‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 245 sur 343 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

Le banquier de province qui a placé sa réserve en effets de commerce sera heureux alors de les réescompter, et plus heu- . reux s'il peut les réescompter à des conditions qui ne soient pas trop dures.

« Lorsque la crise a commencé, il ne faut plus songer ni à réduire les avances, ni h suspendre les escomptes. Il vaut mieux élever le taux de l'intérêt. Toute demande d'argent serait inutile et ferait croire que le banquier est oourt de fonds. La crise toutefois est un bon prétexte pour exiger des remboursements ou pour refaser des crédits à ceux auxquels on ne veut pas prêter du tout.

<c En temprt de crise, un banquier est obligé de refuser souvent, et il doit apporter beaucoup de discrétion dans la forme de ses refus. Mais quelque polie que soit cette forme, il offensera. L'offensé se plaindra peut-être, et répandra dans le public que le banquier est gêné, peut-être même que le banquier est sur le point de suspendre. C'est là la cause des bruits de faillite qui courent dans ces moments et qui, détruisant la confianoe, augmentent la gêne.

« En temps de crise, on offrira plusieurs fois au banquier de porter chez lui un compte, à condition qu'il fera certaines avances.

ff II doit examiner avec précaution une telle offre. Il est bien possible que tel négociant, dont le compte est importent et bon, veuille quitter son banquier, parce que celui-ci n'est pas en mesure de suffire à ses besoins. Mais il est possible aussi que des marchands de peu d'importance prennent le prétexte de la rareté de V argent pour demander un crédit que leur banquier n'a pas pu, disent-ils, leur accorder, et qu'en fait il n'a pas voulu leur accorder. C'est au banquier auquel ils s'adressent à voir et à réfléchir. En acceptant et en refusant cette office, il court la chance de se tromper; mais s*il commet une erreur, il vaut mieux que ce soit par excès de prudence.

« Il y a peu de sagesse à vouloir attirer à soi la clientèle des autres banquiers, en temps de crise, par des offres de crédit. Le meilleur moyen d'acquérir de nouveaux clients, c'est de bien traiter ceux que l'on a. Il vaut mieux employer

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ses capitaux à soutenir de vieux amis qu'à en acquérir de nouveaux. Si vous en avez assez pour suffire aux deux emplois, c'est fort bien ! Encore faut-il ne prendre qu'avec prudence de nouveaux comptes , surtout s'il est nécessaire à faire les premières ouvertures. En temps de crise, le banquier verra venir quelques-uns de ses clients les plus riche qui, dans les temps ordinaires, négocient leur papier à l'escompteur, chez lequel ils trouvaient des conditions plus douces. Si le banquier est obligé de réduire ses affaires dans la crise, il doit commencer par les clients de cette espèce. Mais s'il a des fonds, et si le négociant est riche, le banquier acceptera le papier présenté et se contentera de percevoir nn intérêt élevé, en rappelant doucement au client ses anciennes infidélités. Les exhortations au bien font toujours plus d'effet lorsqu'elles viennent dans les temps d'affiiction.

«... En temps de crise, les ayants compte auxquels le banquier bonifie un intérêt demanderont un intérêt plus élevé, ce qui est juste; mais il faut avoir soin, en faisant droit à cette demande, d'engager le capitaliste pour un temps déterminé. Autrement, il ne tarderait pas à retirer ses fonds ou à exiger un taux d'intérêt que le banquier ne peut pas accepter sans imprudence. Le banquier qui consentirait, en temps de panique, à payer un taux d'intérêt élevé, inspirerait des Routes sur sa solvabilité, ce qui ferait retirer de chez lui plus de capitalistes que l'intérêt bonifié aux capitaux déposés nV en retiendrait.

«... Autant qu'on peut juger de l'avenir par Texpérience du passé, toute crise ou panique est suivie d'un reflux de capitaux. Le banquier aurait un grand intérêt à savoir à quel point précis changera le courant des affaires. Mais il ne peut pas le savoir, et il vaut mieux suivre au jour le jour les événements que de s'engager dans des spé.culations sur ce sujet. Toutefois, dès que le changement se dessine, le banquier fera sagement de placer tous ses fonds disponibles sur les valeurs réalisables dont il est probable que le prix ne tardera pas à s'élever, telles que billets de l'échiquier et rentes. H sera libéral dans ses avances et réduira l'intérêt bonifié aux capitalistes. Qu'il soit prudent toutefois dans ses escomptes, car,

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bien que l'argent reparaisse, le commerce ne se relève qu'avec lenteur, et le contre-coup de la panique occasionne souvent des faillites : il convient donc de n escompter en un tel temps que du papier de toute sûreté.

