‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 211 sur 343 · LIVRE IV^ CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV^ CHAPITRE VIII

cipes fixes, dont le particulier le plus éclairé ne peut faire usage que dans les limites étroites de sa vie. Leurs comptoirs ont été des séminaires de banquiers habiles, instruits par une tradition savante dans l'art de faire des placements. Aussi, en Ecosse, le passage des habitudes agricoles aux habitudes commerciales a eu lieu sans secousse violente, et Tagriculture elle-même a emprunté à l'industrie ses allures et ses procédés.

En France, plusieurs banquiers, en divers temps et en divers départements, ont tenté ce qu'on pourrait appeler des défipichements commerciaux : ils ont favorisé, dans le rayon de leurs opérations, la création d'usines et de maisons de commerce. La plupart d'erltre eux ont échoué ou n'ont obtenu qu'un médiocre succès, soit parce qu'ils avaient accordé des crédits à des entreprises mal combinées ou à des hommes peu propres aux affaires, soit parce qu'ils avaient eux-mêmes mal conduit leurs propres opérations et immobilisé leurs capitaux. Aucun d'eux, que je sache, n'avait songé à l'agriculture et ne l'avait considérée comme une industrie susceptible de donner des produits importants.

Que peut d'ailleurs entreprendre le banquier français dans une contrée agricole ? Veut-il escompter largement : vienne une hausse de l'intérêt, il pourra être condamné comme usurier s'il escompte à 7 p. 100 pendant que la Banque de France escompte à 10 p. 100, non-seulement sans être punie, mais en se présentant comme la' bienfaitrice du commerce. Prêtera-t-il sur hypothèque : il subira les entraves légales du droit commun, tandis que le Crédit foncier jouira du privilège des expropriations rapides. Le voilà donc gêné de toutes parts pour le placement de ses propres capitaux, accablé par le droit commun et dominé par des concurrents auxquels le législateur accorde toutes ses faveurs. Il sera mal placé dès lors pour obtenir du crédit du capitaliste. D'ailleurs nin autre privilégié, le Crédit agricole, vient lui faire concurrence jusque dans les campagnes, Quant aux émissions de Wllets, il ne peut y songer ; elles lui sont interdites par le privilège de la Banque de France.

Le petit capitaliste, qui épargne péniblement, l'auxiliaire

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• né du banquier, est-il plus heureux? Nullement. Il na pas de banquier près de lui ; on n'y trouve qu'un banquier réduit à rîmpuissance, etilest rabattu en quelque sorte comme un gibier vers la bourse de Paris, où l'attendent les chasseurs. Hors de là, point de placement commode et solide ; là, on l'appelle par des appâts de toute sorte, et le législateur a pris soin qu'aucun journal, qu'aucune publication ne puisse lui dénoncer les pièges dans lesquels il peut tomber.

Supposons qu'il se rencontre un banquier exceptionnellement doué qui, placé dans une localité exceptionnelle, parvienne à y travailler avec succès. Quelques lumières et quelque application qu'il apporte dans son œuvre, il ne peut guère établir une tradition qui lui survive; en tous cas, il n'a jamais autant de moyens qu'une compagnie d'appliquer longtemps les mêmes méthodes, et pour obtenir quelque résultat avec l'agriculture il faut toujours beaucoup de temps. La législation sur les sociétés est si récente et si obscure qu'on ne s'est pas encore aperçu qu'elle donnât une latitude quelconque au commerce de banque. Que d'obstacles d'ailleurs n'opposent pas d'une part la routine et l'ignorance, de l'autre l'absence de principes fixes, de sentiments pratiques et une éducation purement littéraire !

Grâce aux résistances de toute sorte que la véritable banque, la banque du commerce, a rencontrées, elle s'est souvent découragée et n'a pas même usé des moyens qui restaient à sa disposition. Ainsi c'est à peine si, dans quelques départements du nord et de l'est de la France, on émet des obligations à quarante-cinq ou quatre-vingt-dix jours de vue, portant un intérêt médiocre : sur la plus grande partie du territoire, on n a essayé ni de mobiliser, ni de régulariser les dépôts, ni de les rendre plus commodes, ni d'empêcher les capitaux de répondre aux appels de l'agiotage.

Un écrivain anglais, comparant, à propos des emprunts de 1855, la situation respective de rAngleterreetdelaFrance quant aux capitaux mobiliers, faisait les observations suivantes ; c( Il n'y a pas un pays au monde, pas même les États-Unis, où les capitaux sans emploi soient moins abondants qu'en Angleterre : il n'est pas un pays où ils soient

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