‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 218 sur 343 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

senter au public aucune garantie : jamais il n'existera d'inspecteur capable d'estimer en passant ce que le banquier luimême a tant de peine à apprécier, la valeur exacte et réelle dun portefeuille. Or, c'est justement de la valeur du portefeuille que tout dépend, et s'il y a quelque fraude, quelque opération îrrégulière, c'est dans le portefeuille ou dans les comptes courants qu'elle va se cacher.

3* A tout prendre, la liberté absolue vaudrait autant ou mieux que les règlements les plus sages. La transition seule (»t le premier établissement pourraient présenter quelques dangers, à cause des illusions étranges qui ont cours dans Topinion commune sur les banques de circulation. On verrait peut-être une mine d'or ouverte dans la faculté d'émettre des billets au porteur. Mais, à la longue, l'expérience le prouve, les banques savent bien faire leur propre- police, et elles y sont réduites par la nécessité de pourvoir à leur sûreté. Qui aurait pensé, si un exemple éclatant n'en eût fourni la preuve, que les effets de la concun*ence en matière de banque étaient la réduction de la circulation et de l'encaisse en môme temps que l'accroissement du portefeuille et du capital propre?

Que l'opinion est parfois bizarre! Elle accepte sans hésitation qu'il soit permis au premier venu, avec ou sans capital propre, de prendre une patente de banquier, de recevoir des dépôts, d'ouvrir des comptes courants, de battre monnaie, comme on dit, par la création de lettres de change, et elle se refuse à permettre l'émission des billets au porteur. A Dieu ne plaise que je blâme la liberté qui est aujourd'hui tolérée! Mais 8i Ton veut examiner les choses sans prévention, est-ce que les crédits que le banquier obtient des dépôts ne sont pas plus discrétionnaires, plus dangereux et moins limités que les crédits obtenus de l'émission de billets à vue et au porteur? Le défaut de restitution des dépôts d'une banque peut ruiner plusieurs familles; le défaut de remboursement des billets répartirait la perte sur un grand nombre de têtes, et la perte éprouvée par chacun serait minime. Les dépôts de banque n'ont aucune limite naturelle ; ils peuvent s'étendre indéfiniment : les crédits par émission, au contraire sont limités par les besoins du marché, et le banquier, quelles que soient

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ses dispositions personnelles et quel que soit son crédit, est impuissant à franchir cette limite. Les dépôts peuvent être réclamés subitement, à Timproviste, par fortes sommes, même dans un état normal du commerce; les billets-ne sont jamais présentés au remboursement que peu à peu, par degrés et par petites sommes, hors les cas de panique et de déroute. Les dépôts fournissent au banquier un crédit mobile, les billets lui offrent un crédit stable ; et comme ce crédit porte sur une somme fixe, quel que soit le nombre des banques d'une localité, leur concurrence apporte au public de nouvelles garanties, celles de nouveaux capitaux propres, qui viennent prendre leur part aux emprunts par émission des billetsmonnaie.

Mais le crédit par dépôts de banque est ancien, et le crédit par émission de -billets est nouveau : on fait donc à celui-ci l'accueil réservé aux novateurs; on Tenchaine, on le repousse. Les dépôts de banque passent inaperçus, ils échappent à tout règlement * et même à toute critique. En effet, le monde les connaît, et ils y ont acquis droit de cité depuis le banquier Pasion, qui ne les avait pas inventés. Le crédit par émission de billets est suspect, parce qu'il était inconnu à Pasion et à ses prédécesseurs. Notre siècle, qui se vante souvent de Tindépendance de ses pensées, n'est guère moins assujetti à la routine que les siècles précédents; les progrès de la civilisation n'ont changé que les objets sur lesquels la routine est établie.

La liberté absolue serait le régime le plus fécond et le plus sûr qui pût être appliqué aux banques de circulation. Les dures leçons de l'expérience finiront sans aucun doute par l'imposer, comme elles ont imposé à l'industrie les machines les plus complètes et les plus parfaites. Mais l'opinion en est encore fort éloignée, et elle mettra sans doute bien longtemps à s'y habituer.

Essayons cependant de montrer en peu de mots quelle pourrait être l'importance de la liberté. Supposons que toutes les

* Nous avons vu toutefois que les dépôts avaient été Tobjet d'une dispositioo réglementaire dans les derniers statuts du Comptoir d'escompte de Paris. C'est une innovation déplorable, un triste précédent.

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