LIVRE IV, CHAPITRE VI
Une loi du 26 avril 1852 avait autorisé la création d'une autre banque de circulation à Annecy, avec une succursale à Chambérj, sous le nom de Banque de Savoie, au capital de 1,600,000 fr. Ses statuts ont été calqués sur ceux de la Banque nationale. Cette Banque de Savoie^ qui a parcouru une honorable mais modeste carrière commerciale, se trouve aujourd'hui en France, et est devenue une simple succursale de la Banque de France.
Quant à la Banque nationale de Piémont, elle a suivi la fortune du Piémont lui-même, et n'a cessé de grandir et d'envahir. Déjà, avant la guerre de l'indépendance, elle avait établi une succursale à Alexandrie. En 1856, elle s'obligeait à en établir une autre à Cagliari, et à prêter au gouvernement une somme de 450,000 livres pour rembourser une sorte de papier-monnaie qui avait cours en Sardaigne. La succursale de Cagliari était autorisée à émettre pour "2 millions de billets de 20 francs.
Dans la même année 1856, il fallut, pour traverser la crise monétaire, autoriser la Banque nationale à dépasser le maximum d'un tiers de l'encaisse que les statuts, rédigés selon la routine, avaient assigné à l'émission de ses billets.
Le 27 avril 1859, à l'occasion de la guerre avec l'Autriche, la Banque obtint le cours forcé de ses billets avec l'autorisation d'émettre 6 millions de billets de 20 francs, et ouvrit au gouvernement un crédit de 30 millions à 2 p. 100. Comme le gouvernement n'usa pas du crédit ouvert, comme la Banque elle-même se^conduisit avec prudence, son papier ne tomba que de quelques centimes au-dessous du pair, et les billets de il) francs entrèrent sans difficulté dans la circulation.
Le 11 juin 1859, le cours forcé des billets de la Banque était étendu à tout le territoire occupé parles troupes sardes; on décrétait l'émission de nouvelles actions et l'établissement d'un siège {sede) de la Banque à Milan. Le capital de cet établissement fut alors porté à 40 millions. Ses statuts, modifiés par le décret du V octobre, confièrent l'administration générale à un Conseil supérieur de neuf membres, et l'exécution à un directeur général nommé par ce Conseil. Trois sièges furent établis : à Turin, à Gênes et à Milan, et il fut
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décrété que les succursales seraient placées sous la surveillance d'un de ces trois sièges.
On comprend que ce système de sièges et cette forme fédérative en quelque sorte donnée à Tadministration de la Banque, ont eu pour but de ménager les susceptibilités locaies et d'arriver peu à peu et sans secousse à l'unité de banque pour toute l'Italie. C'est un système inspiré par la politique^ et essentiellement transitoire. Du reste, en môme temps qu on l'établissait, on imposait à la Banque la surveillance de commissaires royaux nommés auprès de chaque siège et de chaque succursale.
En même temps qu'elle s'étendait, la Banque reprenait le payement de ses billets en espèces, et ouvrait au gouvernement un crédit de 18 millions. En 1860, elle fondait des succursales à Bergame, ^à Brescia, à Come, à Modène, puis à Ancône et à Pérouse. Ensuite elle absorbait la Banque des quatre légations, de Bologne, puis celle de Parme, qui étaient remplacées par des succursales : des succursales étaient également établies à Ferrare, à Forli et à Ravenne.
Lors de l'annexion de Naples au royaume d'Italie, la question de la pluralité des banques fut très-sérieusement posée et discutée diyis des négociations qui eurent lieu entre les promoteurs d'une banque napolitainç, le gouvernement et les représentants de la Banque nationale. La question fut tranchée un peu brusquement dans le sens de l'unité, sous l'influence de préoccupations politiques plutôt que par des considérations économiques. La Banque nationale fut simplement autorisée par un décret à établir un siège à Naples, arec succursales à Aquila, Bari, Catane, Catanzaro, Cliieti, Foggia. Messine et lieggio : on autorisait aussi des succursales à Pavie, à'Crémone et à Plaisance.
Depuis cette époque, la situation légale de la Banque nationale du royaume d'Italie n'a pas sensiblement changé, mais ses relations avec le gouvernement sont devenues d'autant plus intimes que celui-ci n'a pas cessé un seul instaut d'éprouver des besoins pressants. En 186G, la guerre et la crise financière rendirent le cours forcé inévitable encoi'e une fois. C'était une épreuve redoutable pour la liberté.
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