LIVRE IV, CHAPITRE X. ÀO'Ô
précis du besoin^ la somme de la circulation monétaire que les banques mêmes qui utilisent le moins leurs émissions de billets, comme les Banques de France et d'Angleterre^ sauvent quelqurfois le commerce des dernières extrémités.
Il semble que ce soit un paradoxe de dire que le besoin de monnaie augmente tout à coup dans des proportions considérables sous Fempire de certaines circonstances. On croit généralemant que la prévoyance du commerce^ les importations^ etc.» suffisent à maintenir un équilibre constant entre lofire et la demande^ parce qu'on ne tient pas compte d'un grand élément des affaires humaines^ du temps. Cependant il n'est pas un homme d'affaires un peu expérimenté qui n'ait vu quelqu'une de ces crises, et il suffit de jeter les yeux sur le tableau du cours de l'or monnayé et de l'or en barres^ pendant la panique de 1848^ pour voir à quel point les besoins sont impérieux en certaines circonstances^ et combien les espérances les plus prochaines *et les plus certaines suffisent pea à les satisfaire. En 1848^ au moment où For en barres gagnait seulement 30 francs de prime par 1,000, où il pouvait sous huit jours être converti en monnaie, l'or monnayé se vendait 120 fr. par 1,000 1 Que représentait cette différence de prix? Huit jours d'attente, pas davantage.
Jamais la supériorité d'une circulation mixte sur une circulation purement métallique ne fut plus sensible quQ dans la grande crise qui, a la fin de 1825> bouleversa le marché de Londres. î>es emprunts à l'étranger, des spéculations de toute sorte à Fintérieur, des jeux de bourse, avaient absorbé, pendant les années 1823 et 1824, la somme des capitaux disponibles sur la place de Londres * . L'ensemble de ces opérations
* On a calculé depuis la crise fjue le nombre des projets lancés en 1824 à la lioui-se de Londres était de 243, au capital nominal de 24S millions sterling, sur lequel 43,06^,608 livres étaient payées. Restait donc une dette connue et ïléclarée de 204,937,392 livres. En ajoutant à ces projets ceux qui s'étaient pro- •luits dans les provinces, on trouve que la somme demandée aux capitaux disponibles de l'Angleterre s*élevait à 350 millions sterling î La plupart de ces projets avaient pour but Texploitation de mines d'or et d'argent en Amérique. I^es actions jouirent presque toutes, durant l'année 1824, d'une pritae fort étevée. Sans parler de la grande Compagnie d'assurance fondée par la maison Rotschlld, l'action de 100 livres de la Compagnie anglo-mesicaine, sur laquelle 10 livi-es étaient payées, jouissait au 10 décembre 1824 d'une prime de 33 livi-cs ; celle delà Colombienne, dans les mêmes conditions^ gagnait 19 livres. La Compa-
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avait donné lieu à des créations de papier dont une partie avait été escomptée par la Banque d'Angleterre. Les choses étaient en cet état^ lorsque les besoins du change et peut-être des émissions de billets inopportunes firent sortir des caisses de la Banque six millions sterling ; vers la fin d'avril 1825, cet établissement éprouva le besoin de restreindre sa circulation et réduisit brusquement ses escomptes. Les sorties d'espèces, qui avaient lieu par Tefifet d'engagements antérieurs, ne cessèrent point : en septembre, l'encaisse, réduit encore de quatre millions de livres, ne s'élevait plus qu'à trois millions : la Banque restreignit encore ses émissions ou, en d'autxes termes, réduisit ses escomptes.
On comprend que dans une situation aussi tendue que celle où se trouvait alors la place de Londres, lorsque chacun avait usé de son crédit jusqu'à l'extrémité, une réduction soudaine des escomptes dût produire des effets très-graves. Dès lecommencement de novembre, la gêne fut grande : le 29, on apprit quhine grande maison de banque venait de suspendre à Plymouth, puis d'autres à la suite : le 13 décembre, la maison Pôle et Thornton, l'une des plus anciennes de la Qté, qui correspondait avec 47 banques provinciales, suspendit aussi et donna le signal d'une panique sans exemple ; le lendemain^ une autre grande maison de la Cité, Burgess et O, suspendit également, puis deux ou trois autres, et la déroute fat universelle. « On ne regardait plus, disait un journal, si leseffels présentés à l'escompte étaient bons ou mauvais ; il était impossible, à quelque condition que ce fût, d'obtenir des fonds. » Les caisses des banquiers étaient vides ; leurs réserves en rentes et billets de l'Échiquier irréalisables : ils assiégèrent la Banque, où ils ne trouvèrent, comme les jours précédents, que des refus obstinés.
Un jour encore s'écoula dans une sorte d'agonie : « La question, a dit depuis dans une enquête un des directeurs de la Banque, n'était plus de savoir qui manquerait, mais bien
gnie de Real-del-Monto, dont Taction était de 400 livres, dont 70 payée», se cotait à 550 livres, puis à 1350 livres, le li janvier 18^5. La Compagnie Moxicaine-Unic, dont l'action était de 40 livres, sur lesquelles 10 livres payées, jouissait d'une prime de 35 livres ! — Voyez T. Tookc, Uistwry ofprices
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