‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 225 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

qui pourrait tenir. » La panique de Londres avait son contre* coup dans tous les comtés.

Enfin, à la dernière extrémité, la Banque changea brusquement de système : elle escompta largement, fit des avances sur des titres de rentes et sur billets de l'Échiquier : une boîte dans laquelle on avait mis pour 600,000 l. de vieux billets de 5 livres ' destinés, en exécution de la première loi de J'école métallique, à être retirés de la circulation, fut comme découverte dans les caisses : ces billets furent aussitôt répandus au dehors par des escomptes. Le mardi, il semblait que les émissions ne pussent être assez réduites ; le mercredi, il semblait qu'elles ne pussent être assez étendues; et le samedi, l'encaisse métallique, les billets, tout était dehors.

On a dressé^ le tableau suivant du mouvement des émissions de la Banque dans cette période ; il est remaquable :

18â5. Septombro 3

- Norembro 5

1825. Décembre. ... 3

L'effet de ce changement de système de la part des directeurs de la Banque fut prompt et excellent. Les payements reprirent aussitôt, et la liquidation s'opéra sans trop de désastres. Il n'y avait aucun doute sur Ja cause qui avait arrêté la panique : toutefois l'école métallique n'abandonna pas un iota de ses théories, et continua plus que jamais de faire la guerre aux billets de 5 livres.

Tels sont les avantages d'une circulation monétaire mixte dans laquelle le papier de banque occupe une place importante. Ces avantages, éprouvés plusieurs fois à Londres et à Paris, ont un prix inestimable sur ces places agitées.

Ne croyez pas toutefois, quoiqu'on le dise souvent, que les I)anques, en ce cas, créent des capitaux par leurs émissions. Le billet de banque n'est toujours qu'une promesse, mais une promesse dont le public a l'habitude de faire usage de monnaie. Par l'escompte et l'émission qui en est la suite, la

' V. Tooke, ïlistory of prices,

- Joplin's, Examination of tho^reporl of joint stock banks committec.

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Banque substitue son crédit à celui du banquier et du négociant dont elle a pris le papier. Sa promesse va de main en main^ substituant à chaque payement le crédit de la Banque à celui d'un nouveau particulier : les compensations s'opèrent, les crédits s'éteignent jusqu'à ce qu*on arrive à l'emploi dans lequel le capital représenté par le billet va s'arrêter. Le billet, alors, par une voie ou par l'autre, rentre à la Banque, et tout reprend son assiette ordinaire. Le déplacement soudain de, capitaux qui avait donné lieu à la crise commerciale s'est opéré par un déplacement de crédits.

§3. — Papier-monnaie.

Les billets de banque, payables à vue et au porteur, sont de la monnaie de papier : Us ne sont point du papier-monnaie. On a réservé ce nom à des titres sur lesquels le gouvernement qui les émet ou qui autorise leur émission, n'a stipulé aucune promesse de remboursement, ou n'a stipulé que des promesses auxquelles il a manqué.

La monnaie ordinaire tire sa valeur de la matière même dont elle est faite, et aussi de l'usage auquel elle sert. Le chiffon de papier auquel un gouvernement donne cours forcé de monnaie, ne tire aucune valeur de sa matière ; mais il peut servir à l'acquittement des créances existantes et au payement des contributions publiques : cela suffit pour lui conférer une valeur qu'il n'obtiendrait jamais auprès d'un peuple peu avancé dans la civilisation, chez lequel les créances particulières et les contributions publiques ont toujours assez peu d'importance.

La valeur de ce papier, résultant uniquement de l'usage auquel il sert, est limitée par cet usage même : si les émissions étaient médiocres, le papier-monnaie pourrait valoir autant que la monnaie métallique. Mais dès que les émissions excèdent le chiffre inconnu que l'usage et les besoins ont fixé, sa dépréciation commence, et suit, proportionnellement, le progrès des émissions.

