LIVRE IV, CHAPITRE VIII
livrées exclusivement à des banquiers privilégiés, sous le nom de receveurs des finances, qui obtiennent à divers titres des avantages très-supérieurs aux profits moyens de banque- Non - seulement ils jouissent d'un intérêt élevé sur leurs avances toujours considérables, et qui, au 31 décembre 1852, s'élevaient à plus de 55 million^, mais ils reçoivent sur les divers mouvements et à divers titres des commissions établies iiu cours qui existait en France il y a cinquante ans, et trèssupérieures à celles que perçoivent les banquiers. Les sommes inscrites au compte général des finances directement au profit des receveurs généraux, s'élèvent à une somme de plus de 10 millions, et ce n'est pas tout, pour un mouvement de fonds inférieur, en recette et en dépense, à 3 millards 1/2. .
Il résulte de cet état de choses que là où le receveur des finances est un homme actif qui veut se livrer aux opérations de banque, il a sur ses concurrents un avantage exceptionnel. S'il se contente des bénéfices de ses fonctions, il enlève toujours une certaine quantité d'aflfaires.
En Belgique, nous l'avons vu, et en Angleterre, l'Etat n'a accordé le privilège d'émettre des billets de circulation qu'au prix de services de trésorerie plus ou moins étendus. En Belgique, le service de caissier de l'État est devenu gratuit. En Espagne même, où il n'existe sur ce point aucune organisation, où l'Etat fait des traites sur les comptables et les négocie comme un particulier, il est douteux que ce service coûte aussi cher qu'en France.
Dans le Massachusetts, on exigeait des banques un fort capital, et elles disposaient de tous les dépôts que fournissait le pays. En Ecosse, le capital est un peu moindre, mais les dépôts, plus abondants, portent presque toujours intérêt. Les banques écossaises sont favorables à leurs propriétaires et aux capitalistes : celles du Massachusetts étaient plus favorables à Temprunteur, parce que le capital prêté se trouvant, presque tout entier, engagé d'une manière permanente sous la forme d'actions, les conditions du crédit y étaient plus égales. En Angleterre et en France, le système établi est moins favorable à la fois à l'entrepreneur et au capitaliste : à celuici il n'oflfre qu'un intérêt médiocre ou nul et des garanties
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insuffisantes ou du moins inconnues dans le capital du banquier : à l'entrepreneur il ne présente que des chances incertaines sur la durée des conditions de crédit. Le banquier luimême est exposé aux oscillations de caisse que produisent les transports d'espèces à Fintérieur, et aux oscillations de capitaux qui résultent des mouvements de la place principale, Londres ou Paris. Ce système est donc celui de tous qui permet le moins au crédit de s'étendre, et qui est le plus contraire aux vrais intérêts du banquier, de l'entrepreneur et du capitaliste. En France, sur les trois quarts du territoire, le crédit est à l'état primitif : l'entrepreneur est obligé de chercher un capitaliste, tandis que celui-ci attend souvent un, emprunteur, et les billets de la Banque n'ont pas cours dans les campagnes à 50 kilomètres de Paris ou des succursales. De là des habitudes déplorables, des préjugés anticommerciaux, antiindustriels, et des obstacles insurmontables opposés à l'esprit d'entreprise : de là cette timidité commerciale et industrielle qui contraste d'une manière si triste avec l'audace et la témérité déployées dans d'autres carrières par la nation française.
En France, les hommes aventurent facilement leurs vies, difficilement leur fortune. L'homme y est commun, les capitaux rares : l'homme y est l'accessoire des capitaux. En Angleterre et aux Etats-Unis, au contraire, les capitaux sont l'accessoire de l'homme : l'opinion ne s'émeut pas d'une perte de capitaux toujours facile à réparer.
On n'a pas encore bien compris en France que le placement des capitaux peut faire l'objet d'un métier spécial et difficile. Il en résulte que les capitaux un peu importants sont placés directement et trop souvent au hasard, par leurs propriétaires ou par des intermédiaires qui n'ont aucun intérêt à bien placer', tandis que les petits capitaux n'ont devant eux aucun placement commode et facile; que le crédit n'a un prix courant que dans un petit nombre de localités, et que
* A Bordeaux et à MarseiUe même, il se faisait tout récemment encore un grand nombre de placements par des commissionnaires ou courtiers non responsables, dont la fonction était de mettre en rapport le capitaliste ot l'eniprunteur.
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