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LIVRE IV, CHAPITRE VIII

Dans le nord des États-Unis, on appliquait d'une autre manière la banque de circulation. La direction y était moins expérimentée qu'en Ecosse, l'art y était moindre, et une législation qui tenait les banques dans l'isolement nuisait à leur solidité. Il leur était plus difficile de pénétrer dans toutes les classes ; elles émettaient plus de billete-monnaie et éprouvaient des oscillations de caisse plus sensibles. Cependant les habitudes de la population étaient favorables aux banques : leurs actions étaient considérées comme le placement le plus sûr qui existât dans le pays, et elles étaient recherchées par les capitaux que Ton pourrait appeler invalides, ceux des mineurs, des femmes, des établissements publics.

Lorsque Ion compare le chiflBre des principaux comptes des banques d'Ecosse et de Massachusetts à la population du pays, à l'époque où les unes et les autres étaient à peu près libres, on constate les résultats suivants :

AATICLES DKS BILANS.

CapiUl

Portefeoille

Dépôts

Billets

F«nir«« S depuis 1845 Espèces j ^^Jl^j 4jj^5

PÀH TBTE DIIABITÀKT.

*ÉcOMe.

(inconnn)

MiSEBChuMttS.

Une étude, môme superficielle, du tableau ci-dessus suffit pour montrer la difiërence profonde qui existe entre deux systèmes de banque, bons l'un et l'autre, bien que fondés sur des combinaisons diverses et presque opposées.

Il est remarquable que les deux contrées dans lesquelles Tusage des banques de circulation est le plus répandu, soient habitées par une population renommée auprès de ses voisins par une excessive prudence et par une grande ténacité d'habitudes. Dans l'un et l'autre pays, on considère la banque de dépôt, telle qu'elle existe en France, avec un petit capital, un petit portefeuille et d'énormes encaisses, comme un instrument imparfait, peu énergique et peu sûr, dont on

ne se sert que par exception. La banque de circulation est appropriée, dans ces pays, à tous les besoins : on l'établit dans les plus petites proportions comme dans les plus grandes, dans les campagnes comme dans les villes ; son existence sur tous les points du territoire est un trait caractéristique du pays, qui frappe à première vue le voyageur étranger *.

On disait bien en Europe que les banques américaines n'avaient aucune consistance, et cela pouvait être vrai pour celles des grandes villes et de quelques états du Sud ou des états de FOuest qui étaient encore en formation ; mais cette assertion était complètement inexacte en ce qui touchait la Nouvelle- Angleterre, où la situation des banques a subi moins de révolutions que dans aucun État du continent européen. Quant aux banques d'Ecosse, elles offrent une expérience de plus de cent cinquante ans sans catastrophes: cette expérience ne devrait-elle pas suffire à convaincre les plus incrédules?

En Angleterre, la banque de circulation et l'art du banquier sont moins avancés. Dans les comtés, comme en Irlande, une grande partie de la population reste étrangère aux banques, et ne les connaît ni comme lieux de dépôt, ni comme agences de placement. Les émissions de papier, comparées au chiffre du capital, sont plus fortes : elles éprouvent aussi des fluctuations plus considérables, et il est nécessaire de conserver un encaisse plus gros. En ce pays, d ailleurs, les banques de circulation ne sont pas soumises aux influences commerciales : elles subissent l'influence des nécessités politiques, directement, par l'effet du privilège de la Banque d'Angleterre et de son cortège de restrictions; indirectement, par la concentration à la bourse de Londres d'une masse énorme de capitaux engagés dans le jeu.

Il faut bien observer, en effet, que la concentration de ces capitaux et le genre d'emplois auxquels ils sont affectés est

* « n en est des banques en Éposse comme des couvents en Espagne et en Italie : eUcs sont aussi communes. Deux banques dans un bourg qui atteint » peine les proportions de nos plus intimes chefs-lieux de canton ! > — Ch. £<^' mond. Voyage dans les mers du Nord.

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