LIVRE II, CHAPITRE XVI
règlements et usages établis par la compagnie des agents de change. Nous en prévenons le lecteur une fois pour toutes, afin de ne pas le fatiguer par des citations.
Aujourd'hui, l**" octobre, Pierre veut spéculer à la hausse sur le 3 p. 7o qui est au cours de 77 fr. Il fait acheter de Paul, par l'intermédiaire de son agent de change/ 3,000 fr. de rentes « livrables afin courant fixe ou plutôt à volonté : » telle est la formule du marché. Dans le courant du mois, le cours de la rente s'est élevé d'un franc, et elle se cote à 78, de telle sorte que lïnscription de 3,000 fr., achetée 77,000 fr., en vaut maintenant 78,000, soit 1,000 fr. de plus. Pierre peut, s'il le veut, revendre son inscription à ce prix, au lieu d'en prendre livraison, et réaliser un gain de 1,000 fr., moins le courtage. Pour faire une telle opération, pas n'est besoin de posséder actuellement les 77 ou 78,000 fr. : il suffit de pouvoir couvrir les différences probables en moins, et l'agent de change n'exige pas d'autre^garantie ou couverture que celle de ces différences.
Toute spéculation à la hausse coïncide nécessairement, dans les marchés à terme, avec une spéculation simultanée à la baisse. Dans l'exemple que nous venons de prendre, Paul pensait que le prix des fonds baisserait ; que 3 fr. de rente 3 p. */o, au lieu de se vendre 77 fr., se vendraient à fin courant à 76 ou 75 fr. ; qu'ainsi il pourrait livrer, moyennant 76 ou 75,000 fr., ce qu'il avait vendu 77,000, et réaliser, par conséquent, un gain de 1,000 ou de 2,000 fr.
Dans ce marché, remarquons-le, Pierre n'achète point 3,000 fr. de rente pour placer un capital; Paul ne les vend point pour réaliser un capital dont il ait besoin. Ni l'un ni lautre, souvent, n'est porteur de Finscription achetée ou vendue; ni l'un ni l'autre n'est propriétaire du capital néces^ saire pour l'acquérir; ils jouent simplement Tun contre l'autre, pariant, le premier, que 3 fr. de rente 3 p. ^o se vendront plus cher à fin courant qu'au commencement du mois ; le second, que 3 fr. de rente 3 7o se vendront moins cher. Tout ce que l'un gagne, l'autre le perd nécessairement, et ils île produisent rien à la société ni l'un ni l'autre. Afin d'éluder les lois qui défendent les jeux de ce genre.
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us TRAITK DES OPÉRATIONS DE BANQUE.
on écrit dans le contrat : « livrable à terme fixe ou plutôt à volonté, m Grâce à cette dernière clause, et à Finterprétation qu'elle reçoit de Tusage, Tacheteur à terme a la faculté d'exiger livraison de Tinscription qui fait l'objet du marché cinq jours après avoir prévenu le vendeur, au moyen d'une affiche apposée par son agent dans le cabinet des agents de change. On dit alors que Tacquéreur escompte son marché en le réalisant avant terme.
Si Paul est propriétaire de Tinscription de 3^000 fr., peu lui importe l'escompte, parce qu'il est toujours prêt à livrer. Mais si, comme il arrive très-souvent, la vente a eu lieu à decouvert, c'est-à-dire si le vendeur n'est pas propriétaire du titre, il faut qu'il se le procure, ce qui introduit sur le marché un acheteur qui s'y serait présenté seulement quelques jours plus tard. Cet acheteur nouveau augmente la demande et concourt ainsi, malgré lui et contre son intérêt, à faire hausser le cours.
Aussi l'escompte est-il un moyen énergique employé fréquemment par les spéculateurs à la hausse, qui disposent de grands capitaux, pour élever et soutenir les cours.
On appelle liquidation, à la bourse, comme partout ailleiUTS, l'opération par laquelle les contrats s'accomplissent et les engagements s'éteignent. L'escompte précipite la liquidation du marché ferme.
La liquidation des marchés fermes sur rentes a lieu au commencement du mois qui suit les opérations. Elle est efiectuée au cours moyen des effets au comptant, cotés pendant la première heure de la bourse du 1" de chaque mois, et doit être terminée le 4. Elle se fait entre agents de change comme les marchés eux-mêmes, chaque agent étant responsable envers ses confrères des ventes et des achats auxquels il a prêt^ son ministère, et, par suite, personnellement tenu des obligations de ses clients, qui ignorent en général à qui ils ont vendu et de qui ils ont acheté. L'acheteur doit toujours être prêt à prendre livraison : si, le terme venu, il ne veut ou ne peut payer, les titres acquis par lui, livrables à la fin du • mois, sont vendus le lendemain à ses risques, par les soins du syndic des agents de change. L'usage accorde au vendeur
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