« Observons en finissant que, dans les temps de crise, le banquier doit plus que jamais prendre soin de sa santé et observer son régime, se tenir en garde contre Thumeur noire et les sombres pressentiments. Qu'il s*efforce de conserver son jugement calme, et en se préparant à tout, qu'il n'aille pas augmenter le mal en annonçant de plus grands malheurs. S'il se laisse abattre, il aura moins de force pour lutter contre les difficultés de sa position. Il refusera crédit, par exemple, à ses meilleurs clients, réalisera ses réserves à tout prix et en toute hâte pour fortifier outre mesure son encaisse. Cette façon d agir aggrave la crise; d'ailleurs la peur est contagieuse : un banquier triste ef&aye ceux auxquels il parle et augmente lui-même la panique. »

§ 3. — Administration intérieure.

Ici, plus que jamais, nous devons laisser la parole au praticien, voici quels sont ses préceptes.:

Arrangements intérieurs — « Il importe qu'une banque soit placée dans un des quartiers les plus beaux est les plus riches de la ville^ et que la maison elle-même ait un bel aspect. Il ne faut pas même regarder de trop près aux dépenses d'établissement matériel, parce qu'elles sont une condition de succès. Il faut que le logement du banquier soit entièrement séparé des bureaux et ne communique avec eux, s'il est possible, que par une porte dont le banquier ait seul la clef, de manière à ne pas mettre sous les yeux du public la cuisine, le salon, les enfants et les nourrices.

<c Le bureau, isolé du logement personnel du banquier, doit être spacieux, bien éclairé, bien aéré.

« Il doit être assez spacieux pour que les commis puissent travailler à l'aise. Il faut que le comptable ait la facilité de tenir plusieurs livres ouverts en même temps, parce qu'alors il travaille plus vite; que les caissiers puissent se mouvoir à

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Taise et qu'il y ait aussi de Tespace pour le public ; car lorsqu'on est gêné on compte mal les espèces, et toute erreur commise prend beaucoup de temps aux caissiers par suite des explications avec le public auxquelles elle donne lieu. D'ailleurs l'espace est nécessaire à la santé des commis, auxquels il procure plus d'air respirable. On n'en a jamais trop dans un bureau où plusieurs personnes travaillent ensemble toute la journée et à la clarté des lampes.

c( Le bureau doit être bien éclairé. Tout banquier sait que l'on commet moins d'erreurs dans. les écritures de toute sorte en été qu'en hiver. Pour lire de mauvaises écritures, desâgnatures presque illisibles, pour reconnaître celles qui seraient fausses, il faut de la lumière. Si une portion du local est mal éclairée, il vaux mieux l'affecter au public qu'aux employés de la banque. Ceux-ci ont toujours besoin de lumière, ne fûtce que pour se préserver de la tristesse et de l'humeur noire, sous l'empire de laquelle on travaille peu et mal.

« On a écrit des volumes sur l'impureté de l'atmosphère des villes et sur la salubrité de l'air des champs. Si l'atmosphère des villes est impure, quel sera l'air d'un bureau dans lequel plusieurs personnes sont entassées, où brûlent des becs de gaz, et où l'entrée et la sortie d'un grand nombre de personnes soulèvent incessamment la poussière?... Le banquier qui néglige de faire aérer convenablement ses bureaux se verra souvent privé du travail de ses commis, retenus chez eux par la maladie. »

Choix des commis. — « Dans le choix des employés, il faut considérer d'abord l'âge de celui qui se présente. A Londres, on prend ordinairement des jeunes gens de dix-neuf ans : ils sont employés d'abord aux recouvrements, et, par conséquent, il faut qu'ils soient assez forts pour se défendre en cas d^attaque... En Ecosse, on prend des commis plus jeunes, mais leur emploi est différent.

« Il faut considérer ensuite à quelle classe de la société appartient le candidat. En général, ceux qui se présentent sortent des familles du commerce moyen, ou de familles de pasteurs, d'officiers, de fonctionnaires. Pendant la dernière guerre, les commis de banque sortaient presque tous du cora-

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