LIVRE IV, CHAPITRE
en espèces, qui produira certainement, lorsqu'elle aura lieu, une secousse violente. Jusque-là on ne peut considérer le système établi aux États-Unis que comme un expédient transitoire et irrégulier. Il faut attendre, pour le juger, la reprise des payements en espèces et quelques années d'expérience.
Actuellement, nous ne pouvons constater qu'une chose, c'est que ce système n'a pas amélioré la condition des banques américaines. Leurs faillites ont été nombreuses sous l'empire de la nouvelle loi : on se plaint qu'elles abandonnent le commerce pour la spéculation, et le contrôleur officiel chargé de les inspecter demande au gouvernement de nouvelles restrictions pour empêcher les abus, avoués implicitement dans une réunion des délégués des banques par un des promoteurs de la loi de 1863. Nous savons d'avance par la théorie que toutes les tentatives de réglementation échoueront, et ne serviront qu'à établir des monopoles plus ou moins déguisés. La liberté vraie (et non la liberté dérisoire de 1863) et la convertibilité sérieuse des billets en espèces sont les seuls moyens d'avoir des banques aussi sûres que possible, en même temps qu'elles rendraient tous les services qu'on serait en droit d'attendre d'elles.
Quant au passé, on peut dire que les banques à peu près libres des Etats du Nord-Est ont pu prêter au gouvernement féaéral, au moment du besoin, une somme de 250 millions de dollars (1,250 millions de francs), tandis que les nouvelles banques, qui ne 'possèdent pas une somme beaucoup plus forte de titres de la dette, n'ont servi qu'à rendre excessive la circulation de leurs billets qui, garantis par le gouvernement, ont en réalité la môme valeur que le papier qu'il émet, et contre lequel le public n'a aucun motif sérieux de les échanger.
Il est probable que la reprise des payements en espèces et le retrait du papier d'État modifieront profondément l'étjat des banques américaines; Mais il y a lieu de craindre que la législation déplorable introduite par l'État de New-York en imitation de l'acte anglais de 1844 ne survive à la crise qui l'a lait adopter comme loi fédérale. En effet, cette loi établit au
profit des banques nationales un monopole lucratif, et tout monopole constitué, on le sait, est défendu avec acharnement par les intérêts qui en profitent.