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LIVRE m, CHAPITRE IX

Une grande banque de placement est difficile par ellemême. 11 faut, en effet, que ses directeurs sachent juger sainement de la nature et de la constitution des entreprises qui leur sont proposées, ce qui exige beaucoup d'instruction sur la conduite générale des affaires, beaucoup de conscience, dfe bon sens et de sang-froid, en même temps que beaucoup de vigilance. Ainsi, pour fonder utilement une grande entreprise de celles qui donnent lieu à des émissions de titres, il faut savoir : 1** si l'entreprise est bonne en elle-même : 2" en confier la direction à des hommes très-capables et très-honnêtes. — Sans doute on peut procéder autrement, jeter au public des titres quelconques, se dégager bien vite et poursuivre. Mais cette espèce d'escroquerie continue ne peut donner lieu à aucune fondation sérieuse.

Il faut une grande connaissance des conditions générales de l'industrie pour juger si une entreprise peut être bonne. Il y faut, en outre, des études sérieuses et du temps. Comment demander du temps, de la réflexion et du sang-froid, pour l'examen d'une entreprise industrielle et pour le choix de directeurs d'industrie, à des hommes engagés dans les négociations de bourse ?

Les idées des fondateurs du Crédit mobilier leur opposaient un autre obstacle. Elevés dans le mépris de la concurrence, ils pensaient qu'avec des privilèges conférant monopole, des subventions d'État et de grands capitaux, tout était possible. C'était méconnaître la nature des choses et ses lois, qu'on ne méconnaît jamais impunément.

Enfin les circonstances de la fondation opposaient un troisième obstacle. On établissait la compagnie du Crédit mobilier par un gouvernement dictatorial et à son profit. Il fallait lui plaire, contenter le personnel qui le composait et diriger les capitaux un peu où il voulait, dans les constructions de Paris, par exemple, et dans les emprunts mexicains.

Aussi, en parcourant l'histoire de l'ancien Crédit mobilier, nous trouvons qu'il a appliqué presque toute son activité à des chemins de fer et à des crédits mobiliers fondés à l'étranger; qu'en dehors de ces créations, il a patronné la Compa-

Digiti

gnie maritime^ qui appliquait la société par actions à une industrie qui, par sa nature, ne comporte pas ce système de gestion, et la Compagnie immobilière, à laquelle on peut adresser le même reproche.

Ajoutons que, dans la formation des compagnies, les administrateurs de .l'ancien Crédit mobilier n'ont vu que des faveurs à répartir, sans jamais songer à la capacité spéciale, ni aux conditions nécessaires de temps. On a remarqué que Fun d'eux se trouvait, en 1863, administrateur de dix-neuf compagnies au capital de trois milliards et demi, et que la grande industrie par actions avait pu se trouver un moment en France aux mains de 183 personnes.

Nous ne pouvons savoir jusqu'à quel point la nécessité d'obtenir et de réclamer constamment la faveur et le concours du gouvernement a pu coûter à l'ancien Crédit mobilier, parce qu'il n'est pas possible de connaître exactement les mobiles qui ont déterminé ses administrateurs.

On peut seulement affirmer avec certitude que l'existence de cette société a été funeste, qu'elle a largement corxtribué à détourner les capitaux, les idées et les sentiments de Tindustrie régulière et. fomenté les habitudes de jeu. Nous ne parlons ni des ruines qu'elle a semées autour d'elle, et qui se chiffrent par centaines de millions, ni de la fortune de ses fondateurs.

Toutefois il faut reconnaître que le mal aurait pu être beaucoup plus grand, si Ton avait émis pour 600 ou pour 1,200 millions d'obligations de cette société, comme on a pu le craindre pendant quelques années, ou si l'on était parvenu à mettre à son service une banque de circulation. On axu'ait pu aboutir à une catastrophe égale au moins à celle de Law.

Depuisque l'ancienne société du Crédit mobilier s' est affaissée jusqu'à ce jour, il ne s'est élevé aucune puissance financière qui lui soit comparable. Plusieurs banques par actions, dont quelques-unes sont très-considérables, font avec timidité, peut-être avec un succès que nous ne pouvons apprécier, des affiiires du même genre et d'innombrables petites entreprises, dont un grand nombre ne présentent aucune

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