LIVRE VI, CHAPITRE IV
comptes courants, des caractères particuliers, et surtout celui-ci, d'annoter des opérations faites par des personnes habitant des places éloignées Tune de Tautre, ayant des monnaies différentes et agissant souvent, quoique de concert, d\me façon indépendante.
Ainsi, un banquier charge quelquefois un de ses collègues de faire pour son compte certaines opérations. Le premier devient commettant, et le second commissionnaire.
Les écritures du banquier commissionnaire ne sont altérées en rien par les commissions qu'il reçoit. Supposons que A, banquier à Paris, soit chargé d'acheter ou de. vendre, soit des effets de commerce, soit des titres de rentes, actions, obligations, etc., soit des matières d'or et d'argent, pour le compte de B, banquier à Lyon : toutes s5s opérations seront portées à un seul compte intitulé B, de Lyon, son compte, c'est-à-dire « opérations pour lé compte de B, de Lyon. » Ce compte sera débité de toutes les valeurs fournies par A, pour l'exécution des ordres de B, et crédité de toutes les valeurs reçues en exécution de ces mêmes ordres.
Les écritures du commettant pourraient, à la rigueur, être tenues de la même manière. On ouvrirait, par exemple, aux livres de B, de Lyon, un compte spécial intitulé : « A, de Paris, mon compte^ » lequel serait débité de toutes les valeurs fournies à A pour l'exécution des ordres donnés, et crédité de toutes les valeurs reçues par suite de l'exécution des ordres donnés, et se soldant, eu fin d'exercice, par Profits et Pertes. Mais cette manière de tenir les comptes ne ferait pas connaître les opérations qui n'auraient donné lieu ni à une entrée ni à une sortie actuelle de valeurs. Il faudrait faire des apnotations extérieures, et souvent changer fictivement des monnaies étrangères en monnaie du pays.
Pour éviter autant que possible ces inconvénients, on a imaginé divers systèmes, dont quelques-uns sont fort ingénieux. Le plus ancien et peut-être le plus usité consiste à porter toutes les opérations faites pour la commission au compte ouvert à celle-ci, et lorsque les opérations faites au
dehors n'ont donné lieu à aucun mouvement dans la maison
du commettant, à faire jouer le compte de celui-ci avec celui
Digiti
nRi TRAITÉ DES OPÉRATIONS DE BANQUE.
(le la commission, qui est tenu en double colonne de caisse, tant au débit qu'au crédit. Toutes les opérations figurent à Tune et à l'autre . Mais ce système exige beaucoup de changes fictifs et d'écritures inutiles.
Nous préférons un système plus récemment introduit et plus simple, dont Favantage consiste à ne faire ni écritures inutjiles ni changes fictifs, et à présenter un contrôle que ne donne pas Tancien système. Les maisons qui Tout adopté constatent les opérations du commissionnaire dans une colonne spéciale, tant au crédit qu'au débit, sur le livre des comptes courants. Ces deux colonnes spéciales ne renferment que de simples annotations, et ne se rattachent pas à Ten^ semble de la comptabilité de la maison.
Avec ce système,*le livre des comptes courants destiné aux commissions a donc deux colonnes de caisse au crédit et deux colonnes de caisse aii débit. La colonne extérieure, tant au crédit qu'au débit, est afiectée aux opérations qui occasionnent une entrée, une sortie ou une transformation (le capitaux, et qui doivent, par conséquent, être relevées dans la comptabilité de la maison. La colonne intérieure, à gauche de la première, est affectée aux opérations du commissionnaire qui ne donnent lieu ni à une entrée ni à une sortie. L'ensemble des opérations inscrites sur les quatre colonnes constitue le compte entier des opérations de la commission.
Donnons un exemple, et, poiir le rendre plus intelligible, laissons de coté le compte d'intérêts; employons des nombres ronds et forçons les opérations, afin de rendre les résultats plus saillants.
A, banquier à Paris, veut faire quelques opérations ^ Saint-Pétersbourg; il s'adresse pour cela au banquier T, son correspondant en cette ville, et le prie de lui servir de commissionnaire.
Il est évident, tout d'abord, que les opérations à faire à Saint-Pétersbourg pour le compte de A ne peuvent pas être confondues dans celles faites avec T personnellement. Il faut donc ouvrir à ces opérations un compte spécial autre que celui de T ; car, lorsqu'elles sont faites, c'est en réalité A qui