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CHAPITRE III

Lëcliange en nature ou le troc fut la première forme du commerce, et, de nos jours encore, plusieurs peuplades sauvages n'en connaissent pas d'autre. Mais, à Tenfance même des sociétés, le troc donne lieu à des difficultés nombreuses : souvent l'objet offert à rechange n'est pas Tobjet que désire celui auquel il est offert ; souvent aussi, dans l'appréciation commune, la valeur de lobjet offert excède ou n'égale pas celle de l'objet demandé, de manière à rendre nécessaire remploi des appoints.

Afin de lever ces difficultés, on est convenu d'adopter une marchandise d'une qualité connue, d'une valeur peu variable, et facile à diviser, contre laquelle sont échangés tous les objets qui viennent s'offrir sur le marché.

Cette marchandise, dont la fonction est de servir d'intermédiaire et d'instrument aux échanges, s'appelle moimaie. L'échange âans lequel elle intervient porte le nom d'achatvenie^ et la quantité de monnaie échangée contre une marchandise est le prix de cette marchandise.

Après de longs tâtonnements, l'expérience a fait reconnaître que l'or et l'argent étaient, de toutes les marchandises, les plus propres à servir de monnaie.

En effet : 1** Ces métaux sont recherchés de presque tous les peuples, ce qui leur donne presque partout une valeur.

2* Ils sont toujours homogènes, quelle que soit leur provenance.

3* Ils sont à peu près inaltérables à l'air, et ils renferment, sous un poids et un volume médiocres, une valeur considérahle ; on les conserve et on les transporte facilement.

4* L'or et l'argent peuvent être divisés de manière à four-

nir exactement Téqui valent requis en tonte espèce d'échange.

5° Enfin la production de ces métaux est lente et difficile, et leur consommation ne correspond à aucun des besoins les plus impérieux de l'homme, de telle sorte que leur valeur spéciale varie peu et lentement.

La monnaie, une fois inventée, est devenue dans la pratique le type auquel on a comparé toutes les valeurs, la commune mesure. Cette mesure, fort imparfaite, puisqu'elle éprouve incessamment des variations, ainsi qne toutes les valeurs auxquelles on la compare, a cependant introduit dans les affiiires une fixité remarquable, pour un temps court et un espace borné, dans les proportions ordinaires de la vie d'un homme : en même temps elle a facilité les échanges et, par suite, donné une utilité plus grande à tous les objets échangés.

Le prix des choses est donc l'expression habituelle de leur valeur, et cette expression suffit aux transactions courantes. Un hectolitre de blé vaut 20 fr., un habit en vaut 100 ; l'esprit comprend aussitôt le rapport numérique de 20 à 100 fr., et qu'il faut une valeur de 5 hectolitres pour obtenir en échange un habit de 100 fr. Il compare, au moyen de la monnaie, des choses qui n'avaient auparavant entre elles aucun rapport sensible. Puis, à l'opinion d'un ou de quelques hommes dans l'appréciation des valeurs, on voit se substituer celle d'un plus grand nombre, une opinion commune, moins variable, plus durable, plus égale à elle-même, et en vue de laquelle on achète pour revendre et non plus seulement pour consommer. Alors on reconnaît des prix courants, qui se fixent sur la concurrence des vendeurs et la compétition des acheteurs.

Le prix courant peut être pris, et on le prend habituellement comme Texpression de la valeur courante. Il y a toutefois entre eux cette différence ■ que la valeur exprime un rapport dont aucun terme n'est fixe, dont aucun terme ne peut s'élever sans que l'autre s'abaisse d'autant ; tandis que le rapport exprimé par le prix a un terme fixe en apparence et considéré comme tel dans le langage usuel : c'est la monnaie, que l'on suppose invariable. Il en résulte, comme l'a fort exactement observe M. J.-St. Mill, qu'il peut v avoir une hausse générale

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