LIVRE IV, CHAPITRE VIII
ses âuctoatioDS sur les marchés inférieurs ne sont point déterminées par l'opinion d'hommes d'aflFaires expérimentés, comme en Ecosse ou en Amérique, mais par l'opinion souvent très-peu éclairée des capitalistes.
U en résulte encore, et ceci n'est pas la conséquence la moins importante de l'état d'organisation ou plutôt de désorganisation où se trouve le crédit chez nous, que l'entrepreneur, empruntant à un particulier et non à un homme d'affaires, doit, pour obtenir la confiance du prêteur, employer des moyens appropriés au caractère de celui-ci, capter sa bienveillance et faire pour cela toute une étude fort étrangère à l'objet de son commerce. Que de placements ridicules, que d'entreprises mal conçues ou mal conduites ont eu pour origine des relations personnelles, entre le prêteur et l'emprunteur !
Lorsque les placements sont effectués par un agent spécial intéressé à les faire bons, les choses se* passent tout autrement, et il arrive presque toujours que les fonds placés reçoivent un emploi productif. Lorsque, dans un pays, le capital de banque destiné spécialement ,aux opérations de crédit est élevé, l'ensemble des opérations de banque présente une assiette plus fixe que lorsqu'elles sont faites par des capitalistes ou au moyen de dépôts temporaires : lorsque ce capital de banque appartient à une compagnie, il est moins sujet à se retirer des affaires que lorsqu'il appartient à un seul homme. C'est par l'organisation des compagnies surtout que le système écossais et celui de Massachusetts sont supérieurs en force et en stabilité au système anglais et français.
Reste à comparer la valeur des diverses organisations au point de vue de la propagation des habitudes de banque et de crédit au sein des populations.
La population de l'Europe était presque toute occupée, il y a un siècle, à l'agriculture. Les progrès du commerce et de l'industrie, l'invention des machines, etc., ont introduit de nouveaux besoins. La consommation a augmenté, et, pour y sufl&re, il a fallu trouver de nouveaux moyens de production.
Les classes industrielles et commerciales ont pris l'initiative de ce mouvement : plus actives, plus intelligentes que
les classes agricoles, elles ont pu, sans s'appauvrir, se procurer une aisance et un bien-être auparavant inconnus. La population agricole a voulu les imiter ; mais bientôt les revenus des propriétaires ont été insuffisants dans les pays où la terre a été divisée : ailleurs même, le propriétaire oisif et vivant du fermage de la terre est descendu du rang qu'il occupait dans l'échelle sociale, et le laboureur, tout en améliorant sa condition matérielle, s'est senti plus pauvre.
Alors s'est produit un mouvement général vers le commerce, vers l'industrie, et aussi vers les professions dites libérales et les fonctions publiques. Ceux qui se dirigeaient vers les professions libérales et les fonctions publiques ont pu garder impunément leurs anciennes coutumes; mais ceux qui venaient au commerce et à l'industrie devaient en changer. Malheureusement les habitudes se forment avec lenteur, et les nouveaux venus dans la carrière industrielle y ont apporté trop souvent, avec leur activité et leurs capitaux, une grande inexpérience ; trop souvent ils ont troublé, par leurs erreurs et leurs fautes, la marche du commerce et de l'industrie.
Cette transformation des habitudes de la population, cette distribution nouvelle des fonctions économiques a eu lieu dans toutes les parties de l'Europe, et le mouvement est encore bien loin de son terme. C'est peut-être la cause la plus active et la moins observée des perturbations industrielles et commerciales ; car on peut attribuer avec justice à l'introduction dans le commerce d'hommes qui n'y sont pas habitués bien des erreurs et bien des revers. Un bon système de banques aurait épargné la plupart des fautes qui ont été commises, car le banquier, partout où on le rencontre, est appelé par la force même des choses à diriger, à encourager et à contrôler les nouveaux entrepreneurs et les nouvelles entreprises.
En Ecosse, les banques ont exercé sur les nouveaux venus dans le commerce une influence excellente : elles seules disposaient du crédit, et elles ne l'accordaient qu'à bon escient. Etablies en vue d'une longue existence, elles ont apporté dans toutes leurs opérations un esprit de suite et des prin-
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