LIVRE V, CHAPITRE I
servir. Tel homme pour lequel on refuse ou dédaigne de faire un envoi de fonds ou un recouvrement, viendrait bientôt peut-être déposer quelques épargnes chez le banquier; plus tard il y aurait un compte courant, il aimerait à payer et à recevoir par écritures, sans maniement de fonds, sans garder pendant plusieurs mois dans une armoire des écus qui ne sont utiles ni à lui-même, ni à qui que ce soit. On se plaint quelquefois de la répugnance qu'éprouvent les habitants de la campagne à aller en banque, à déposer leurs fonds : on peut être certain que cette répugnance n'est pas sans motifs et qu'il n'est pas impossible de la surmonter.
Je n'insisterai pas davantage sur les maximes et les préceptes pratiques ; aussi bien la plupart de ces maximes se trouvent répandues dans tout le cours de cet ouvrage et rat-, tachées aux principes qui leur servent de démonstration, d'après une méthode qui convient mieux à qui ne peut invoquer l'autorité d*une longue expérience. J'emprunte encore une citation à Gilbart : elle se rapporte à la conduite que doit tenir le banquier en temps de crise. Les paniques dont il est ici question ne sont, fort heureusement, connues que sur les grandes places, à Londres et à Paris surtout; mais elles ont leur contre-coup dans les provinces, et constituent un des fléaux contre lesquels il importe le plus au banquier de se tenir préparé.
« Une crise est toujours précédée d'une période de spéculation : il suit de là que le banquier qui veut traverser sans peine la crise doit être prudent en temps de spéculation. Il lui iaut une grande fermeté pour cela, car il est bien plus difficile d'agir avec sagesse en temps de spéculation qu'en temps de crise. Mais si le banquier n'est pas sage en temps de spéculation, sa sagesse lui servira peu lorsque la crise sera venue.
« Lors donc que l'argent est abondant, que le prix des rentes est élevé, et que les autres banquiers ouvrent libéralement des crédits, il doit redoubler de précaution dans ses escomptes et dans les avances qu'il fait. Il ne faut pas que la crainte de garder des capitaux sans emploi ou d'offenser ses ayants compte lui fasse oublier les vrais principes. C'est le
moment de faire balancer les comptes débiteurs et dormants, d'éloigner les valeurs douteuses et les clients faibles; il ne faut plus alors faire que des placements à courte échéance, sur des valeurs faciles à réaliser et peu sujettes à changer de prix sous l'effet de la crise. L'escompte du papier de commerce de premier ordre, même à un intérêt minime, les avances sur rentes ou autres valeurs sûres sont les meilleurs placements en pareil cas.
« Bientôt les affaires prennent un aspect menaçant; il faut aloris refuser l'escompte aux effets inférieurs et tenir ses capitaux réalisables. Pour obtenir ce résultat, il convient de parcourir plus attentivement que jamais les livres, de rappeler les avances, de veiller à ce que les comptes courants soient bien couverte, de réduire les escomptes et d'éloigner les comptes inférieurs. Tout ceci doit être fait avec discrétion et jugement, de manière à faire porter les ' réductions sur les effets douteux ou qui n'appartiennent point à la clientèle ordinaire. Il faut aussi surveiller avec soin les comptes dont le solde créditeur n'est pas proportionné aux escomptes obtenus,
« Lorsque la crise arrive, les fonds sont demandés de trois côtés : 1** les ayants compte réduisent leurs soldes créditeurs; les dépôts sont retirés, parce qu'alors les capitalistes peuvent trouver ailleurs un intérêt plus élevé ou sont tentés par le bas prix des rentes; 2*" les demandes d'escomptes et d'avances augmentent, et elles viennent non-seulement de la petite clientèle, dont le banquier peut ne pas se soucier, mais aussi de négociants riches, qu'il a intérêt à obliger et qu'il désire obliger; S** lui-même jugera qu'il est prudent de garder un encaisse plus fort pour subvenir aux demandes. Il faut donc que le banquier réalise sa réserve en commençant par les valeurs sur lesquelles il n'a pas de perte à subir.
<( S'il a placé des fonds exigibles à volonté chez un escompteur, il les rappellera; s'il a prêté à la bourse à courte échéance, il ne renouvellera point ses prêts; s'il a pris du papier d'escompteur, il le réalisera à échéance et n'escomptera plus. Si ces réalisations ne suffisent pas, qu'il vende ses rentes ou ses billets de l'échiquier ou qu'il les mette en gage.
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