‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 205 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE Vil. 3C · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE Vil. 3C

que impériale (ancienne Banque de Prusse), dans Fadministration de laquelle le gouvernement intervient beaucoup plus que celui de France dans la sienne. Si quelqu'une des banques d'émission autorisées vient à périr ou renonce à émettre des billets, la Banque impériale hérite de son droit et peut augmenter sa part démissions, fixée à 250 millions de marcs, du chiflFre attribué à la banque qui a cessé d'émettre. En vertu de cette disposition, la Banque de l'empire a vu, dès le mois de janvier 1876, augmenter le chifire de ses émissions autorisées de 22,561,000 marcs, par la renonciation de treize banques, qui n'ont pu ou voulu remplir les conditions imposées par la nouvelle loi.

Nous n'essaierons d analyser ni les dispositions assez compliquées de la loi du 30 janvier 1875, ni la réglementation minutieuse de la Banque de l'empire, ni les nombreuses dispositions pénales édictées contre les administrateurs de ban- (jue qui essaieraient de violer la loi. Bornons-nous à constater l'obligation étrange imposée aux banques de recevoir les billets les unes des autres. •

L'Allemagne va donc, elle aussi, au monopole, bien qu'elle eût pu, autant et plus peut-être que tout autre Etat, tirer un immense profit de la liberté des banques. Elle a subi, comme d'autres peuples, la contagion française en cette matière.

L'Allemagne avait eu auparavant l'honneur de fonder d'autres banques, qui ont pris un développement suffisant pour appeler l'attention : ce sont les banques populaires établies sur l'initiative de M. Schultze-Delitzsch, sur le modèle de r Union du crédit, de Bruxelles.

Ces banques sont des caisses d'épargne, fondées, alimen* tées et administrées par des artisans pour faire des avances à d'autres artisans. « Ces banques, dit leur fondateur, ont été établies sans le secours de capitalistes, d'administrateurs ou de protecteurs quelconques, par les efibrts combinés de petits fabricants et d'ouvriers. Le capital dont elles disposent se forme d'actions souscrites par les associés et payables par cotisations mensuelles, et de fonds prêtés à l'association par des tiers. Ces cotisations sont obligatoires pour les souscripteurs jusqu'à ce qu'elles aient complété une action, à laquelle

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3d8 TRAITÉ DES OPÉRATIONS DE BANQUE.

un dividende est attribué. Ces associations ne font d'avances qu'à leurs membres. »

C'est, comme on le voit, une application de l'association ouvrière à la caisse d'épargne et une affectation très-heureuse des fonds de la caisse d'épargne aux opérations en apparence les plus périlleuses, quoique, en réalité, elles soient passablement sûres. Ces banques, étant fondées et administrées par des artisans, connaissent mieux que toutes les autres ceux auxquels elles prêtent, et peuvent attendre de ceux-ci plus d'efforts, plus de volonté de remplir leurs engagements et plus de résignation en cas de rigueur que toutes les autres banques. Là est le principe de leur vie. Il ne pouvait se rencontrer dans aucune autre combinaison destinée à faire des avances aux ouvriers.

Les banques populaires sont-elles aussi exemptes de patronage que le dit leur fondateur ? Cela est possible ; mais peu de personnes le croient : on pense généralement qu'une partie considérable des fonds déposés est remise aux banques dans une intention de bienfaisance, d'autant plus louable qu'elle est réellement éclairée, puisqu'elle tend à fomenter dans la classe ouvrière, en même temps que l'esprit d'ordre et d'économie, le sentiment de l'indépendance et de la responsabilité individuelles.

M. Schultze-Delizsch comptait à la fin de 1862 de cinq à six cents banques de prêts mutuels en Allemagne, dont deux cent quarante-trois lui avaient adressé leurs comptes. Ces deux cent quarante-trois banques comptaient soixante-neuf mille deux cent deux sociétaires dont les dividendes, intérêts payés, s'étaient élevés à 404,800 fr. Le capital et le fonds de réserve réunis s'élevaient à 10,811,765 fr., et leurs dépôts à 12,903,875 fr. Les avances faites aux sociétaires dans le courant de l'année avaient atteint le chiffre de 88,778,480 fr.

Jusqu'ici l'association ouvrière n'avait donné nulle part, si ce n'est peut-être en Angleterre, des résultats aussi remarquables. Toutefois nous ne pouvons insister sur ces banques, dont l'influence sur les affaires est et sera toujours probablement fort restreinte.

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