LIVRE V, ÔHAPITRE I
dont il présume avoir besoin. Il devra dire dans cet entretien de quelle espèce et de quel caractère sont les effets qu'il apporte à Tescompte, et donner tous les détails qui méritent une considération particulière. C'est une grande faute à un commerçant de fournir au banquier chez lequel il ouvre un compte des renseignements inexacts. Tout banquier craint les comptes douteux qui lui font soupçonner quelque fraude ou remploi de valeurs suspectes, et prend facilement ombrage. En général, il serait bon de ne jamais accepter le compte de celui qui a un autre banquier; on n'a le plus souvent deux banquiers que pour obtenir de Tun et de l'autre autant de crédit que Ton peut. Si le commerçait a quitté son banquier, il est bon de savoir pourquoi.
« C'est une mauvaise politique d'attirer à soi la clientèle des autres banquiers en ouvrant des crédits plus larges. C'est aussi le plus souvent une mauvaise politique d'avoir des clients éloignés dont on ne peut suivre les aflfaires...
« Un petit banquier ne doit pas avoir chez lui de gros comptes. Des banques, d'ailleurs bien administrées, ont été ruinées par un gros compte. En effet, si ce compte a besoin de crédit, il absorbe les ressources du banquier et l'oblige à restreindre le crédit de ses autres clients ou d'avoir recours, soit au réescompte, soit à quelque autre mode d'emprunt. Le gros compte, fût-il toujours créditeur, aurait encore de grands inconvénients. Un petit banquier ne peut pas employer un dépôt considérable de manière à le retrouver en cas de besoin : et il est forcé, pour faire face aux demandes de remboursement, d'augmenter son enciiisse beaucoup plus que ne l'augmenterait un gros banquier. Ainsi 100,0(X) /. déposées dans une maison qui a 2 millions de dépôts, ne causent pas d'augmentation d'encaisse. Mais si cette somme est placée chez un banquier dont les dépôts ne s'élevaient auparavant qu'à 300,000/., ce banquier doit élever son encaisse. On a vu de petites banques fort incommodées par le remboursement de sommes considérables déposées chez elles par des compagnies de chemins de fer.
a On peut, diviser en cinq classes les effets présentés à l'escompte : — 1° Lettres tirées par les manufacturiers sur les
marchands en gros ; — 2" Lettres des marchands en gros sur les marchands au détail ; — 3° Lettres du marchand au détail sur le consommateur ; — 4® Effets dont Torigine n'est point commerciale, mais dont la valeur est réelle, tels qu'assignations sur rentes et baux, sur débiteurs par contrats, etc. ; — 5* Cerfs-volants ou effets de complaisance.
a Les effets des deux premières classes sont les meilleurs et ceux qui conviennent le mieux à l'escompte. Ceux de la troisième classe ne doivent pas être trop encouragés. Celui qui consent un billet ou une acceptation à son boucher, à son boulanger, à son tailleur, etc., est presque toujours un homme qui dépense plus qu'il n'a. Les gens rangés payent leurs fournisseurs argent comptant. Les effets de la quatrième classe ne doivent pas non plus être encouragés : ceux qui ne sont pas dans le commerce n'ont que faire avec le papier de commerce.
« L'escompte doit toujours être refusé aux effets de la dernière classe. Un banquier expérimenté les reconnaît facilement : ils énoncent des sommes rondes; aussi fortes que le timbre sur lequel ils sont inscrits le permet ; en générîJ leur échéance est aussi éloignée que possible, et ils sont présentés à l'escompte aussitôt après le tirage. Les tireurs, accepteurs et endosseurs, sont souvent parents, amis, et ont des professions dont l'exercice ne donne point lieu à la création de papier de commerce entre eux.
« Dans les cas douteux, le banquier, avant d'escompter un effet, voudra consulter ses livres et y chercher une réponse aux questions suivantes : Quel est le caractère du client? La réponse est au livre de renseignements. Quelle est la balance ordinaire du compte? La réponse est au livre des comptes courants. Quel est le montant des escomptes déjà consentis à ce client? La réponse est au grand-livre des escomptes. Puis viendront d'autres recherches : Quel est le rapport du compte d'escompte au compte courant ? Les effets escomptés étaientils sur un grand nombre de débiteurs ou sur un petit nombre? Ces effets ont-ils été escomptés sur le crédit du client ou sur celui des autres signataires? Ces effets sont ils régulièrement p^yés? Ensuite viennent les recherches sur les secondes
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