LIVRE IV, CHAPITRE X
forte graves. Car, si les émissions excessives de papier-monnaie diminuent la valeur de ce papier, la réduction des quantités émises augmente cette valeur de la même manière, mais en sens inverse. Les contrats se trouvent donc altérés au détriment des débiteurs, comme ils avaient été altérés, lors des émissions, aux dépens des créanciers, et une telle mesure doit nécessairement affecter en baisse la plupart des transactions.
L'empereur de Russie, Nicolas P', est revenu du papiermonnaie à la monnaie de papier par un moyen plus judicieux et plus équitable. D a fondé une banque de circulation et de dépôt; puis, par une déclaration en date du 1«' juillet 1839, il a décidé que l'ancien rouble de papier serait échangé contre espèces ou contre billets de la Banque impériale au cours de trois et demi pour un, c'est-à-dire au cours du jour où la déclaration était publiée. Ainsi la transition a eu lieu en Russie sans secousse et sans nouvelle altération de contrats. On ne pouvait conduire plus habilement les opérations qui ont mis fin au régime du papier-monnaie dans l'empire russe ^
Ce court exposé des lois qui régissent les variations du papier-monnaie, suffit pour faire comprendre combien étaient excessifs les projets de ceux qui, en 1848, proposaient de mobiliser, au moyein d'un papier à cours forcé, la plupart des créances hypothécaires qui existaient en France. Il s'est agi d'une émission de deux et de trois milliards, somme trèssupérieure aux besoins que le papier-monnaie peut satifaire, et dont la présence sur le marché aurait produit une dépréciation soudaine et considérable, une grave altération des contrats au détriment des créanciers.
Mais ceux qui faisaient ces propositions étaient frappés des résultats déplorables d'uhe hausse énorme des capitaux mobiliers sous l'influence de la panique politique: ils voyaient chaque jour transférer des débiteurs aux créanciers des -valeurs considérables, sans causes commerciales, et voulaient établir une compensation qui, dans le moment
' Depuis que ces lignes ont été écrites, la Russie est reyenue au régime du papier-monnaie et y est encore.
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OÙ ils la demandaient, n'eût pas été injuste. Leurs projets excédaient le but ; l'inertie dans laquelle il convint au gouvernement d'alors de se tenir ne permit pas de l'atteindre : elle fut avantageuse, bien au delà de ce qu'exigeait la justice, aux capitalistes et aux créanciers en général. Il eût été peutêtre heureux pour le pays que le gouvernement eût été forcé de demander à la Banque une avance de 2 ou 300 millions. Cette avance, dont l'effet immédiat eût été une légère dépréciation du billet-monnaie, aurait rétabli l'équilibre et permis la résolution des contrats dans des conditions équitables, de telle manière que la valeur rendue au créancier eût été égale à la valeur prêtée.
Le papier-monnaie offre des ressources proportionnellement plus considérables dans un pays demi-barbare que dans un pays civilisé, parce que, dans le premier, il faut plus de monnaie que dans le second pour effectuer une quantité d'échanges déterminée. Le papier à cours forcé remplace et chasse la monnaie métallique sans en économiser l'usage en aucune façon, et sans imprimer au commerce de nouvelles habitudes. La monnaie de papier, qui se répand par la persuasion et non par la force, ne peut au contraire se propager qu'en changeant les habitudes, en. introduisant lusage des crédits de banque et en économisant l'usage de la monnaie. Aussi^ lorsque le papier à cours forcé vient dans un pays civilisé remplacer la monnaie de papier, ses émissions sont restreintes par les limites étroites où était enfermé le papier de banque. Des banques de circulation nombreuses sont donc le meilleur préservatif qu'on puisse employer dans un pays contre les abus du papier-monnaie.
Encore une observation qui pourra servir à faire mieux comprendre le caractère du papier-moni^aîe. Sa création produit les mêmes effets sur les contrats qu'un abaissement du titre des monnaies de métal. Toutefois, il y a cette différence^ que la dépréciation de ces monnaies a une limite dans la valeur même du métal fourni comme monnaie, tandis que la dépréciation du papier n'en a point et ne se trouve toujours.. à la fin, réglée que par la somme des émissions.
On peut assimiler au papier-monnaie les monnaies d'aP'
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