Si nous évaluons à 100 la quantité de papier-monnaie que comporte un marché d'après l'emplqi dont ce papier est sus-

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eeptîble, toute émission qui excédera ce chiffre de 100, n'ajoutera rien à la valeur totale de la circulation : elle ne servira qu'à déprécier le papier-monnaie précédemment émis en même temps que le nouveau, dans une proportion facile à calculer d'avance. Si, par exemplcy l'emploi utile du papiermonnaie égale 100, et que l'émission soit de 100, ce papier vaut la monnaie métallique, et on pourrait le convertir en billets échangeables à vue contre espèces, sans qu'il sortît pour cela de la circulation. Mais il est rare que le cours forcé de monnaie soit attribué à un papier sans intention d'en forcer les émissions : l'histoire n'en fournit peut-être qu'un seul exemple •. Supposons donc que les émissions soient portées à 125 : la totalité du papier émis ne vaut cependant que 100 : chaque billet perd une partie de sa valeur dans le rapport de 25 à 100 ou de 1 à 5 ; cinq francs en papier-monnaie, par exemple, ne vaudront plus que quatre francs de monnaie métallique. En ajoutantes à la somme du papier-monnaie en circulation, le gouvernement aura réduit dans la proportion de 1/5 la valeur de chaque billet antérieurement émis, dans la main ou dans la caisse du porteur. Comme transfert de propriété, le résultat est le même que s'il avait pris de vive force 1/5 de toutes les sommes de papier-monnaie possédées parles particuliers.

n faut observer que, dans la supposition faite ci-dessus, la somme de 25 émise en excès par le gouvernement perd, elle aussi, 1/5 de sa valeur, soit au change contre la monnaie métallique, âoit pour l'achat de services personnels ou de marchandises. Les émissions continuent-elles et atteignentelles en somme le chiffre de 150, la valeur totale du papiermonnaie n'a point varié : elle est toujours égale à 100. Les dernières émissions ont réduit la valeur de chaque billet en circulation dans le rapport de 100/150: chaque billet perd donc 1/3 de sa valeur primitive, les derniers émis par le gouvernement, comme tous les autres.

Si les émissions continuent jusqu'à 200, jusqu'à 500, jusqu'à 1,000, la valeur de la somme totale du papier-monnaie

' Le décret qui donna cours forcé aux billets de la Banque de France, en 1848. • ^ »

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n'en est point altérée; elle reste toujours égale à 100, tandis que la valeur de chaque billet est réduite exactement en raison des émissions, de telle serte que chaque billet vaut seulement 1/2, 1/5, 1/10 de ce qu'il valait au commencement. Pour prendre un quart de. la valeur de la somme du papiermonnaie lorsque les émissions ont atteint 1,000, il faut donc recourir à une émission nouvelle de 300, tandis qu'à l'origine, le même résultat eût été obtenu par une émission de 33. Ainsi plus les émissions ont excédé les besoins, plus la dépréciation est grande, moins les émissions de papier-monnaie produisent au gouvernement. On a vu deux fois en France, pendant le dernier siècle, jusqu'où pouvait conduire Tabusde cet expédient hasardé- La plupart des créations de papier-monnaie sont faites avec promesse de payer plus tard en monnaie métallique le papier émis. Aussi les cours sont affectés non-seulement par Tabondance des émissions, mais aussi par la confiance qu'inspire le gouvernement duquel émane la promesse. Sans parler de? incidents de l'histoire des assignats dont le nom seul soulève encore des passions, on peut voir, par les variations du cours du papier continental émis par les Etats-Unis dans la guerre de rindépendance, que le prix de ce papier était affecté presque autant par les événements politiques que par l'abondance des émissions. En 1776, il figurait dans la circulation pour neuf millions de dollars et n'avait pas subi de dépréciation sensible ; en avril 1778, les émissions s'élevaient à 30 millions : la dépréciation naturelle aurait donc dû être dans le rapport de 3 1/2 à 1 ; mais comme l'isSue de la guerre était très-douteuse, six dollars de papier ne valaient plus qu'un dollar d'argent. En juin suivant, la France était intervenue, et la capitulation de Burgoyne assurait le succès de la cause américaine : alors, bien que les émissions eussent atteint 45 millions, le papier-monnaie n'était déprécié que dans le rapport de 4 à i Mais en février 1779, l'excès même des émissions fit penser que jamais ce papier ne serait remboursé, et la dépréciation fit des progros rapides ; à la fin de Tannée 1780, elle avait atteint la proportion de 80 ii 1.

Le papier-monnaie ne peut fournir à un gouvernement que

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