‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 223 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

Je fixe qui ne subira guère de variations : on pourra créer des monnaies nouvelles ; probablement on ne changera plus le titre et le poids des anciennes.

§ 2. — Monnaie de papier.

Mais la plupart des peuples ont introduit, à côté de la monnaie métallique, une monnaie de papier : ce senties billets de banque payables en espèces, & vue et au porteur. On sait (luelles sont leurs propriétés, et comment ces billets remplacent et jettent hors de la circulation la monnaie métallique, et comment ils constituent un système monétaire mixte sur lequel on a beaucoup discuté.

Ce système, à ne le considérer qu'au point de vue monétaire, est-il meilleur que celui d'une circulation purement métallique ? Est-il plus mauvais ?

Il est inutile de parler ici des émissions excessives et sans motif qui ont préoccupé beaucoup d'esprits. La théorie nous enseigne, et ici la théorie est confirmée par la pratique, que la quantité de monnaie employée dans un pays est réglée uniquement par les besoins du commerce, et ne peut s'élever audessus de la somme requise par ces besoins, sans qu'il y ait aussitôt une dépréciation. Or toute dépréciation des billets de banque au-dessous delà monnaie métallique occasionne une demande immédiate de remboursement qui modère les émissions. On peut donc affirmer que le billet de banque, payable à vue en espèces, est toujours au pair, comme l'eau contenue dans deux vases communicants est toujours à la même hauteur dans l'un et dans l'autre.

Ainsi, la monnaie de papier a pour le porteur la même valeurquela monnaie métallique et, à l'usage, elle est presque toujours plus commode.

Ajoutons qu'avec un système mixte, lorsque la circulation

monétaire se compose d'un papier convertible et d'espèces, le

prix des monnaies est moins sujet aux variations que dans une

circulation purement métallique.

En effet, les besoins et les usages du commerce, sur lesquels

est réglée la quantité de monnaie en circulation sont sujets, à

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varier. Dans une crise purement commerciale, par exemple, les capitaux sous forme de monnaie sont l'objet d'une demande extraordinaire qui en élève le prix : le besoin de réaliser multiplie les échanges, et les capitaux appix>priés subissent une baisse dont nous avons indiqué les lois *. La circulation monétaire est-elle purement métallique, elle ne peut se modifier d'un jour à l'autre : avant que le commerce ait importé du dehors des monnaies et des capitaux mobiliers, il s'écoule du temps, et pendant cette période les désastres se multiplient, les réalisations se précipitent et se font à vil prix: le cours de la monnaie subit une hausse énorme qui finit de jeter du trouble sur le marché du crédit.

Lors, au contraire, que le marché jouit d'une circulation mixte en écus et en billets à vue et au porteur, il suffit à la banque ou aux banques d'escompter largement, de manière à augmenter les émissions pour rétablir l'équilibre : la monnaie paraît sur les marchés au moment même où elle j est demandée, de telle façon que son prix éprouve peu de variations. Tant que la crise dure, les billets émis en excédant restent dans la circulation : dès que la crise passe, ces billets, inutiles désormais, rentrent à la banque.

Cette propriété remarquable d'un système de circulation mixte mérite de fixer toute l'attention du lecteur, d'autant plus qu'elle a été singulièrement méconnue par les théoriciens, surtout par Ricardo et par l'école métallique anglaise. Les actes de sir Robert Peel, dictés par cette école, en 1844 et 1845, ont eu pour effet immédiat de priver la Banque d'Angleterre de cette élasticité, si l'on peut ainsi dire, qui faisait le mérite principal de cet établissement, et qui lui avait permis de rendre plusieurs fois des services signalés au commerce anglais. On s'en aperçut bien lorsque les crises de 1847 et de 1857 élevèrent tout à coup la demande des capitaux évalués en monnaie : sans en bien comprendre le motif et sous la seule inspiration de la nécessité, on suspendit l'acte de 1844, et les crises furent conjurées.

C'est par cette faculté d'augmenter soudain, au moment

' Livre l*"", ch. xiii et xiv.

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