‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 226 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE X. • 4(M · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X. • 4(M

tles ressources très-bornées, et il apporte dans les transactions privées des perturbations fréquentes et déplorables : il altère la fidélité due aux contrats; il déplace de la manière la plus inégale et la plus arbitraire les fortunes particulières, et trouble bien autrement la société qu'une levée d'impôts équivalant aux capitaux obtenus par les émissions successives. L'impôt pourrait être dur, vexatoire, odieux; il affecterait même les contrats de crédit en rendant les capitaux mobiliers plus rares et plus cbers ; mais les créations successives de papier à cours forcé sont plus fâcheuses, parce qu'elles exercent la même influence sur le marché des capitaux mobiliers, et changent en même temps la valeur qu'il importe le plus de maintenir invariable, celle de la monnaie. Cependant la plupart des gouvernements modernes ont eu recours au papier-rnonnaie, qu'ils n'ont pas inventé. Ce moyen d'exaction ne fut pas inconnu aux anciens ; on s'en servit a Carthage *, et Marco-Polo en trouva l'usage établi en Chine *, avant que les gouvernements européens y eussent

< € Les Carthaginois, dit Eschine le philosophe, se servent de la monnaie suivante : dans un petit morceau de cuir, ils enveloppent quelque chose de la grosseur d'une pièce de quatre drachmes ; mais ce que c'est que la chose enveloppée, voilà ce que savent seulement ceux qui l'ont confectionnée. Puis, cachetée, on la met en circulation ; et celui qui en possède le plus est regardé comme ayant le plus d'argent et étant le plus riche. Mais, quelle que fût la quantité qu'en posséderait un homme chez nous, il n'en serait pas plus riche que s'il avait autant de cailloux. »

^ « Dans la ville de Khan-Balikh (Péking), est la Monnaie du grand KHan, qui pourrait passer pour posséder le secret des alchimistes, car il a l'art de produire de l'argent au moyen du procédé suivant : il fait enlever Técorce des mûriers avec les feuilles desquels se nourrissent les vers à soie. On en prend la partie intérieure, ceUe qui touche le tronc de l'arbre, et on la pile dans un mortier, jusqu'à ce qu'elle soit réduite en une pâte dont on forme du papier semblable à celui que l'on obtient du coton, mais plus foncé. Quand il est tout préparé, on le coupe par morceaux de différentes grandeurs, carrés, mais plus longs que larges, et qui sont censés valoir, les uns un denier tournois, les autres un gros de Venise, d'autres enfin 2, 5 et 10 gros, jusqu'à 10 besants d'or.

t Ce papier se fabrique avec autant de cérémonie que si c'était de la monnaie d'or et d'argent ; les divers officiers préposés à cet effet ont soin d'apposer dessus leurs noms, leurs cachets ; et, finalement, le garde du sceau royal trempe dans du vermillon le scel qui lui est confié, et en marque tous les morceaux de papier pour achever de leur donner un caractère authentique. Quiconque contrefait la marque de ce sceau est puni de mort.

« Go papier est ensuite répandu dans tous les domaines de Sa Majesté, et personne n'ose, sous peine de la vie, refuser de le recevoir en payement. Les individus

qui ont en leur possession du papier-monnaie détérioré par suite d'un long

songé, et lorsqu'ils se bornaient à amenuisier la monnaie, c'est-à-dire à en abaisser le titre ^

Les États-Unis pendant les guerres de l'indépendance et de la sécession^ tous les peuples de l'Europe durant la guerre de la Révolution et de l'empire, et plus récenunent la Russie, l'Autriche, l'Italie et enfin la France, ont eu recours au papier-monnaie ; mais ils n'ont pas tous poussé les émissions à l'extrémité, dételle sorte que leurs billets ont conservé une valeur et sont restés dans le commerce, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et aussi en France.

Partout le papier-monnaie a été .considéré à juste titre comme un expédient extrême et dangereux, comme une ressource dernière dans les temps difficiles. La science et l'opinion en ont proscrit la création toutes les fois que leur Voix n'a pas été couverte par le cri de la nécessité. En effet, outre les inconvénients qui accompagnent ses émissions, à la paix même, le papier-monnaie laisse encore aux peuples qui l'ont employé un problème redoutable à résoudre, celui de savoir comment on reviendra à l'emploi exclusif de la monnaie commerciale, métallique et fiduciaire, ou même si l'on y reviendra.

Quelques pays, l'Autriche entre autres, ont conservé le papier-monnaie, en suivant à peu près les procédés du grand Khan dont parle Marco-Polo. On restç ainsi sans peine, mais nop sans dommage, dans le régine du papier-monnaie.

L'Angleterre et la Russie en sont sorties par deux voies opposées. L'Angleterre a réduit successivement les émissions des billets de banque de manière à revenir au pair ; puis elle a rétabli les payements, l'échange à bureau ouvert des billets contre espèces, et transformé le papier-monnaie en monnaie de papier.

Cette transformation a eu sur tous les contrats des effets

usage n'ont qu'à le porter à la Monnaie, où, moyennant un léger droit do 3 p. 100, on leur en i*emet de neuf en échange. > Marco Polo. — Koblaï-Khan, Tempereur dont parle Marco-Polo, fut bientôt obligé d'abolir son papiermonnaie. Le gouvernement chinois en a depuis cette épocpie créé plusieurs fois. — Voy., dans le Journal asiatique, les mémoires curieux de M. Ed. Biot sur le papier-monnaie chinois.

* Comines parle d'une monnaie de cuir mise en cii'culatlon par celui ^^ nos rois qui falsifia le plus souvent les monnaies, le roi Jean,

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