hitté plusieurs années pour l'éviter, elle a été obligée d'y recourir en novembre 1871. Cette liquidation devait être faite par une société nouvelle, constituée au capital de 80 millions^ et portant le même nom que la première, dont l'actif, de 120 raillions, était évalué et cédé à 38 !
La discussion du chiflTre réel des pertes éprouvées, de la date des ces pertes et de leurs causes serait déplacée dans cet ouvrage, et les documents publiés ne fournissent pas des éléments assez certaiiis pour qu'elle pût aboutir à autre chose qu'à des conjectures. On peut remarquer seulement que, d'après le bilan du 3roctobre 1867, la société du Crédit mobilier se trouvait créancière de la Compagnie immobilière pour près de 80 millions et que celle-ci, surchargée de maisons et de terrains qu'elle ne pouvait ni louer ni vendre, était hors d'état de payer. Mais ce n'était certes pas la cause unique de l'affaissement de Tancienne société du Crédit mobilier.
Il y avait des causes d'insuccès dans la nature même de l'entreprise, il y en avait dans les idées des fondateurs et dans les circonstances de la fondation.
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