LIVRE I, CHAPITRE II
offres qu'on lui fait de la denrée dont il a besoin, et donne la préférence à l'offre la plus forte. La valeur du blé et du vin n'est plus débattue entre deux seuls particuliers relativement à leurs besoins et à leurs facultés réciproques ; elle se fixe par la balance des besoins et des facultés de la totalité des vendeurs de blé avec ceux de la totalité des vendeurs de vin. Car tel qui donnerait volontiers huit pintes de vin pour un boisseau de blé, n'en donnera que quatre lorsqu'il saura qu'un propriétaire de blé consent à donner deux boisseaux de blé pour huit pintes. » La valeur à laquelle les différentes offres se trouveront égales aux différentes demandes, deviendra la valeur courante à laquelle les acheteurs et les vendeurs se conformeront dans leurs échanges; et il sera vrai de dire que six pintes de vin seront sur le marché l'équivalent d'un boisseau de blé, si c'est là sa valeur courante, jusqu'à ce que la diminution de l'offre d'un côté, ou de la demande de l'autre, fasse changer cette évaluation.
Par la concurrence, la valeur courante s'établit, et la valeur de chaque chose ne dépend plus des désirs d'un seul, mais de plusieurs; l'appréciation simultanée d'un grand nombre d'hommes est substituée aux appréciations individuelles.
Alors on appelle valeur d'une chose la puissance d'échange qu'elle possède, et qui résulte à la fois de l'opinion des hommes qui peuvent la désirer et des moyens d'échange dont ils disposent. Alors le mot valeur n'exprime plus le rapport qui existe entre une chose et tel ou tel homme dont elle fixe les désirs, mjiis le rapport qui existe entre la puissance d'échange de cette chose et la puissance d'échange de telle autre chose à laquelle on la compare. La valeur est alors un rapport, composé nécessairement de quatre termes au moins, qui semble s'établir en dehors de l'opinion et de la volonté de l'individu, parce que l'opinion et la volonté qui la constituent prennent un caractère collectif; mais l'opinion, la volonté, n'en sont pas moins les causes premières de la valeur courante.
Alors on dit avec raison que la valeur courante d'une chose résulte du rapport qui existe entre l'offre et la demande,
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Mais qu'exprime Vo/fre? Est-ce seulement la quantité de telle ou telle marchandise apportée sur le marché? Non: c'est encore le désir d'échanger qui existe dans Pâme des propriétaires de cette marchandise. De même, la demande n'exprime pas seulement la Qualité demandée ; elle exprime aussi l'intensité du désir qu'apportent sur le marché ceux qui demandent et de l'attachement qu'ils ont pour les objets qu'ils offrent en échange. L'offre est limitée non-seulement par la somme des existences, mais aussi par la volonté du détenteur de l'objet offert, chaque fois qu'il aime mieux le garder que le céder en échange d'un objet qu'il ne considère pas comme équivalent; la demande est limitée, en sens inverse, de la même façon.
En résumé, le nom de Richesses désigne les choses qui ont la propriété de satisfaire njHàésirs; celui d'Utilité s'applique à cette propriété des richesses. Lorsque l'échange survient, les richesses prennent le nom de Marchandises, et la Valeur apparaît. L'Utilité existe indépendamment de l'échange : la Valeur, au contraire, n'exprime qu'un rapport d'échange. Lorsque l'on considère les richesses au point de vue social, on doit les estimer en raison de leur utilité; lorsqu'on les étudie au point de vue des particuliers, il faut se préoccuper surtout de lor valeur, laquelle n'est en définitive qu'un phénomène de distribution.
Il est évident que la somme des richesses que possède une société ne peut être échangée en masse hDrs de cette société, et ces richesses ont cependant une incontestable utilité. Il n'est pas nioins évident que, pour les particuliers habitués à échanger ïes marchandises qu'ils possèdent, la Valeur, la puissance d'échange de chacune de ces marchandises, en exprime TUtilité. L'échange et les variations qu'il amène dans les Valeurs ont souvent pour effet de transporter, d'une façon étrange et capricieuse, la propriété d'une somme de richesses d'un particulier à un autre. C'est pourquoi toute amélioration dans les rapports d'échange, ayant pour effet de rendre la propriété de chacun plus cei-taine, et de proportionner d'une manière plus exacte la valeur de chaque chose au travail qu'elle a coûté, a une immense portée sociale.
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